Exclusif: Le secteur du luxe risque de pâtir du conflit en Iran, les ventes chutent à Dubaï
information fournie par Reuters 13/04/2026 à 08:07

Des personnes font des achats avant le mois sacré du Ramadan au Mall of the Emirates à Dubaï

par Tassilo Hummel et Helen Reid

Les ventes des plus ‌grandes marques de luxe européennes se sont effondrées à Dubaï et à Abou Dhabi, la guerre régionale déclenchée par les bombardements israéliens ​et américains sur l'Iran ayant affecté le marché le plus dynamique d'un secteur dont la valeur s'est déjà contractée depuis trois ans.

Les marques de luxe ont vu en mars leurs ventes chuter de 30 à 50% par rapport à l'an dernier au Mall of ​the Emirates, l'un des plus grands centres commerciaux de Dubaï, selon une source ayant connaissance de ces données jusqu'à présent non divulguées, qui donnent un aperçu de l'impact potentiel ​de ce conflit sur le secteur du luxe, dont les grands ⁠noms comme LVMH, Kering et Hermès doivent publier leurs résultats financiers trimestriels cette semaine.

La fréquentation dans le Mall of the ‌Emirates, qui abrite des boutiques Louis Vuitton, Dior, Gucci, Cartier, Chanel ou Rolex ainsi qu'une station de ski artificielle couverte, a baissé de 15% le mois dernier, selon cette source.

Dans le Dubai Mall, plus grand ​et plus fréquenté par les touristes, elle a ‌même plongé d'environ 50%, ont dit cette source et une autre du secteur.

À Abou Dhabi, ⁠dont l'importance commerciale est moindre que Dubaï, les ventes en mars au centre Galleria ont mieux résisté mais se sont tout de même contractées d'environ 10% d'après cette seconde source.

Les sociétés exploitant le Mall of the Emirates, le Dubai Mall et Galleria n'ont pas ⁠répondu aux demandes de commentaires ‌de Reuters.

UN RETOUR À LA NORMALE PRENDRA DES MOIS

Alors que le secteur du luxe souffre depuis la pandémie ⁠de COVID-19 et a vu ses ventes annuelles baisser de 2% l'an dernier selon le cabinet Bain & Company, le Moyen-Orient, qui ‌représente environ 5% de la consommation mondiale des produits de luxe, restait l'un de ses rares foyers de croissance ⁠avec une progression des ventes à deux chiffres ces dernières années, déclare Carole Madjo, responsable ⁠de la recherche sur le luxe ‌chez Barclays.

Ce moteur s'est toutefois enrayé avec la guerre lancée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, qui a ​riposté en ciblant d'autres pays de la région, notamment les Emirats ‌arabes unis.

Même en cas d'arrêt du conflit, un retour à la normale devrait prendre des mois.

Dans une note publiée ce mois-ci, les analystes de Bernstein écrivent ​que les répercussions du conflit, notamment la hausse des prix du pétrole et des voyages, l'inflation et un possible krach boursier, pourraient "facilement perturber" la consommation au-delà même du Golfe, en particulier aux Etats-Unis.

"Si la reprise du secteur du luxe que nous espérions ⁠en 2026 ne se concrétise pas et est au mieux reportée au second semestre ou à l'année prochaine, cela ne surprendra personne", dit Christopher Rossbach, gestionnaire de portefeuille chez J Stern & Co à Londres.

LVMH, le plus grand groupe de luxe au monde, doit publier ses résultats du premier trimestre ce lundi, avant Kering et Hermès dans le courant de la semaine. Kering organise une journée investisseurs jeudi.

Ces groupes n'ont pas répondu aux demandes de commentaires concernant leurs ventes au Moyen-Orient et l'impact du conflit sur leurs performances.

(Tassilo Hummel ​et Helen Reid, édité par Augustin Turpin)