Espagne: le président de l'entreprise de défense Indra démissionne sous pression du gouvernement information fournie par Boursorama avec AFP 02/04/2026 à 08:47
Poussé ces derniers jours vers la sortie par le gouvernement espagnol, le président du groupe industriel de défense Indra Ángel Escribano a fini par démissionner mercredi à l'issue d'un conseil d'administration extraordinaire, a annoncé l'entreprise.
"Le conseil d'administration d'Indra Group, réuni en session extraordinaire en ce jour, a pris acte de la démission présentée officiellement aujourd'hui par M. Ángel Escribano Ruiz", a indiqué l'entreprise dans un communiqué transmis au gendarme boursier (CNMV).
Le "processus de succession" est ouvert, ajoute Indra.
Spécialisé dans les technologies de l'information, la défense et la sécurité, ainsi que la gestion de trafic aérien, Indra s'est imposée ces dernières années comme l'un des acteurs centraux de la montée en puissance de l'investissement public dans la défense en Espagne.
Le groupe est notamment impliqué dans le projet franco-germano-espagnol d'avion de combat européen (Scaf).
Ces dernières semaines, le gouvernement de gauche à Madrid avait mis la pression sur la direction d'Indra pour en évincer Ángel Escribano, sur fond de vives tensions autour d'un projet avorté d'acquisition d'une entreprise d'armement, EM&E, une opération censée créer un fleuron national de la défense.
Ce projet était au coeur d'un profond désaccord entre l'Etat, premier actionnaire d'Indra via son fonds souverain SEPI (28%), et Ángel Escribano, en poste depuis janvier 2025... et également propriétaire d'EM&E avec son frère Javier, lequel siège aussi au conseil d'administration d'Indra.
Or, EM&E, fondé par les deux frères en 1989, détient 14,3% du capital d'Indra, en faisant son deuxième actionnaire.
Initialement d'accord sur le principe pour cette opération, le gouvernement du Premier ministre Pedro Sánchez avait progressivement vu d'un mauvais oeil le possible renforcement de l'influence des frères Escribano au sein de l'actionnariat d'Indra, selon la presse espagnole.
Signe de son envie de voir Ángel Escribano quitter son poste, l'exécutif s'était publiquement interrogé ces derniers jours sur le possible "conflit d'intérêts" entourant Ángel Escribano.
Un conseil d'administration prévu de longue date mercredi dernier avait un temps conforté dans ses fonctions le dirigeant, fort du soutien de nombreux actionnaires qui lui attribuent les très bons résultats d'Indra, dont le bénéfice net a explosé de plus de 50% en 2025 pour atteindre 436 millions d'euros.
Mais la pression était trop forte, visiblement, en plein chamboulement du paysage de la défense en Europe du fait de l'invasion russe en Ukraine.
Le carnet de commandes d'Indra a plus que doublé l'an passé par rapport à 2024 pour culminer à plus de 16 milliards d'euros, grâce notamment à d'importants contrats publics, dont l'exécutif à Madrid veut s'assurer du bon emploi.
Le gouvernement espagnol cherche depuis plusieurs mois à réduire sa dépendance militaire, notamment envers Israël et les États‑Unis, dont il critique ouvertement les conflits menés à Gaza et contre l'Iran, en misant davantage sur une production nationale après des années de sous‑investissement.