France-Le gouvernement prévoit €43 mds de nouvelles économies dans le budget 2027 information fournie par Reuters 01/10/2026 à 14:36
Le gouvernement français a présenté jeudi un projet de budget 2027 incluant de nouvelles économies massives à hauteur de 43 milliards d'euros, alors que l'envolée des taux d'emprunt de la France illustre l'inquiétude des investisseurs face au gonflement inexorable de la dette du pays.
La copie détaillée de l'exécutif, dont le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé les grandes lignes mi-septembre, ouvre une délicate séquence dans un Parlement divisé, à quelques mois de l'élection présidentielle et sur fond d'accumulation des revendications sociales, dominées par les questions de pouvoir d'achat.
"Il est indispensable de revenir à l'équilibre. C'est pourquoi en 2027, nous reprenons le chemin de la consolidation", a déclaré à la presse le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, avant la présentation en Conseil des ministres du projet de loi de finances (PLF) pour 2027.
Il a également confirmé que "l'effort de redressement" des comptes publics, "significatif", serait porté à 54 milliards d'euros en 2027 en incluant la "montée en charge" de mesures existantes.
Le tour de vis passera en particulier par des économies sur les retraites (5,5 milliards d'euros) et sur les salaires des fonctionnaires - avec une désindexation progressive des premières au-delà de 1.260 euros mensuels et un gel du point d'indice pour les seconds -, ainsi que sur le budget des collectivités locales et les dépenses de santé.
Le projet évite dans le même temps une hausse généralisée de la fiscalité des ménages et des sociétés, l'exécutif prévoyant en outre d'abaisser d'un tiers la surtaxe exceptionnelle appliquée depuis deux ans aux plus grandes entreprises.
Il inclut également une baisse de l'allègement de cotisations dont bénéficient les entreprises sur les bas et moyens salaires lorsque leurs employés perçoivent des primes telles que l'intéressement ou la participation (3,7 milliards d'euros de recettes attendues), ainsi qu'un gel des allègements de charges applicables aux bas salaires (2,9 milliards).
"PROPHÈTES DE MALHEUR"
Evoquant des choix "difficiles", mais "pas brutaux", Sébastien Lecornu a assuré mi-septembre qu'il était conscient du "risque politique" d'un tel budget, tout en invitant les oppositions à prendre la mesure de la situation actuelle et en s'engageant à "tout faire pour trouver un compromis".
Le gouvernement vise pour l'an prochain un déficit représentant 5% du produit intérieur brut (PIB), un objectif raté en 2026 (5,4% prévus), et Roland Lescure assure que l'objectif de rester sous la limite européenne de 3% en 2029 demeure atteignable, malgré les doutes exprimés par de nombreux économistes.
La dette publique française s'est établie à 119,0% PIB à la fin du deuxième trimestre, un chiffre qui dépasse les niveaux observés pendant la crise sanitaire liée au COVID-19, selon des données publiées mardi par l'Insee.
Roland Lescure a indiqué que le coût du service de la dette, en forte hausse, représentait plus de la moitié du déficit budgétaire et pourrait atteindre 100 milliards d'euros d'ici la fin de la décennie.
"J'entends ici ou là les prophètes de malheur qui nous promettent de pire. Je le réaffirme ici, la signature de la France est solide", a-t-il toutefois ajouté.
Le Haut Conseil des finances publiques, dans un avis sur le projet de budget publié jeudi, a estimé que l'objectif de réduction du déficit affichée pour 2027 était "un minimum au regard de la situation alarmante" des finances de l'Etat, qualifiant en outre d'"optimiste" l'hypothèse de croissance de 1,0% retenue par l'exécutif pour l'an prochain.
La fermeté affichée par le gouvernement ne devrait guère faciliter l'adoption du budget au Parlement, où Sébastien Lecornu reste sous la menace d'une motion de censure faute de majorité.
LE COÛT D'EMPRUNT DE LA FRANCE AU PLUS HAUT DEPUIS 2002
Le poids de la dette réduit la marge de manoeuvre de l'exécutif pour faire face à la crise des carburants déclenchée par la guerre au Moyen-Orient, alors même que l'élection présidentielle de l'année prochaine complique toute réforme budgétaire d'envergure.
Dans ce contexte, le rendement des obligations françaises à dix ans a atteint jeudi son plus haut niveau depuis 2002, à 4,9629%, les investisseurs obligataires s'interrogeant sur la capacité du gouvernement à maîtriser le déficit et s'inquiétant de l'incertitude politique à l'approche du scrutin présidentiel d'avril-mai 2027.
L'écart entre les rendements des obligations d'État françaises et allemandes – un indicateur de marché de la prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir de la dette française – a en outre dépassé jeudi le seuil des 130 points de base, au plus haut depuis 2012.
La France devra émettre l'an prochain un montant record de dette, soit 340 milliards d'euros, afin notamment de refinancer un volume croissant d'obligations émises à des taux historiquement bas pendant la pandémie de COVID-19 et arrivant désormais à échéance.
L'annonce du PLF intervient deux jours après une grève des agents de la fonction publique, qui ont manifesté mardi à l'appel des syndicats unanimes contre le projet de budget du gouvernement pour 2027 et le gel du point d'indice annoncé.
Des rassemblements et blocages se multiplient par ailleurs depuis le 21 septembre devant les lycées parisiens et dans plusieurs villes de province, les élèves qui manifestent dénonçant une dégradation des conditions d'apprentissage, avec notamment des classes surchargées et un manque de professeurs.
(Reportage Leigh Thomas, version française Benjamin Mallet ; édité par Benoit Van Overstraeten)