GESTION-Début d’un "mois américain" à haut risque – Pictet AM
information fournie par Reuters 04/11/2024 à 15:58

L’exceptionnalisme américain justifie de demeurer exposé aux États-Unis mais l’élection présidentielle du 5 novembre pose des risques, estime lundi Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.

"Il n’y a pas réellement d’autres opportunités en dehors des États-Unis" sur les marchés actions, constate le conseiller à l’occasion d’une conférence de presse intitulée "le mois américain".

De fait, à l’exception de l’Espagne, l’économie américaine est la seule économie développée à croître à rythme égal ou supérieur à son rythme de croissance potentiel, dépassant même sa tendance d’avant la crise du COVID-19, constate Pictet AM.

"La consommation américaine porte la croissance, grâce aux trois effets richesses de la hausse du patrimoine immobilier, du patrimoine financier et des hausses de salaires", résume Christopher Dembik.

A la situation économique favorable s'ajoute des fondamentaux de marché encourageants: les rachats d'action atteignaient 988 milliards de dollars au 4 octobre, contre 819 milliards sur l'ensemble de l'année 2023, selon des données de Goldman Sachs.

"Si le risque d'une 'bulle' spéculative est souvent évoqué, les valorisations progressent pour de bonnes raisons", relève le conseiller.

Les marges nettes des entreprises du S&P 500 ont ainsi doublé depuis 1995 à 10,5%, ce alors que le ratio de prix sur bénéfice n'a progressé que de 60% sur la même période, à 26,5x.

Les investisseurs quittent par ailleurs les actifs européens ou émergents pour s'exposer aux actifs américains, ce qui devrait aussi contribuer à soutenir le dollar.

Les résultats de l'élection américaine du 5 novembre pourraient néanmoins faire tanguer les marchés.

Pictet estime possible une remontée, qui ne serait toutefois "pas durable", du rendement du souverain américain à 10 ans à 5% en cas de victoire de Donald Trump, le candidat républicain.

"Pour les marchés, la surprise tiendrait moins à la victoire de Donald Trump qu'à une victoire des Républicains à la Chambre des représentants et au Sénat", un scénario jugé probable à 34% par Pictet et "qui n'est pas intégré dans les prix de marché", estime Christopher Dembik.

Le responsable met toutefois en garde contre les "effets à court terme" de l'élection. "L'économie américaine continuera sur son erre en 2025, et les premiers impacts des politiques économiques du candidat élu ne se feront sentir qu'à partir de 2026", relève-t-il.

Une flambée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient ou en Europe de l'Est durant la période de transition entre l'actuel président, Joe Biden, et son successeur, est en revanche un risque plus important, prévient le conseiller en investissement.

Enfin, Pictet AM s'inquiète de difficultés sur le refinancement de la dette publique américaine, en particulier pour les maturités longues.

"A court et moyen terme, les États-Unis pourraient avoir du mal à refinancer leur dette à mesure que les investisseurs s'inquièteront de l'ampleur du déficit américain", prévient Christopher Dembik.

L'écart de taux sur les swaps sur le SOFR à 5 ans ("swap spreads"), une mesure du coût d'opportunité du refinancement de la dette publique américaine pour les investisseurs, atteint un record, suggérant que les opérateurs préfèrent acheter des titres déjà émis plutôt qu'issus de nouvelles souches.

(Rédigé par Corentin Chappron, édité par Blandine Hénault)