PARIS, 21 septembre (Reuters) - Une ex-collaboratrice de la
ministre du Travail, Muriel Pénicaud, à Business France (BF) a
été entendue jeudi par les juges du pôle financier chargés de
l'enquête sur une coûteuse soirée organisée autour d'Emmanuel
Macron en 2016 à Las Vegas.
Le président, alors ministre de l'Economie, avait été
l'invité vedette de cette soirée sur laquelle le parquet de
Paris a ouvert en juillet dernier une information judiciaire
pour favoritisme et recel de favoritisme.
L'ex-directrice de la communication de BF, Fabienne
Bothy-Chesneau, était convoquée jeudi à 14h00, a-t-on appris de
source proche du dossier. Elle est notamment un des auteurs d'un
échange de mails sur l'organisation de cette soirée.
Muriel Pénicaud pourrait elle-même être entendue début
octobre, ajoute-t-on de même source. Mais les membres du
gouvernement ne peuvent comparaître comme témoins qu'après
autorisation du conseil des ministres. Cette disposition ne
s'applique pas s'ils sont entendus comme témoin assisté.
Le Premier ministre, Edouard Philippe, a rappelé le 9 août
la règle selon laquelle un ministre mis en examen devrait
"démissionner immédiatement". Muriel Pénicaud a réaffirmé la
semaine dernière être "extrêmement sereine".
Il est reproché à l'ex-patronne de l'établissement public
chargé de promouvoir la France auprès des investisseurs
étrangers d'avoir confié au groupe publicitaire Havas HAVA.PA
l'organisation de cette soirée sans mise en concurrence.
Havas se défend de toute irrégularité, un accord cadre
conclu avec BF en juin 2015, après un appel d'offre, lui
permettant d'organiser ce type d'événement sans nouvelle mise en
concurrence avec d'autres sociétés.
Havas a ainsi facturé à Business France 6,666 millions
d'euros hors taxe sur 18 mois, dont 315.000 euros pour la soirée
French Tech de Las Vegas.
Somme qui sera ramenée à 289.000 euros et que Business
France ne règlera finalement qu'en mars 2017, après deux
rapports commandés par Muriel Pénicaud à Ernst&Young.
Entretemps, le 11 décembre 2015, quelques jours avant la
soirée de La Vegas, Fabienne Bothy-Chesneau avait en apparence
évoqué des divergences sur son organisation dans un mail :
"Muriel, briefée par nos soins, ne fait rien. Donc elle gèrera
aussi quand la CdesC demandera des compte à BF."
Selon l'avocat de Muriel Pénicaud, Fabrice Dubest, "CdesC"
ne désigne cependant pas la Cour des comptes, comme cela a pu
être dit, mais, "avec une coquille typographique", la Caisse des
dépôts, qui subventionne Business France.
Me Dubest fait également valoir que l'intégralité de ce
courriel et de ceux qui le précèdent ne concerne pas les règles
de passation des marchés publics mais des divergences entre
administrations sur l'utilisation de logos.
(Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse)