Fed : il faut qu'on parle de Kevin
information fournie par Carmignac 30/01/2026 à 18:14

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

par Kevin Thozet, membre du comité d'investissement chez Carmignac


Il faut qu'on parle de Kevin et pas seulement parce que Donald Trump (un proche de Ronald Lauder, le beau-père de Kevin Warsh) le crédite d' «un grand sens des affaires et d'un physique avantageux». La nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale (Fed) pourrait surtout marquer un changement de régime pour la politique monétaire américaine, avec des implications majeures pour la courbe des taux, la liquidité et les actifs risqués.

Au-delà de l'anecdote, Warsh dispose de solides références. Gouverneur de la Fed durant de la crise financière mondiale, il a joué un rôle clé - salué par Ben Bernanke – dans le maintien de relations constructives entre la Fed et le Congrès, à un moment où la confiance dans les institutions était cruciale. Cela étant il s'est également illustré par un positionnement obstinément peu accommodant vis-à-vis de l'inflation. Au cours de son mandat de gouverneur (2006-2011), il est resté résolument hawkish jusqu'à la fin de l'année 2009, alors même que l'inflation sous-jacente (PCE) était tombée à 0,6% et que le taux de chômage atteignait 9,9%.

Warsh est également connu pour sa position très critique à l'égard de la gestion du bilan de la Fed. Depuis longtemps, il considère que les politiques d'assouplissement quantitatif et l'accumulation d'un bilan surdimensionné favorisent Wall Street au détriment de Main Street : elles soutiennent les prix des actifs mais ont un impact limité sur les conditions de financement réellement pertinentes pour les ménages modestes et les petites entreprises. Dans son cadre d'analyse, le QE comprime les taux longs sans véritablement assouplir les conditions de financement à court terme.

C'est dans cette logique qu'il plaide aujourd'hui pour deux à trois baisses de taux en 2026. Là encore tout est affaire de Main Street. Pour les ménages les plus aisés et les plus âgés (jambe ascendante de l'économie en K), un taux directeur autour de 3,75% peut être considéré comme accommodant ; pour et les ménages les plus modestes (la jambe descendante de l'économie en K) même à 3% les taux directeurs demeurent restrictifs. Autrement dit, l'assouplissement monétaire doit se concentrer sur les taux Fed Fund, et non sur le bilan.

Mais la théorie est une chose, la pratique en est une autre. Une telle réorientation ne serait être mise en œuvre du jour au lendemain. Et si elle devait se matérialiser, elle s'inscrirait dans une transition graduelle, menée en coordination avec le Trésor américain (Scott Bessent), qui de son côté viserait à limiter les émissions d'échéances longues et à déréguler le secteur bancaire.

La conséquence naturelle serait une pentification de la courbe des taux américains. Les taux courts seraient tirés vers le bas par les baisses de taux directeurs, tandis que les taux longs seraient laissés aux forces du marché – dans un environnement caractérisé par une économie étatsunienne résiliente, probablement en train de réaccélérer, des pressions inflationnistes persistantes, des déficits publics élevés et une offre soutenue de Treasuries.

Pour les actifs risqués, en revanche, ce policy mix pourrait être interprété modérément négatif. Une réduction du bilan dans un contexte de déficits budgétaires élevés, implique une augmentation de l'offre nette d'obligations que les marchés devront absorber, dans un environnement de liquidité déjà fragile. Les tensions récurrentes sur les marchés du repo et les épisodes de stress sur le financement de court terme suggèrent que les conditions de liquidité sont loin d'être bénignes. Dans ce contexte, une politique bilancielle moins favorable pourrait peser sur les actions et les autres actifs risqués, même si les baisses de taux à court terme apporteront un soutien à l'économie réelle.