Faut-il revenir sur l’or ?
information fournie par Café de la Bourse 15/10/2026 à 15:15

Des lingots et des pièces en or. (Crédits: Adobe Stock)

Après avoir franchi pour la première fois le seuil des 5 500 $ l'once en janvier 2026, l'or a connu une forte correction pour atteindre un point bas annuel autour des 3 942 $ en juin 2026 avant de rebondir puis de repartir à la baisse en septembre 2026. Le métal jaune évolue désormais nettement sous ses records (- 25%), alors que le dollar s'est renforcé et que les rendements obligataires américains ont atteint des niveaux élevés jamais atteints depuis la crise financière de 2007.

Cette baisse du cours de l'or peut être interprétée de deux façons : comme une opportunité pour revenir progressivement sur un actif qui conserve plusieurs facteurs de soutien structurels, ou comme le début d'une normalisation après une hausse exceptionnelle. Pour déterminer si l'or reste un investissement intéressant fin 2026, il faut donc comprendre les facteurs qui influencent son prix et distinguer les arguments de court terme des tendances de fond.

Pourquoi l'or a-t-il corrigé depuis son point haut ?

Le premier facteur défavorable est la remontée des rendements obligataires. Contrairement à une obligation, l'or ne verse ni coupon ni intérêt. Lorsque les taux réels augmentent, les placements obligataires deviennent donc relativement plus attractifs et le coût d'opportunité de la détention d'or augmente. Fin septembre, le rendement du trésor américain à 10 ans dépassait 5,20%, tandis que celui à 30 ans atteignait environ 5,60 %.

Le dollar constitue un autre élément clé. L'or étant coté en dollars, une appréciation du billet vert tend mécaniquement à rendre le métal plus cher pour les investisseurs utilisant d'autres devises et peut peser sur sa demande. Le Dollar Index a dépassé 101 en septembre, soutenu notamment par les anticipations de taux américains élevés.

Les anticipations concernant la politique de la Réserve fédérale jouent également un rôle majeur. Une Fed plus restrictive, ou simplement moins disposée à réduire ses taux, soutient généralement le dollar et les rendements obligataires américains, deux facteurs défavorables à l'or.

Enfin, une partie de la correction du prix de l'or peut aussi s'expliquer par des prises de bénéfices après l'envolée du métal : certains investisseurs réduisent leurs positions et arbitrent temporairement vers les actions ou les obligations. L'or n'échappe pas à cette logique, même lorsqu'il conserve son statut de valeur refuge.

Quels sont les fondamentaux haussiers qui pourraient soutenir l'or ?

La correction ne remet pas nécessairement en cause les fondamentaux de long terme du métal jaune.
Les banques centrales constituent notamment un soutien important. Après un premier trimestre relativement modéré, leurs achats nets ont atteint 289 tonnes au deuxième trimestre 2026, un record pour un deuxième trimestre. Cette demande répond notamment à une volonté de diversifier leurs réserves et de réduire la dépendance à certaines devises.

Les incertitudes géopolitiques constituent un autre facteur favorable. Les tensions au Moyen-Orient, les tensions commerciales et les échéances électorales importantes peuvent renforcer la demande d'actifs considérés comme des réserves de valeur.

L'augmentation de la dette publique et les interrogations sur la soutenabilité des finances publiques au niveau mondial jouent également en faveur de l'or. Les préoccupations concernant les déficits américains et la hausse des rendements à long terme ont ainsi récemment alimenté la demande pour les actifs considérés comme une protection contre une éventuelle dépréciation monétaire.

Enfin, les flux vers les ETF adossés à l'or physique peuvent constituer un soutien au prix de l'or et restent un indicateur à surveiller. En août, ces fonds ont enregistré 18 milliards de dollars d'entrées nettes, le deuxième plus important afflux mensuel jamais enregistré en termes de valeur, et leurs encours ont atteint 615 milliards de dollars d'après le World Gold Council. Quels éléments pourraient encore peser sur le métal jaune fin 2026 ?

Le principal risque serait le maintien de taux réels élevés pendant une période prolongée. Si l'économie américaine reste solide et l'inflation suffisamment persistante pour empêcher la Fed d'assouplir sa politique, les rendements pourraient rester attractifs face à l'or.

Un dollar durablement fort constituerait également un frein. À cela pourrait s'ajouter une normalisation du contexte géopolitique : une diminution des tensions internationales réduirait une partie de la demande de valeur refuge.

Les flux ETF doivent aussi être surveillés. Après leur forte progression récente, un retournement des flux pourrait amplifier les mouvements de prix. Enfin, une nouvelle remontée des rendements obligataires pourrait inciter certains investisseurs à arbitrer une partie de leurs positions en or vers les obligations.

Comment envisager un retour sur l'or ?

Après une correction importante, chercher à identifier le « meilleur » point d'entrée reste particulièrement difficile. Une approche plus prudente consiste à investir progressivement, plutôt qu'à consacrer immédiatement une somme importante au métal jaune.

De plus, il existe plusieurs manières de s'exposer à l'or. L'or physique offre une exposition directe au métal, tandis qu'un ETF adossé à l'or permet généralement de suivre plus simplement son cours. Il est aussi possible d'investir sur les actions de sociétés aurifères pour s'exposer indirectement à l'or. MorningStar déclare d'ailleurs que les actions liées à l'or ont récemment surperformé l'or physique.

Il faut enfin garder à l'esprit que l'or peut être volatil, même lorsqu'il joue un rôle de valeur refuge.