Et si les "tarifs" faisaient leur retour après les mid-terms ? information fournie par Zonebourse 16/10/2026 à 09:32
Portés par l'IA et une insolente croissance des bénéfices, les marchés américains défient la gravité depuis le début de l'année. Pour autant, cette mécanique bien huilée n'est pas à l'abri d'un grain de sable. Il suffirait, en effet, d'une poussée inflationniste ou d'un nouveau durcissement de la politique commerciale de Donald Trump pour rapidement gâcher l'ambiance. Chez Pictet WM, l'idée d'un retour des "tarifs" en fin d'année fait même son chemin...
"Jusqu'ici tout va bien." C'est un peu l'idée générale qui circule parmi les gérants parisiens. Sauf que personne n'a de boule de cristal et que les incertitudes subsistent autour d'une potentielle bulle autour de l'IA. Toutefois, "s'il y a une bulle, c'est surtout une bulle des profits", sourit Frédéric Ducrozet, responsable de la recherche macroéconomique chez Pictet WM. En effet, la forte consanguinité du secteur a pour l'instant un effet clair : les investissements des uns alimentent mécaniquement les revenus des autres.
Dans ce contexte, le stratégiste est formel : il faudra attendre plusieurs trimestres avant de connaître la véritable rentabilité du secteur, après les dépenses pharaoniques engagées. En attendant, une autre quasi-certitude soufflée par Pictet WM : la progression des profits des entreprises américaines, de l'ordre de 35% cette année, ne devrait pas se reproduire en 2027.
Les élections de mi-mandat, un risque sous-estimé ?
Plusieurs obstacles se dressent en effet sur la carte des marchés financiers. A ce titre, la date du 3 novembre est cochée sur tous les agendas. Ce jour-là, les élections de mi-mandat aux Etats-Unis seront surveillées comme le lait sur le feu puisqu'elles devraient donner le ton de la seconde partie du mandat de Trump. Traditionnellement, les marchés américains connaissent une période de faiblesse avant ce scrutin, suivie d'un rebond. Cette année, le scénario ne s'est pas matérialisé, notamment parce qu'une rotation sectorielle durant l'été a déjà permis de réduire certaines positions spéculatives.
"Peut-être que le marché baissera au contraire après les mid-terms", souligne Frédéric Ducrozet. En réalité, la victoire du camp démocrate semble presque acquise, mais c'est surtout l'éventualité d'une victoire plus large qu'anticipée qui sera surveillée, puisque l'arrivée d'un important contingent démocrate dans les deux chambres serait susceptible de modifier les perspectives réglementaires du secteur technologique.
En effet, Pictet WM rapporte que l'essor des centres de données fait face à des résistances croissantes aux Etats-Unis, sur fond de hausse des prix de l'électricité, de tensions sur les infrastructures et d'inquiétudes concernant l'emploi. Selon l'économiste, environ 70% des Américains seraient opposés à ces infrastructures, un chiffre qui témoigne de l'ampleur du mécontentement.
L'enjeu politique dépasse d'ailleurs le scrutin de novembre. "Les résultats vont définir la plateforme électorale des démocrates pour 2028", poursuit Frédéric Ducrozet. Ainsi, une victoire des candidats les plus hostiles à l'IA pourrait rapidement pousser les marchés à revoir leurs anticipations de croissance du secteur.
Autre dossier explosif selon Pictet WM : plusieurs fonds finançant les retraites et certaines prestations sociales pourraient se retrouver à court de ressources en 2032, faute de réforme préalable. Ce dossier pourrait d'ailleurs devenir l'enjeu majeur de l'élection de 2028, avec un risque de réduction des pensions de 7% à 15%, selon les catégories concernées, si aucune mesure n'est prise pour rétablir leur financement.
Trump pourrait ressortir l'arme des droits de douane
Dans ces conditions, le gérant redoute un retour de l'offensive protectionniste américaine. Malgré les recettes tirées des droits de douane, le déficit budgétaire des Etats-Unis reste proche de 6% du PIB, une situation que Frédéric Ducrozet juge particulièrement préoccupante dans une économie qui bénéficie d'une croissance nominale soutenue.
Pictet WM craint ainsi qu'après les élections, Donald Trump ne soit tenté d'imposer de nouvelles barrières commerciales pour accroître les recettes fédérales.
"Je pense qu'il y a un risque très élevé que Trump remette une couche de tarifs", prévient l'expert, évoquant notamment l'Europe, le Mexique et le Canada parmi les cibles potentielles.
Cette perspective s'ajoute aux tensions inflationnistes déjà alimentées par la guerre en Iran et la flambée des prix de l'énergie.
Inflation : l'IA, poison ou remède ?
C'est tout le paradoxe de l'IA : censée améliorer la productivité et contenir les prix à long terme, elle contribue pour l'instant à alimenter l'inflation. En effet, la demande de puces, de mémoire et de capacités de calcul progresse plus rapidement que l'offre, entraînant une hausse des coûts qui se répercute progressivement sur les entreprises et les consommateurs.
Cette "tech-flation" complique la tâche de la Réserve fédérale américaine. Pictet n'exclut pas une nouvelle hausse des taux directeurs dès décembre, voire d'autres interventions en 2027 si les tensions persistent.
A plus long terme, le tableau est toutefois plus favorable : la banque privée suisse considère que l'IA pourrait apporter entre 0,3 et 0,4 point de croissance supplémentaire par an grâce aux gains de productivité.
Reste que la vigueur actuelle de l'économie américaine dépend aussi étroitement de la bonne tenue des marchés financiers. Selon les estimations présentées par Frédéric Ducrozet, l'effet de richesse contribuerait à près de la moitié de la consommation américaine cette année.
Une dépendance qui pourrait amplifier les conséquences d'une correction boursière. "Il suffit d'une petite baisse de marché [...] et on pourrait là avoir un effet un peu multiplicateur sur la croissance américaine", avertit l'économiste.