EXCLUSIF-Les USA ont épuisé face à l'Iran une grande partie de leur réserve de missiles à longue portée-sources
information fournie par Reuters 04/08/2026 à 14:10

par Erin Banco, Mike Stone et Jonathan Landay

L'armée américaine a utilisé la quasi-totalité de ses réserves de missiles à longue portée de haute précision durant cinq mois de guerre avec l'Iran, ont déclaré à Reuters trois personnes au fait des données, une situation alimentant les préoccupations sur la capacité de Washington à faire face à de futurs conflits.

Ces missiles sont principalement des armes sol-sol connues sous les noms d'ATACMS ("Army Tactical Missile Systems") et de PrSM ("Precision Strike Missiles"). D'après deux des sources, les Etats-Unis ont utilisé "quasiment tous" ces missiles.

Il s'agit d'un type de munitions très important pour l'arsenal d'une armée, car ces missiles permettent d'attaquer en conservant une distance de sécurité.

Les missiles ATACMS jouent notamment un rôle clé dans la guerre en Ukraine; fournis par Washington, ils permettent à Kyiv de frapper des cibles à l'intérieur de la Russie. Le PrSM est un modèle plus récent et plus évolué, destiné à remplacer les ATACMS, dont la portée est moins longue.

Selon des analystes, de telles armes - au coût unitaire de plus d'un million de dollars - pourraient s'avérer cruciales dans l'hypothèse d'un quelconque conflit avec la Chine.

Les sources ont refusé de préciser le nombre de chacun des missiles dont l'armée américaine disposait encore.

Quand il a lancé avec Israël le 28 février dernier une campagne de bombardements contre l'Iran, le président américain Donald Trump a prédit que le conflit serait de courte durée.

Mais alors que la guerre avec Téhéran se prolonge, les trois sources informées ont dit craindre que le stock réduit de missiles n'endigue la capacité de dissuasion de Washington, notamment à l'encontre de la Russie et de la Chine.

Une quatrième personne au fait de la question a déclaré que le Commandement central (Centcom), qui supervise les forces américaines au Moyen-Orient, a utilisé la quasi-totalité des missiles terrestres dont il disposait avant le début de la guerre mais avait été en mesure de s'en procurer d'autres grâce aux stocks de l'armée américaine ailleurs dans le monde.

LIMITES

Sollicitée, la Maison blanche a publié un communiqué de Donald Trump déclarant que les Etats-Unis ont "bien plus de munitions que quiconque au monde" et "bien plus (qu'ils n'en ont) besoin".

"Nos sociétés de défense, à l'heure actuelle, produisent davantage de munitions que jamais auparavant, en plus d'élargir leurs usines et leurs équipements à des niveaux records", a ajouté le président américain.

Des analystes conviennent que certaines munitions - dont les obus d'artillerie et plusieurs types de missiles - sont produits à des niveaux records, mais ils avertissent que l'approvisionnement pourrait s'avérer insuffisant pour répondre aux besoins d'une guerre prolongée.

Aucun commentaire n'a été obtenu dans l'immédiat auprès de Lockheed Martin LMT.N , qui fabrique les ATACMS et PrSMs, à propos du communiqué de Donald Trump ou des niveaux d'approvisionnement.

Raytheon RTX.N , qui produit les missiles Tomahawk et les systèmes de défense Patriot - deux armes importantes -, n'a pas donné suite pour l'heure à une demande de commentaire.

En réponse à une demande de commentaire, le porte-parole du Pentagone a déclaré que "l'armée américaine est la plus puissante au monde et a tout ce dont elle a besoin" pour exécuter les ordres du président.

"Nous avons exécuté de multiples opérations réussies (...) tout en garantissant que l'armée américaine dispose d'un arsenal étoffé de capacités pour protéger notre peuple et nos intérêts", a ajouté Sean Parnell.

Les données sur les réserves de missiles ont circulé au cours de la semaine écoulée au sein de l'administration Trump lors de conversations tendues sur la capacité des Etats-Unis à continuer de bombarder l'Iran sans réduire ses stocks à des niveaux qui limiteraient la capacité de l'armée américaine à faire face à d'autres crises ailleurs.

Selon l'une des sources, la diminution des réserves d'ATACMS et de PrSM tient en partie au fait que l'administration Trump a voulu éviter de recourir à des moyens plus risqués de frapper des cibles en Iran - comme par exemple en envoyant des avions avec pilote lâcher des bombes.

LES RÉSERVES D'ARMES DÉFENSIVES SE RÉDUISENT AUSSI

Alors qu'ils permettent à l'armée américaine de viser des cibles à distance, les missiles ATACMS et PrSM revêtiraient une grande valeur dans l'hypothèse d'une guerre contre un adversaire disposant de défenses aériennes solides, comme la Chine, ont dit des analystes.

Un rapport publié en mars dernier par le Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) indique que des missiles ATACMS et PrSM ont été utilisés pour frapper des cibles à l'intérieur de l'Iran. D'après ce document, la réserve de PrSM était peu étoffée, du fait de la relative nouveauté du missile, dont un grand nombre doit être livré à l'armée américaine en 2027. L'armée a dit par le passé que les ATACMS allaient progressivement disparaître et que leur production était moindre, au profit des PrSM, destinés à les remplacer.

Deux des sources ont déclaré que des responsables militaires ont averti pendant plusieurs semaines Donald Trump que les réserves d'armes dites défensives - dont les intercepteurs Patriot, efficaces contre les missiles balistiques - s'amenuisaient.

Plusieurs médias américains ont rapporté la semaine dernière que le chef de la Maison blanche avait décidé de ne pas ordonner une nouvelle offensive de grande ampleur en Iran en partie en raison des avertissements de ses conseillers militaires sur les stocks de missiles.

Un représentant américain a rejeté ces informations, affirmant que Donald Trump a choisi de s'abstenir en raison de pressions en ce sens des pays du Golfe.

Le CSIS a publié la semaine dernière un rapport dans lequel il estime qu'environ 65% des intercepteurs Patriot ont été utilisés entre février dernier et juillet, tandis que le nombre d'intercepteurs THAAD dont disposent les Etats-Unis est au moins 38% inférieur au stock pré-guerre.

Si Reuters n'a pu consulter les données sur ces stocks, deux des sources ont déclaré que les données du CSIS correspondaient à des données internes à l'administration américaine.

(Erin Banco, Mike Stone et Jonathan Landay; version française Jean Terzian, édité par Sophie Louet)