* Un nouvel ensemble de 4,5 milliards d'euros
* Un objectif de ventes de plus de 5,5 milliards d'ici à
2020
* Les deux groupes conservent leur autonomie
(Actualisé avec conférence)
par Pascale Denis
PARIS, 31 août (Reuters) - Les Galeries Lafayette ont
annoncé jeudi un projet de rachat de La Redoute visant à
renforcer leur présence dans le digital, à l'heure où Amazon
AMZN.O bouscule le marché de l'habillement.
Le groupe de grands magasins prendra d'abord une
participation de 51% dans l'ancien vépéciste devenu spécialiste
du commerce en ligne, avant d'en acquérir à terme la totalité du
capital.
"Il s'agit d'un projet industriel majeur, qui unit le
meilleur du commerce physique et du digital", a estimé Philippe
Houzé, président du directoire des Galeries Lafayette, lors
d'une conférence de presse.
Ce rapprochement permettra, selon lui, de faire émerger "un
nouveau leader du commerce omnicanal, spécialiste de la mode et
de la maison".
Le groupe de grands magasins, qui a racheté des "pure
players" du web comme BazarChic (spécialiste du déstockage) ou
InstantLuxe (vente de produits d'occasion), ne réalise
aujourd'hui qu'environ 2% de ses ventes en ligne et s'était fixé
pour objectif de parvenir à 10% à l'horizon 2020.
Avec La Redoute, les ventes combinées du nouvel ensemble
atteindront 4,5 milliards d'euros et devraient dépasser les 5,5
milliards d'ici à 2020, dont 30% via le digital.
Les grands magasins entendent capitaliser sur l'expertise de
La Redoute en la matière, sur ses back-offices, sa logistique et
ses très stratégiques bases de données.
L'ancien vépéciste, qui a renoué avec la croissance en 2016,
a réalisé un chiffre d'affaires de 750 millions d'euros l'an
dernier et compte 9 millions de visiteurs uniques par mois.
Pour le site de e-commerce, cet adossement lui permettra
d'acquérir davantage de visibilité, en offrant ses marques
propres dans le réseau de province de la chaîne de grands
magasins, où cette offre manque, et en y développant la présence
de sa marque pour la maison AMPM.
OFFRE COMPLÉMENTAIRE
Il lui donnera aussi accès, à l'international, aux sept
magasins des Galeries Lafayette ouverts à l'étranger.
Les deux groupes, qui conserveront leur identité propre et
leur offre spécifique, veulent mettre à profit leur
complémentarité, La Redoute sur le créneau grand public et la
maison, les Galeries Lafayette sur le segment dit "premium" de
la mode, le luxe accessible et le luxe tout court pour son
magasin parisien du boulevard Haussmann.
"Notre volonté, c'est de couvrir la majeure partie du spectre
des attentes sur la mode, sans vocation à faire du discount", a
précisé Philippe Houzé.
L'opération intervient au moment où le géant Amazon bouscule
le marché de l'habillement aux Etats-Unis, mettant en difficulté
nombre de grands magasins comme Macy's - contraints de fermer
des points de vente - et menaçant de faire de même en Europe.
Ce rapprochement fait du nouvel ensemble le premier acteur
du marché de l'habillement en valeur en France devant Kiabi
(famille Mulliez), avec une part de marché évaluée à 4,4% par
l'institut Kantar.
Ancienne filiale du groupe Kering PRTP.PA , La Redoute
avait été reprise en 2014 pour un euro symbolique par ses deux
dirigeants Nathalie Balla et Eric Courteille, Kering s'étant
engagé à recapitaliser l'entreprise déficitaire à hauteur de
plusieurs centaines de millions d'euros.
Depuis lors, la société s'est entièrement digitalisée, a
modernisé sa logistique et s'est recentrée sur une offre de mode
totalement rénovée, sur le meuble et la décoration.
Elle attire en outre des marques comme Carven, The Kooples
ou Bash sur sa place de marché, accroissant sa visibilité et la
fréquence d'achats sur son site propre.
Le site, qui espère parvenir à l'équilibre en 2017, a
également fortement développé son offre pour la maison avec
AMPM et ouvert trois magasins dédiés à l'univers de la maison.
Son équipe dirigeante restera en place.
L'opération, dont les modalités financières n'ont pas été
dévoilées, se fera via Motier, holding de la famille Moulin
propriétaire des Galeries Lafayette, et devrait être finalisée à
la fin 2017 ou au début 2018.
(Edité par Dominique Rodriguez)