Fonds de crédit privé : pourquoi certains investisseurs ne peuvent pas récupérer leur argent quand ils le souhaitent
information fournie par Zonebourse 05/06/2026 à 15:01

Les fonds de crédit privé (private credit) promettent des rendements attractifs en échange d'une prise de risque supérieure à celle des marchés cotés. Mais quand le contexte est moins favorable, ils peuvent être confrontés à un afflux de demandes de rachat difficile à gérer, sauf en activant une clause de plafonnement. Une situation qui tend généralement le marché. Voyons pourquoi.

Qu'est-ce qu'un fonds de crédit privé non coté ?

Un fonds de crédit privé est un véhicule d'investissement qui prête de l'argent à des entreprises, qui sont souvent des PME ou des ETI. Ces opérations ont lieu en dehors du circuit bancaire traditionnel.

Contrairement à une action ou une obligation cotée en Bourse, il n'existe pas de marché où l'on peut revendre sa part à tout moment. Ces fonds sont dits "non cotés" : pour en sortir, l'investisseur doit s'adresser directement au gestionnaire et lui demander de racheter ses parts. C'est ce qu'on appelle une demande de rachat (redemption request en anglais).

Pourquoi les gestionnaires limitent-ils les sorties ?

Le problème de base, c'est que ces fonds investissent dans des actifs peu liquides, ce qui signifie que leurs porteurs de parts ne peuvent pas récupérer leur argent du jour au lendemain, ou en tout cas pas dans de bonnes conditions financières.

Si trop d'investisseurs demandent à sortir en même temps, le gestionnaire est forcé de brader des actifs pour trouver du cash, ce qui pénalise les investisseurs qui restent.

Pour éviter cela, les règles de certains fonds (les bien-nommés "fonds semi-liquides") fixent une limite de rachat, typiquement 5% de la valeur nette du fonds (le fameux NAV, Net Asset Value). Si les demandes de rachat dépassent ce seuil, elles sont plafonnées : les investisseurs ne récupèrent qu'une fraction de ce qu'ils ont demandé à retirer. Ce mécanisme s'appelle un plafonnement des rachats (redemption cap ou repurchase limit).

Ce qu'il faut retenir en tant qu'investisseur particulier

Ces fonds sont en très grande majorité commercialisés auprès d'investisseurs aisés (particuliers fortunés, family offices) et institutionnels (assureurs, fonds de pension...) avec la promesse de rendements supérieurs à ceux des marchés cotés. Mais en contrepartie, ils composent avec deux contraintes : ils ne récupèrent pas leur argent quand bon leur semble et ils acceptent un niveau de risque plus élevé que la moyenne.

Les périodes de stress amplifient les demandes de rachat. Historiquement, ces phases ont été provoquées par des crises économiques ou par des cycles de hausse de taux (le marché du financement y est naturellement très sensible). Mais depuis quelques mois, un autre phénomène est venu s'ajouter. L'irruption de l'IA dans plusieurs secteurs, notamment celui des logiciels, a créé des doutes sur la valorisation de certains actifs et sur la capacité de certaines entreprises à pouvoir honorer les dettes qu'elles ont contractées auprès des fonds de crédit privé.

Pourquoi on en parle actuellement ?

Quand un fonds active la clause de plafonnement des rachats, l'information ne tarde pas à être rendue publique. Cela peut créer une réaction en chaîne très difficile à contrôler : les autres investisseurs, inquiets, veulent sortir eux aussi, amplifiant le phénomène. Et quand plusieurs fonds sont confrontés au même problème, le sentiment du marché peut rapidement s'assombrir et créer un cercle vicieux.

Depuis quelques mois, des fonds spécialisés dans le non-coté éprouvent des difficultés. On parle là du crédit privé, mais aussi des fonds de capital-risque (private equity), qui sont exposés non pas via des prêts mais via leur investissement en capital. Il y a eu quelques accès de faiblesse retentissants chez des acteurs fragiles.

Ces dernières semaines, des gestionnaires plus robustes ont, eux-aussi, été confrontés à la dégradation de la qualité de certains pans de leurs portefeuilles de dette ou d'actifs. Leurs clients, qui cherchent à gérer leur risque, ont souhaité réduire leur exposition. Et les demandes de rachat se sont multipliées, jusqu'à atteindre les fameux plafonds. Blue Owl , Apollo , Morgan Stanley , Cliffwater, Partners Group ou Blackstone font partie des gestionnaires concernés. Evidemment, cela envoie un signal négatif au reste du marché, qui se demande si les choses vont finir par se tasser ou si un risque systémique est en train de se matérialiser.