France-Brigitte Bourguignon déplore le "cynisme pur" des dirigeants d'Orpea
information fournie par Reuters 03/02/2022 à 10:56

(Au §8, bien lire "trois semaines après" et non "trois semaines avant")

PARIS, 2 février (Reuters) - La ministre déléguée en charge de l'Autonomie, Brigitte Bourguignon, a déploré mercredi le "cynisme pur" et l'absence de remise en question des dirigeants du groupe Orpea ORP.PA , mis en cause dans un livre sur la gestion de ses Ehpad en France.

Ils "ne se remettent pas en question, ont l'air de dire qu'ils ont des explications pour tout, des preuves pour tout", a regretté Brigitte Bourguignon sur LCI.

"On ne peut pas répondre à une personne qui dit que sa mère a eu deux jambes cassées par le fait qu'une personne âgée ne ressent pas la douleur. Ce sont des choses que l'on a du mal à entendre. Dans ces moments-là, il faut être discret", a-t-elle dit, en espérant un changement de ton de la direction d'Orpea.

Lors d'une audition mercredi après-midi devant la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, le nouveau PDG d'Orpea Philippe Charrier a de nouveau dénoncé les allégations contenues selon lui dans le livre "Les Fossoyeurs" du journaliste Victor Castanet, publié la semaine dernière.

"Quand il y a des événements indésirables - il y en a dans tous les Ehpad - nous les suivons de très près, nous les rapportons aux autorités de santé, nous menons des investigations et nous corrigeons", a-t-il assuré.

"Il y aurait un système Orpea qui consisterait à optimiser le profit pour rogner sur nos prestations. Je vous l'affirme, ce système n'existe en aucun cas dans nos Ehpad Orpea", a ajouté le PDG du groupe.

"La représentation nationale est déçue de votre absence de réponses", a déclaré Fadila Khattabi, la présidente de la commission, dont plusieurs membres ont fustigé une "mascarade", des "éléments de langage insipides" sous un "enrobage affectif".

Sur LCI, Brigitte Bourguignon a également exprimé son "dégoût" face aux informations du Canard Enchaîné selon lesquelles l'ancien directeur général d'Orpea Yves Le Masne, limogé dimanche dernier, a cédé en juillet des actions du groupe qu'il détenait, trois semaines après que la direction d'Orpea n'ait été informée qu'un livre était en préparation.

"C'est une question qui touche Yves Le Masne, mais qui ne touche pas la société", a répondu Philippe Charrier mardi sur BFM TV. "Bien sûr que nous avons été informés de ça puisqu'il y a un rapport qui est remis à l'AMF [Autorité des marchés financiers] pour toute transaction opérée par des dirigeants sur l'action du groupe."

Après la mise en cause du groupe, le gouvernement a décidé de lancer une double enquête, administrative et financière, visant Orpea. nL8N2UC2AI

Le groupe, dont l'action se négociait à moins de 39 euros mercredi, son plus bas niveau depuis 2013, a de son côté annoncé la création d'une mission d'évaluation par deux cabinets indépendants sur les accusations à son encontre. Il a limogé dimanche Yves Le Masne, qui dirigeait le groupe depuis 11 ans, et donné les rênes à Philippe Charrier, qui était jusqu'ici président non-exécutif.

(Reportage Matthieu Protard et Jean-Stéphane Brosse, édité par Blandine Hénault et Jean-Michel Bélot)