Football/Coupe du monde-Entre exploits, regrets et révélations, l'Afrique a marqué la compétition information fournie par Reuters 10/07/2026 à 21:39
L’aventure africaine à la Coupe du monde a pris fin jeudi avec l’élimination du Maroc, mais le continent peut se satisfaire de son bilan lors de cette édition 2026, même s’il ne comptera aucun représentant dans le dernier carré.
Neuf des dix sélections africaines engagées ont franchi la phase de groupes. Le continent a vibré, comme le reste du monde, au rythme de l’incroyable épopée du Cap-Vert, et a souvent frôlé des exploits retentissants, laissant échapper de précieux avantages dans les toutes dernières minutes.
Au Qatar, il y a quatre ans, le Maroc était devenu la première nation africaine à atteindre les demi-finales d’un Mondial, avant de s’incliner face à la France. Dans cette édition élargie à 48 équipes, organisée au Canada, au Mexique et aux États-Unis, les Lions de l’Atlas ont de nouveau croisé la route des Bleus, qui les ont cette fois éliminés en quarts de finale.
Les Nord-Africains figuraient depuis le départ parmi les outsiders les plus crédibles, notamment après avoir fait trembler le Brésil lors de leur premier match de groupe puis éliminé les Pays-Bas en seizièmes de finale.
L’Égypte a signé la deuxième meilleure performance africaine. Les Pharaons ont remporté un match de Coupe du monde pour la première fois de leur histoire et atteint les huitièmes de finale. Ils ont mené face à l’Argentine (2-0) à onze minutes du terme avant de s’incliner (3-2) dans une rencontre marquée par une controverse liée à l’assistance vidéo (VAR).
Perdre un avantage décisif dans les derniers instants a également coûté cher à la République démocratique du Congo, à la Côte d’Ivoire et au Sénégal. Les Lions de la Teranga ont mené contre la Belgique (2-0) à cinq minutes de la fin du temps réglementaire avant de céder en prolongation.
Le Sénégal était pourtant considéré comme le principal porte-drapeau des ambitions africaines, fort d’un effectif particulièrement solide. Mais les hommes de Pape Thiaw ont commis de grossières erreurs lors de leurs deux premiers matches contre la France et la Norvège, des revers dont ils ne se sont jamais véritablement remis.
"L’élimination est un échec. On avait la qualité pour aller plus loin. On ne l'a pas fait", a déclaré le gardien Édouard Mendy.
"Une compétition de ce niveau exige une remise en question profonde. Pas un simple bilan de façade, mais un examen honnête et rigoureux de tout ce qui a été fait (...) Les vérités les plus inconfortables sont souvent celles qui permettent les plus grands progrès", a-t-il ajouté, laissant entrevoir de manière énigmatique certaines frustrations en interne.
Le Sénégal est sans doute la seule sélection africaine à rentrer chez elle avec le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur de son potentiel, même si la RDC peut également nourrir des regrets. Les Congolais menaient au score face à l’Angleterre en seizièmes de finale avant deux buts tardifs de Harry Kane.
La Côte d’Ivoire repensera elle aussi à une occasion manquée, après avoir laissé Erling Haaland, l’attaquant norvégien, sans marquage dans les dernières minutes, une erreur qui s’est révélée particulièrement coûteuse.
UN TOURNOI RICHE EN ÉMOTIONS
L’épopée du Cap-Vert, portée notamment par son gardien de 40 ans, Vozinha, qui a conquis le cœur des supporters du monde entier, restera l’une des plus belles histoires d’une compétition riche en rencontres spectaculaires.
Après avoir déjà tenu en échec deux anciens champions du monde, l’Espagne et l’Uruguay, lors de la phase de groupes, les Capverdiens sont revenus deux fois au score face au tenant du titre, l’Argentine, en seizièmes de finale à Miami. Ils ont finalement cédé (3-2) après prolongation.
À leur retour dans l’archipel, les joueurs ont été accueillis en héros par une foule nombreuse massée le long des rues.
"Tous ces gens étaient tellement heureux", a raconté Sidny Lopes Cabral, auteur contre l’Argentine de l’un des plus beaux buts du tournoi. "Ils nous ont dit qu'on n'avait pas vraiment perdu. Bien sûr, on a été éliminés, mais ce qu'on avait montré face à l’Argentine ressemblait à une victoire à leurs yeux."
L’Algérie, le Ghana et l’Afrique du Sud ont également atteint la phase à élimination directe, contrairement à la Tunisie. Après la lourde défaite contre la Suède (5-1) lors du premier match, les Tunisiens ont limogé leur sélectionneur Sabri Lamouchi, mais son successeur Hervé Renard n’est pas parvenu à redresser la situation.
Le football africain se tourne désormais vers deux éditions successives de la Coupe d’Afrique des nations. La CAN 2027 se disputera en juin prochain au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Une édition 2028 est également prévue, après quoi la compétition se jouera tous les quatre ans.
La prochaine Coupe du monde se déroulera elle aussi en partie sur le sol africain, le Maroc étant coorganisateur de la compétition aux côtés du Portugal et de l’Espagne.
(Reportage Mark Gleeson à Atlanta; version française Zakarya Meliani, édité par Jean-Stéphane Brosse)