Face à la menace des drones, l'industrie navale de défense se met au Lego
information fournie par AFP 06/11/2026 à 22:29

Des modules de conteneurs sur le stand de Thales présentés au salon des équipements de défense navale Euronaval 2026, à Villepinte, près de Paris, le 3 novembre 2026 ( AFP / LUDOVIC MARIN )

Comme dans un jeu de Lego, les marines pourront adapter leurs navires aux menaces du moment grâce à des équipements prêts à l'emploi: une tourelle accueillant différentes combinaisons de munitions ou des conteneurs avec capteurs et systèmes de lutte antidrones.

Au salon mondial de défense Euronaval cette semaine, les industriels ont présenté des solutions modulaires conçues pour répondre aux enseignements des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, permettant d'ajouter rapidement de nouvelles capacités aux navires sans en modifier l'architecture.

"On ne peut pas se permettre de tirer un missile Aster sur tous les types de drones parce qu'au bout d'un moment, il n'en restera plus pour abattre un missile hypervéloce qui arrivera sur nos bateaux", explique Stephan Meunier, directeur marketing de Naval Group, groupe français spécialisé dans la construction navale de défense.

Marteau pilon contre une mouche

Un déséquilibre que la guerre au Moyen-Orient a mis en évidence, les armées occidentales ayant utilisé des missiles sophistiqués contre des drones iraniens Shahed contribuant à la raréfaction de munitions pour faire face aux menaces plus avancées.

"C'est utiliser un marteau pilon pour écraser une mouche", lance Stephan Meunier.

Pour disposer d'une réponse adaptée à chaque menace, Naval Group, fabricant français de sous-marins et de frégates, a développé en deux ans Rampart, une tourelle qui permet d'embarquer quatre modules de munitions identiques ou différentes, actuellement en phase de tests.

Des visiteurs sur le stand de Thales au salon Euronaval à Villepinte, près de Paris, le 3 novembre 2026 ( AFP / LUDOVIC MARIN )

Roquettes, missiles antiaériens à faible portée, torpilles ou grenades: les modules peuvent accueillir des armes de différents producteurs.

Chez Thales, groupe français de haute technologie et de défense, "tout ce que nous avons livré au cours des 40 dernières années peut désormais aussi être fourni sous forme de solutions conteneurisées", explique à l'AFP Jan Dekker, responsable pour la capacité modulaire maritime du groupe.

Ces conteneurs présentés à Euronaval peuvent accueillir des capteurs, mais aussi des missiles, des canons et des équipements pour brouiller ou détruire des drones.

Modulaire et agile

"Nous pouvons équiper des navires existants qui sont dans la flotte depuis 10, 15, voire 20 ans, auxquels on peut ajouter un module pour la lutte antidrones", souligne Jan Dekker.

"Si vous dites: +j'ai une mission de lutte contre les mines pendant trois mois, mais au trimestre suivant je veux faire de la police maritime+, vous pouvez retirer un conteneur et en installer un autre", détaille le responsable.

Ces modules peuvent être livrés "dès demain".

Une maquette du sous-marin Blacksword Barracuda exposée sur le stand de Naval Group lors du salon Euronaval à Villepinte, près de Paris, le 3 novembre 2026 ( AFP / LUDOVIC MARIN )

La modularité est un des maîtres-mots de cette 30e édition d'Euronaval tout comme l'"hybridité" pour désigner ces futures flottes où drones et navires de guerre habités agiront de concert.

"Toutes les marines présentes ici nous interrogent sur l'hybridité, c'est-à-dire comment est-ce que le combat collaboratif s'exerce entre les navires avec équipage et les navires sans équipage", a déclaré Pierre Éric Pommellet, PDG de Naval Group et président d'Euronaval.

Maîtriser la donnée

La nouveauté, c'est "d'intégrer les moyens autonomes dans les forces navales pour les rendre performants", souligne le vice-amiral Éric Chaperon, conseiller défense marine de Thales.

Le groupe a dévoilé à Euronaval sa version navale d'Hexaforce, un logiciel de commandement conçu pour agréger et analyser de grandes quantités de données militaires afin d'aider les états-majors à planifier et conduire leurs opérations.

"Tous les équipements génèrent aujourd'hui une masse de données considérable. Et celui qui va réussir à utiliser et maîtriser cette donnée va acquérir un avantage indéniable par rapport à son adversaire", explique Éric Chaperon à l'AFP.

Une maquette du futur porte-avions France-Libre au stand du français Naval Group au salon Euronaval à Villepinte, près de Paris, le 3 novembre 2026 ( AFP / LUDOVIC MARIN )

Prévoir l'emplacement des futurs centres de données à bord des navires et leur fournir suffisamment d'énergie est déjà un casse-tête pour les industriels.

"On travaille beaucoup sur la future architecture numérique du porte-avions" France Libre dont la mise en service est prévue en 2038 alors même qu'une partie des systèmes informatiques qui y seront embarqués n'existent pas encore ou seront devenus "obsolètes" d'ici là, a déclaré à la presse le délégué général de l'Armement Patrick Pailloux.

Naval Group a de son côté dévoilé son "concept ship", une vision prospective du navire de combat destiné à faire face aux conflits de haute intensité tout en intégrant davantage de drones au sein de flottes hybrides.