PARIS, 12 décembre (Reuters) - La Banque centrale européenne
(BCE) pourrait ouvrir dès l'an prochain le débat sur
l'opportunité d'une remontée de son taux de dépôt, qui reste
fixé à -0,40%, a estimé mardi Vincent Juvyns, responsable de la
stratégie de JPMorgan Asset Management.
Négatif depuis juin 2014 et abaissé progressivement pour
être ramené à -0,4% en mars 2016, ce taux revient à faire payer
les banques pour les liquidités qu'elles déposent auprès de la
banque centrale, une stratégie qui vise à inciter le secteur à
prêter aux entreprises et aux ménages.
La BCE, qui réunit son Conseil des gouverneurs jeudi, n'a à
ce jour pas encore évoqué la possibilité de remonter ce taux en
dépit d'une amélioration notable de la conjoncture économique
ces trois dernières années, sa stratégie privilégiant la
réduction progressive de ses achats d'actifs sur ses marchés
avant d'entamer la remontée des taux.
"Je m'attendais à ce qu'ils évoquent le taux de dépôt avant
la baisse du bilan, ils ont évoqué le tapering avant", a
expliqué Vincent Juvyns lors de la présentation des perspectives
de JPMorgan AM pour 2018.
La totalité des économistes interrogés par Reuters dans la
perspective de la réunion de jeudi s'attendent à ce que
l'institution présidée par Mario Draghi prolonge le statu quo
sur les taux tout en relevant ses prévisions de croissance et
d'inflation.
La BCE devrait notamment réaffirmer que ses taux resteront
inchangés, selon la formule désormais consacrée, "pendant une
période prolongée et bien au-delà de l'horizon fixé pour les
achats nets d'actifs", soit au moins jusqu'en septembre de l'an
prochain.
Pour autant, estime Vincent Juvyns, "je pense qu'on va
commencer à avoir des discussions sur le taux de dépôt dans les
deux ans à venir, et plutôt tôt que tard".
"Peut-être que l'action sera pour 2019 mais toutes choses
égales par ailleurs, compte tenu de la dynamique actuelle en
Europe, d'une inflation stable, du fait que l''output gap' sera
clos l'an prochain, du fait que les créations d'emplois
continuent, il y a quand même une opportunité pour le faire.
"Et il faut se réarmer pour une période qui pourrait être
plus chahutée après 2019 si les Etats-Unis sont vraiment au bout
du cycle."
Au-delà du seul enjeu de politique monétaire, une telle
perspective pourrait favoriser les valeurs bancaires,
l'évolution du taux de dépôt ayant un impact mécanique sur leurs
bénéfices.
"Aujourd'hui, le secteur bancaire a une taxe qui est inouïe
au niveau européen: 1000 milliards d'euros sur la facilité de
dépôt de la BCE taxés à 40 points de base", a expliqué Vincent
Juvyns. "Le jour où on revient à zéro ou à un niveau positif,
vous imaginez le 'boost' sur la rentabilité !"
(Marc Angrand, édité par Patrick Vignal)