Flash Marchés : Au sommet, mais sur la corde raide information fournie par Edmond de Rothschild AM 28/08/2026 à 16:56
L'accalmie sur le pétrole iranien grâce aux négociations sur le détroit d'Ormuz est assombrie par la reprise de la guerre commerciale menée par Washington contre le Canada et la Chine.
- La résilience de l'activité économique aux États-Unis et dans la zone euro est nuancée par la stagnation de la consommation américaine et le repli des services en France.
- La tension sur le spread OAT-Bund s'accroît, alimentée par l'impasse budgétaire en France et l'inquiétude des investisseurs face aux propositions économiques des favoris à la présidentielle.
Sur le plan géopolitique, les annonces de Scott Bessent relatives aux sanctions économiques contre l'Iran s'avèrent plus modérées que prévu, en particulier celles visant les partenaires commerciaux de l'Iran dont la Chine et l'Inde. Cette approche graduée écarte le risque d'escalade immédiate au cours des prochaines semaines. En parallèle, les rumeurs de négociations via les intermédiaires pakistanais et qataris, ainsi que les avancées des discussions entre Oman et l'Iran sur le détroit d'Ormuz, ont permis de contenir les pressions sur les prix du pétrole, même si l'Iran maintient son projet de taxation du transit dans le détroit, s'opposant directement à la dernière proposition de Donald Trump.
Sur le plan commercial, le président américain a relancé les hostilités en ciblant d'abord le Canada, frappé de droits de douane de 50 % sur 20 Mds$ d'importations dès le 8 septembre. Ottawa a riposté à l'identique en surtaxant de 50 % l'automobile et l'aluminium américains, poussant Washington à appliquer la même hausse à d'autres produits canadiens. Par ailleurs, la Maison-Blanche envisage d'imposer 7,5 % de taxes supplémentaires sur les produits chinois, lesquelles s'ajouteraient au taux effectif actuel estimé à 26 %, alors qu'une rencontre avec Xi Jinping reste prévue en septembre.
Côté macroéconomie, les indicateurs d'activité américains restent solides en août, avec un PMI composite à 56 (contre une prévision de 54). De son côté, la publication de l'inflation PCE ne montre aucun effet de contagion lié aux tensions énergétiques, s'affichant stable à 3,7 % globalement et 3,3 % pour sa composante sous-jacente. Les ménages américains restent toutefois prudents, leurs dépenses de consommation réelle stagnent, malgré une hausse de 0,5 % de leur revenu disponible.
Les indicateurs d'activité de la zone euro se montrent également résilients avec un PMI composite à 52,1 en août (contre 51,7 attendu et 52 en juillet). Ces chiffres masquent cependant des fragilités sous-jacentes, notamment en France où l'indicateur baisse à 48,8 (vs 49,5 attendu) sous l'effet du repli du secteur des services.
Enfin, le spread OAT-Bund s'est récemment écarté pour se rapprocher de ses plus hauts niveaux post-dissolution, plombé par les incertitudes politiques françaises. Alors que le vote du budget 2027 approche et fait craindre un blocage à l'Assemblée nationale, une reconduction par défaut du budget de 2026 creuserait le déficit de 0,5 %. Le marché scrute déjà la présidentielle, où les sondages annoncent un second tour Le Pen-Mélenchon. Le récent débat organisé par le patronat n'a pas rassuré, les deux candidats manquant de précision et de crédibilité : la première sur ses propositions d'économies, le second sur ses projets de taxations supplémentaires, de revalorisation salariale et d'annulation partielle de la dette française.
Comme nous pensons que l'approche des élections de mi-mandat (midterms) aux États-Unis devrait favoriser une résolution diplomatique et atténuer les tensions sur les prix, nous demeurons positifs sur les taux et le crédit ainsi que sur les actions, sur lesquelles nous avons mis des couvertures suite au rallye estival. Nous gardons néanmoins notre vue négative sur le dollar.
Actions européennes
Les marchés actions européens font preuve d'une résilience relative, mais évoluent dans un environnement encore marqué par une forte prudence. Les espoirs intermittents de désescalade au Moyen-Orient ont entraîné un reflux du pétrole, sans toutefois suffire à lever les incertitudes entourant la réouverture effective du détroit d'Ormuz, les conditions d'un éventuel accord avec l'Iran et le risque de nouvelles sanctions américaines.
Du côté microéconomique, la dynamique européenne demeure contrastée. La visibilité reste favorable pour les entreprises exposées aux investissements stratégiques dans la défense et l'énergie : Exosens a ainsi reçu une première commande de l'armée américaine dans le cadre de son contrat IDIQ, tandis que GTT et Technip Energies ont annoncé de nouveaux contrats dans les infrastructures gazières et offshore. Le contexte énergétique reste néanmoins source de vigilance. TotalEnergies a rappelé que, malgré le transit sporadique de quelques tankers transportant du pétrole brut en dehors du détroit d'Ormuz, l'enjeu reste différent et plus complexe pour les produits raffinés avec des conséquences négatives encore à venir pour les consommateurs. L'environnement reste également difficile pour l'automobile européenne. Les propos du dirigeant de Volkswagen, qualifiant la situation de « plus que critique », ainsi que les inquiétudes des salariés concernant les suppressions de postes et de possibles fermetures d'usines, illustrent les pressions qui s'exercent sur le secteur. Les constructeurs doivent composer avec l'intensification de la concurrence chinoise, des surcapacités et une conjoncture mondiale peu porteuse. Enfin, Pernod Ricard a déçu lors de sa publication, soulignant la persistance de conditions de marché difficiles aux États-Unis et en Chine.
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