* Une vive remontée des taux longs est probable
* Le 10 ans américain vu entre 2,75% et 3% au S1
* La volatilité sur l'obligataire pourrait se propager aux
actions
* Edram reste positif sur les actions, notamment en Europe
* Hausse de 8,9% des profits attendus dans la région en 2018
par Blandine Henault
PARIS, 10 janvier (Reuters) - Une remontée des rendements
des emprunts souverains de longue échéance constitue le
principal risque pour les marchés financiers en 2018, dans un
contexte d'interrogations sur le rythme de la normalisation des
politiques monétaires des banques centrales, estime Philippe
Uzan, directeur des gestions chez Edmond de Rothschild AM
(Edram).
Au cours des cinq dernières années, trois phases de hausses
des taux longs d'au moins 50 points de base en quelques semaines
se sont produites, aux deuxièmes trimestres 2013 et 2015 puis au
quatrième trimestre 2016, rappelle-t-il.
"La probabilité d'un nouvel évènement de cette nature est
selon nous significative", indique le gérant.
La remontée des taux longs depuis le début de l'année
traduit déjà un "début de changement de rythme", notamment aux
Etats-Unis, ajoute-t-il.
Pour Philippe Uzan, ce changement s'explique en partie par
un effet calendaire: les entreprises américaines tablant sur une
baisse de leur taux d'imposition en 2018 ont été incitées à
augmenter leurs provisions pour engagements de retraite avant la
fin 2017, ce qui a pu favoriser les flux sur le marché
obligataire lors du quatrième trimestre.
La décision inattendue, mardi, de la Banque du Japon (BoJ)
de freiner ses achats de titres sur les marchés et les
informations de Bloomberg, mercredi, selon lesquelles des
responsables chinois ont recommandé de ralentir ou d'interrompre
les achats d'emprunts d'Etat américains ont encore accéléré le
mouvement de hausse des taux longs.
Le rendement des Treasuries à 10 ans a touché un pic à
2,597%, au plus haut depuis mars dernier. Celui du Bund allemand
a atteint 0,486%, effaçant le repli accusé depuis la réunion de
politique monétaire fin octobre de la Banque centrale européenne
(BCE). US10YT=RR DE10YT=RR
"On devrait avoir une poursuite de cette remontée", indique
Philippe Uzan, qui table sur un taux compris entre 2,75% et 3%
pour les Treasuries à 10 ans au cours du premier semestre, et un
taux de 0,8% à 1% pour le Bund.
EFFET DE CONTAGION
"Un accès de volatilité et d'inquiétude sur les marchés
obligataires affecterait sans doute les spreads de crédit et les
actions", prévient le gérant. "Mais cette contagion
constituerait sans doute à nos yeux une occasion d'achat à
meilleur prix pour les actifs risqués."
Philippe Uzan reste positif sur les marchés d'actions en
raison de la croissance des bénéfices des entreprises. Il
privilégie en particulier les actions en Europe, où les profits
des entreprises sont attendus en hausse de 8,9% en 2018.
Les valeurs orientées vers le consommateur européen ont sa
préférence, à l'instar du secteur bancaire (BNP Paribas
BNPP.PA , ING INGA.AS , Intesa ISP.MI ), de l'automobile
(Daimler DAIGn.DE ) et des télécoms (Iliad ILD.PA , Bouygues
BOUY.PA ).
En difficulté l'an dernier, les médias (ProSieben
PSMGn.DE ) et la grande distribution (Carrefour CARR.PA ,
Casino CASP.PA ) offrent un point d'entrée attractif,
ajoute-t-il.
Aux Etats-Unis, Philippe Uzan se montre plus prudent au vu
des valorisations élevées et privilégie les secteurs dans
lesquels des rattrapages sont encore possibles, comme la santé,
les banques et les valeurs pétrolières.
Voir aussi :
LE POINT sur les perspectives de marchés 2018 des gérants et
stratèges
(Edité par Marc Angrand)