Feu vert à la candidature de Thierry Breton à la Commission européenne
information fournie par Reuters 14/11/2019 à 21:18

 (Actualisé avec demande d'explications supplémentaires pour le
candidat de la Hongrie)
    PARIS/BRUXELLES, 14 novembre (Reuters) - Une majorité de
députés européens a approuvé jeudi la candidature de Thierry
Breton à la Commission européenne, en dépit des risques de
conflits d'intérêts pour l'ancien PDG d'Atos soulignés par la
gauche radicale et les Verts, notamment.
    Le Français, 64 ans, se présentait devant les eurodéputés
dans un contexte particulier, sa candidature ayant été proposée
après le rejet de celle de Sylvie Goulard, précisément pour des
soupçons de conflits d'intérêts et son implication dans
l'affaire des emplois présumés fictifs du MoDem au Parlement
européen.   et  
    Thierry Breton savait pouvoir compter sur le soutien des
groupes "Renew" et du Parti populaire européen (PPE), notamment.
Après le camouflet Goulard, la présidence française a salué "une
très bonne nouvelle".
    Avec constance et fermeté, l'ancien ministre de l'Economie
de Jacques Chirac - désigné pour le portefeuille de la politique
industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense
et de l'espace - a souligné lors d'un grand oral de trois heures
qu'il agirait "dans le seul intérêt général européen".
    La commission des Affaires juridiques du Parlement européen
avait décidé mardi, dans un vote serré (12 voix contre 11),
qu'aucune question ni audition supplémentaire n'était nécessaire
s'agissant de la déclaration d'intérêts de l'ancien PDG d'Atos.
    "Quand on a eu plusieurs vies en une vie et qu'on peut se
présenter devant vous ici et aujourd'hui, c'est que la notion de
conflit d'intérêts et d'éthique est un sujet que l'on porte au
plus profond de soi", a-t-il plaidé en préambule de son
audition, s'affirmant "radical" sur ce sujet.
    "Je me présente devant vous sans plus aucun intérêt
patrimonial dans aucune entreprise", a-t-il souligné.
    Thierry Breton, qui fut également président de France
Télécom et Thomson, a "pris les devants" en cédant toutes ses
parts dans Atos, qu'il a quitté le 31 octobre, et son ex-filiale
Worldline. Il a également renoncé aux mandats qu'il exerçait au
sein des conseils d'administration de Worldline, Carrefour,
Sonatel et la filiale française de Bank of America.
    
    LE CANDIDAT DE LA HONGRIE DOIT ENCORE CONVAINCRE
    Les interrogations des eurodéputés portaient notamment sur
les secteurs couverts par son portefeuille, comme la
cybersécurité ou l'intelligence artificielle, en lien avec Atos.
    "Je ne vais pas me déporter du secteur, ce serait une
aberration", a-t-il déclaré, en réponse notamment à des
questions à ce propos des élus français Marie Toussaint (Verts)
et Manuel Bompard (Gauche unitaire européenne, GUE).
    "Je ne me déporterai que lorsqu'il y aura éventuellement des
contrats, des relations financières qui viendront à moi et que
je n'aurai pas à connaître. (...) Mon indépendance, je vous le
garantis, elle sera totale", a-t-il poursuivi.
    Outre Sylvie Goulard, les députés européens avaient aussi
rejeté en septembre les candidats de la Roumanie et de la
Hongrie, entraînant le report de l'entrée en fonction de la
nouvelle Commission, initialement prévue le 1er novembre.
    Si la nouvelle candidate roumaine pour le poste de
commissaire aux Transports, Adina Valean, a aussi été approuvée
jeudi à la suite de son audition, les eurodéputés ont réclamé au
Hongrois Oliver Varhelyi de répondre par écrit à des questions
supplémentaires d'ici lundi midi. Ils détermineront ensuite le
21 novembre si ses réponses sont satisfaisantes.
    Les commissaires européens sont censés exercer leur mandat
libres de toute influence de leur pays d'origine. Certains
eurodéputés craignent cependant qu'Oliver Varhelyi, proposé pour
le poste de commissaire à l'Elargissement et aux Relations avec
le voisinage, ne soit pas suffisamment indépendant du Premier
ministre hongrois Viktor Orban, accusé de saper les principes de
l'Etat de droit en Hongrie.
    Le Parlement européen doit se prononcer le 27 novembre sur
la future Commission européenne présidée par Ursula von der
Leyen dans son ensemble, en vue d'une entrée en fonction
désormais programmée le 1er décembre.
    Un nouveau rejet du candidat de la Hongrie, ajouté au refus
de la Grande-Bretagne de désigner un commissaire avant le Brexit
 , pourrait cependant remettre en cause ce
calendrier.

 (Rédaction de Paris, avec Gabriela Baczynska à Bruxelles)