Fibre Excellence : dernier sursis avant liquidation pour l'usine de Saint-Gaudens information fournie par AFP 30/07/2026 à 13:13
La menace d'une liquidation judiciaire sur l'usine Fibre Excellence de pâte à papier de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) subsiste mais un nouveau délai a été consenti jeudi par le tribunal de commerce, un industriel étant en train de formaliser un plan de reprise.
Le groupe à capitaux indonésiens Fibre Excellence, qui emploie 670 salariés en France, a été placé en redressement judiciaire fin avril et la liquidation judiciaire de son usine de Tarascon (Bouches-du-Rhône), qui emploie 270 personnes comme celle de Saint-Gaudens, a d'ores et déjà été prononcée mercredi.
Dans son délibéré jeudi, le tribunal de commerce de Toulouse annonce avoir reçu de la part d'un industriel "une offre indicative et préliminaire" pour sauver l'usine de Saint-Gaudens, doublée d'un dépôt de deux millions d'euros, une "potentielle avance sur le financement de l’éventuel investissement".
Jugeant le site de Saint-Gaudens "dans une situation irrémédiablement compromise, sans perspective de redressement", le tribunal a acté la liquidation judiciaire mais elle ne sera effective que le 15 septembre, si aucune offre de reprise n'est validée.
Décision en septembre
A ce stade, une offre est en cours de formalisation, qui tient en haleine un bassin économiquement sinistré, mais toute autre société intéressée peut également présenter une proposition de reprise du site jusqu'au 24 août.
Les offres seront examinées le 8 septembre à huis clos au tribunal de commerce de Toulouse et la décision sera communiquée dans les jours suivants.
Au pied des Pyrénées, dans la plaine de Saint-Gaudens surplombée par cette petite ville d'environ 12.000 habitants, les cheminées de Fibre Excellence ne crachent certes plus de fumée depuis l'arrêt de l'activité en avril, mais la perspective d'un redémarrage semble désormais tangible pour ses employés.
"On est satisfait de ce sursis, on respire un peu mieux", a réagi Sébastien Oustric, le délégué syndical de l'usine, soulignant que le repreneur potentiel, allié à des partenaires, est un "industriel sérieux".
La prudence est de mise mais "c'est quand même une bonne nouvelle, on a du temps", s'est félicité pour sa part Nicolas Bruel, représentant CGT dans l'usine, applaudi par une cinquantaine de salariés présents à l'entrée du site.
"Nous avons 24 jours pour sauver les emplois de Fibre Excellence à Saint-Gaudens (...) démontrer que la production de la pâte à papier a encore un avenir en France", a de son côté souligné dans un communiqué Carole Delga, présidente (PS) de la région Occitanie, très mobilisée sur le dossier.
Lourdes pertes
Le tribunal a chiffré le passif de Tarascon à près de 105 millions d'euros, alors que celui de Saint-Gaudens est estimé à 54 millions d'euros.
A Tarascon, la liquidation était pressentie mais les salariés ont exprimé leur colère mercredi. Frédéric Sanchez, délégué syndical CFDT, y voit "une trahison". "On va faire venir de la pâte du Brésil ou de Chine alors qu'on a les capacités pour la produire ici. Économiquement, dit-il, c'est aberrant".
Amers, les salariés rappellent que la dépollution du site est estimée à plusieurs dizaines de millions d'euros, beaucoup plus, selon eux, que le soutien nécessaire à la poursuite d'activité.
Mercredi soir, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a dit que l'Etat allait "collaborer étroitement avec les élus locaux et les acteurs du territoire pour préparer l’avenir du site, engager sa reconversion et favoriser l’émergence de nouvelles activités industrielles".
Jusqu'à l'arrêt de la production de ses deux usines en avril, le groupe Fibre Excellence produisait annuellement 500.000 tonnes sur les deux millions de tonnes de pâte à papier consommés en France.
Outre la production de pâte à papier, dont il est le numéro 1 en France, destinée à la confection de cahiers, mouchoirs, couches ou emballages, Fibre Excellence produisait de l'électricité dans les deux usines, une activité devenue déficitaire en raison de la flambée du cours des matières premières (bois, copeaux) sur le marché français.
Après avoir injecté près de 300 millions d'euros dans le groupe, son actionnaire indonésien Jackson Wijaya avait jeté l'éponge au printemps, mettant en avant le manque de rentabilité de l'entreprise et refusant d'y investir à nouveau.