France-Engie veut que l'exécutif revoie sa copie sur l'énergie
information fournie par Reuters 26/03/2019 à 18:32

    PARIS, 26 mars (Reuters) - Le projet de programmation
pluriannuelle de l'énergie (PPE) manque d'ambitions en matière
d'économies d'énergie, de biogaz et d'éolien en mer et doit donc
être amendé, a estimé Engie  ENGIE.PA  mardi.
    Ce projet, présenté fin janvier et actuellement soumis à
consultation, met l'accent sur l'électrification des usages et
prévoit que la France diminue en priorité ses besoins d'énergies
les plus carbonées mais, dans sa version actuelle, abaisse aussi
à 17% l'objectif global de réduction de la consommation finale
en 2030 par rapport à 2012, contre 20% visés précédemment.
    Le texte, qui prendra la forme d'un décret, réduit en outre
les ambitions de la France en matière de biogaz en fixant un
objectif de référence de 7% dans la consommation de gaz en 2030
au lieu de 10% auparavant, tout en demandant à la filière des
baisses de coûts qu'elle juge irréalistes.
    Didier Holleaux, directeur général adjoint d'Engie chargé
notamment des réseaux gaziers, a critiqué lors d'une conférence
de presse une PPE "très insuffisamment ambitieuse" et un projet
"en trompe-l'oeil", avec "une partie où l'on peut craindre, si
les choses restent en l'état, que rien ne se passe".    
    Engie souhaite ainsi que le gouvernement rétablisse les
objectifs prévus dans la loi de transition énergétique de 2015
en matière de baisse des consommations - l'Elysée ayant
d'ores-et-déjà laissé entendre que tel serait le cas - mais
aussi de développement du "gaz vert".
    "Il s'agit (aujourd'hui) d'une tentative d'assassinat de la
filière biogaz", selon Didier Holleaux, qui propose de favoriser
l'émergence de sites de production de tailles petites et
moyennes à travers un relèvement du seuil à partir duquel des
appels d'offres seraient lancés et une baisse progressive des
tarifs de rachat.
    
    LE RETOUR DU CHAUFFAGE ÉLECTRIQUE ?    
    Engie juge en outre insuffisant le rythme d'appels d'offres
prévu pour développer l'éolien en mer et estime qu'au moins 1 à
1,5 gigawatt (GW) de capacités devraient être attribués chaque
année à partir de 2021 - contre quelque 0,5 GW projeté
actuellement - pour renforcer la compétitivité de l'éolien posé
et assurer une place de leader à la France dans l'éolien
flottant.
    Didier Holleaux a également indiqué que le projet actuel de
PPE incluait une disposition qui pourrait conduire à
réintroduire massivement le chauffage électrique dans les
bâtiments neufs, ce qui fragiliserait la sécurité
d'approvisionnement de la France dans les périodes de pointe de
consommation.
    "La concertation sur la réglementation environnementale 2020
est en cours et donc on se demande quel besoin il y a d'en
préempter les conclusions (...) en les fixant dans un texte qui
n'a rien à voir. Malheureusement, il apparaît que la seule
justification serait d'augmenter globalement la consommation
électrique pour justifier le maintien d'un certain nombre de
réacteurs nucléaires."               
    Fournisseur historique du gaz en France, l'ex-GDF Suez est
détenu à 23,6% par l'Etat français, dont le désengagement au
moins partiel pourra intervenir après la vote de la loi Pacte.
    L'examen en conseil des ministres du projet de loi relatif à
l'énergie et au climat, prévu à l'origine début mars, a été
reporté après de vives critiques de la part des ONG et du
Conseil économique, social et environnemental (Cese) qui ont
contraint le gouvernement à revoir sa copie.
    L'Elysée a cependant estimé que ce report ne retarderait pas
l'approbation de la loi, pour laquelle la PPE fixera des actions
prioritaires et qui doit être examinée à partir de juin au
Parlement.  

 (Benjamin Mallet, édité par Jean-Michel Bélot)