* Le FN se dit victime de persécution
* Un compte du parti fermé par la Société générale
* Un autre au nom de Marine Le Pen fermé par HSBC
* Pas de considération politique, répond la SocGen
(Actualisé avec éléments supplémentaires)
par Simon Carraud
NANTERRE, Hauts-de-Seine, 22 novembre (Reuters) - Marine Le
Pen a dénoncé mercredi "une tentative d'étouffement" du Front
national après la décision de la Société générale SOGN.PA de
clôturer des comptes du parti d'extrême droite, une mesure prise
également à l'encontre de la présidente du FN par la banque HSBC
HSBA.L .
Lors d'une conférence de presse, la dirigeante du Front
national s'est alarmée du risque de "fatwas bancaires" qui
mettraient en péril la démocratie française.
"Nous sommes en présence d'une tentative d'étouffement d'un
mouvement d'opposition et il est du devoir de tous les
démocrates de ne pas l'accepter", a-t-elle déclaré au siège de
son parti, à Nanterre (Hauts-de-Seine).
Selon les dirigeants frontistes, la SocGen les a prévenus
par une lettre datée du 27 juillet dernier et le compte du parti
a été fermé le 10 novembre. Une quinzaine de fédérations ont
subi la même contrariété.
Le parti a alors activé un compte en sommeil domicilié au
Crédit du Nord mais cet établissement, filiale de la Société
générale, lui refuse l'usage de chèques, les encaissements par
carte bleue ainsi que les prélèvements, a dit Marine Le Pen.
"Privé de ces recettes, cette situation met le Front
national face à une difficulté majeure et empêche tout
fonctionnement normal du parti", a-t-elle ajouté.
"Il semble que les oligarchies financières qui se sentent
protégées, voire encouragées par une sorte d'impunité, soient
donc tentées d'intervenir de plus en plus dans le cours de la
démocratie en France", a-t-elle poursuivi.
La Société générale a réfuté dans un communiqué les
accusations du parti d'extrême droite.
"Les décisions du groupe Société Générale en matière
d'ouverture et fermeture de compte sont de nature exclusivement
bancaire dans le respect des exigences réglementaires, et donc
sans aucune considération politique", peut-on lire dans ce
communiqué.
"EXIL JUDICIAIRE ?"
En France, les banques sont tenues de déclarer les
mouvements financiers suspects via des déclarations de soupçons
à Tracfin, la cellule de lutte contre les circuits financiers
clandestins.
"Il n'y a aucune raison qu'on soit poursuivi par Tracfin", a
répondu le trésorier frontiste, Wallerand de Saint Just,
interrogé par des journalistes.
A l'appui de sa démonstration sur le pouvoir occulte des
"oligarchies financières", Marine Le Pen a notamment cité le cas
de Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, qui,
selon Le Canard enchaîné, aurait sanctionné Le Monde pour ses
publications sur les "Paradise papers", données sur les
pratiques d'évasion fiscale dans le monde, en retirant du
quotidien les publicités du groupe jusqu'à fin 2017.
"La vraie question, c'est : est-ce que les opposants vont
être réduits à un exil bancaire?", s'est interrogée Marine Le
Pen. "Est-il acceptable qu'une banque puisse décider qui a le
droit d'exercer sa liberté d'expression en France?"
PLAINTES
La députée du Pas-de-Calais a précisé que la banque HSBC,
"sans aucune justification", lui avait annoncé par ailleurs
mercredi matin la fermeture d'un compte personnel en invoquant
"le manque d'informations sur l'origine des fonds".
Sollicitée par Reuters, la banque a dit par la voie d'une
porte-parole ne pas souhaiter faire état "publiquement" des
rapports entretenus avec ses clients.
"Les relations que nous entretenons avec eux sont régies par
un ensemble d'obligations réglementaires auxquelles nous nous
conformons", a déclaré cette porte-parole.
Marine Le Pen a précisé avoir saisi Emmanuel Macron des
problèmes bancaires du parti, mardi, lors de son entrevue à
l'Elysée avec le chef de l'Etat.
"Il est normal que le Front national puisse avoir un compte
bancaire et puisse avoir un bon fonctionnement de son
mouvement", a jugé mercredi le porte-parole du gouvernement,
Christophe Castaner, qui a dit ne pas connaître les raisons à
l'origine de la décision de la SocGen.
Le FN va déposer plainte dans les jours à venir pour
discrimination contre la Société générale et Marine Le Pen le
fera à titre personnel contre HSBC.
Durant la campagne présidentielle, la formation lepéniste
s'était déjà plainte de l'attitude des banques qui, selon ses
dirigeants, ont opposé des fins de non-recevoir répétées à ses
demandes d'emprunt.
Les frais alors engagés se sont élevés à près de 12,5
millions d'euros, une somme qui doit être largement remboursée
par l'Etat.
La formation d'extrême droite a par ailleurs obtenu en 2014
un prêt de 9,3 millions d'euros auprès d'une banque
tchéco-russe, ce que Marine Le Pen avait alors justifié par le
refus des établissements français de lui consentir la moindre
avance.
Selon Wallerand de Saint Just, cet emprunt doit être
remboursé en une fois, en 2019.
(Avec Sophie Louet, Mathieu Prottard, Yann Le Guernigou et
Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse)