Renault RENA.PA va créer
150 emplois à Flins (Yvelines) pour accompagner la reconversion
industrielle du site, a dit mardi Jean-Dominique Senard, le
président du groupe au losange, lors de la Journée de la filière
automobile à Paris.
Engagée dans une mutation accélérée des motorisations
thermiques vers l'électrique, la filière automobile est
confrontée à un défi massif sur l'emploi.
Le président de la Plateforme de la filière automobile
(PFA), Luc Chatel, a rappelé mardi que le secteur en France
avait perdu 70.000 emplois en dix ans, et que 60.000 emplois
supplémentaires étaient à risque, sauf si les 80.000 intentions
d'embauche comptabilisées cette année dans la filière étaient
suivies d'effet.
"Nous devons gérer à la fois les reconversions, la
formation aux nouveaux métiers et en même temps être plus
attractifs", a ajouté Luc Chatel. "Nous sommes la première
industrie à effectuer ce virage. L'avant-garde de la bataille
pour le climat, c'est l'industrie automobile."
Une des usines historiques d'assemblage de voitures de
Renault, Flins est en train de basculer vers de nouvelles
activités de reconditionnement de véhicules usagés, de recyclage
et d'hydrogène. Le site, dont le dernier modèle, la Zoé -
électrique mais d'ancienne génération - verra sa production
cesser l'an prochain, emploie actuellement environ 1.900
personnes.
MULTIPLIER PAR 4 LES VENTES D'ELECTRIQUES
La transformation de l'industrie automobile vers
l'électrification et les autres métiers liés à la transition
énergétique sera au coeur du nouveau Contrat stratégique de
filière, auquel la profession et les pouvoirs publics apportent
actuellement la dernière touche pour la période 2023-27.
Il doit accompagner l'ambition de multiplier à nouveau par
quatre les ventes de voitures électriques sur le sol français à
800.000 unités par an. Mais un véhicule électrique reste 50%
plus cher que son équivalent thermique, et l'Etat français doit
aider à rendre ces modèles plus abordables, sans pour autant
ouvrir en grand la porte à la production chinoise plus
compétitive.
Le gouvernement lancera en novembre une offre
subventionnée de "leasing social", permettant aux 50% de foyers
les plus modestes d'accéder à des voitures électriques à 100
euros par mois, hors assurance mais sans apport, et mi-décembre
un nouveau bonus écologique réservé aux véhicules les plus
vertueux en émissions carbone sur l'ensemble de leur cycle de
production.
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a confirmé
mardi que l'enveloppe dévolue à ces mesures notamment,
augmenterait l'an prochain pour passer de 1,3 milliard d'euros à
1,5 milliard d'euros.
Le précédent plan quinquennal (2018-22) visait une
multiplication des ventes de véhicules électriques sur la
période et le déploiement de 100.000 bornes de recharge sur
l'ensemble du territoire.
Promesse de campagne d'Emmanuel Macron lors de la
présidentielle de 2022, le leasing social s'est fait attendre
faute d'une offre européenne suffisante de voitures électriques
abordables. Mardi, Bruno Le Maire a cité comme modèles éligibles
la nouvelle Citroën ë-C3 à 23.300 euros de Stellantis STLA.MI ,
ainsi que deux modèles déjà sur le marché, la Fiat 500-e de
Stellantis et la Twingo ZE de Renault.
Quant à la future R5 de Renault, fabriquée en France et
programmée pour l'automne 2024, son tarif n'est pas encore connu
mais Jean-Dominique Senard a déclaré mardi à Reuters qu'il était
hors de question qu'elle soit absente du dispositif. "On fera le
nécessaire", a-t-il dit.
(Reportage par Gilles Guillaume, rédigé par Zhifan Liu, édité
par Kate Entringer)