ENTRETIEN MARCHÉS-Les investisseurs doivent miser davantage sur le Japon-SYZ AM
information fournie par Reuters 27/03/2019 à 07:00

    * Les actions japonaises méritent mieux, selon SYZ AM
    * Un marché considéré injustement comme périphérique
    * Il offre pourtant une source de diversification
    * La couverture du risque de change ne sert à rien, estime
SYZ AM

    par Patrick Vignal
    PARIS, 27 mars (Reuters) - Les investisseurs internationaux,
en particulier européens, délaissent injustement les actions
japonaises, qui leur offriraient pourtant une source de
diversification inexploitée, déplore Joël Le Saux, gérant
actions japonaises chez SYZ Asset Management.
    Le marché actions de la troisième puissance économique
mondiale, qui représente moins de 8% de l'indice global MSCI
All-Country, est boudé à tort, explique-t-il.
    "Pour les étrangers, les Européens comme les Américains,
c'est un marché périphérique", dit-il à Reuters. "Les
investisseurs institutionnels, souvent, n'en ont même pas. Ils
peuvent s'en passer."
    Parfois, ils prennent des paris, comme en 2013, avec
l'arrivée au pouvoir de Shinzo Abe, vue d'un très bon oeil par
les marchés, puis ils s'en vont, créant de gros mouvements et de
la volatilité, dit-il.
    En ce moment, l'engouement est minimal.
    "Les investisseurs ont délaissé le marché japonais parce
qu'ils sont entrés dans une mentalité de ralentissement
économique global et qu'ils vendent en priorité les marchés
périphériques, dont le Japon, qui est à 10.000 km, fait partie",
dit le gérant.
    Relativement décorrélé des autres marchés et plus résistant
en cas de fortes secousses, le marché japonais présente pourtant
bien des avantages pour qui veut se diversifier, surtout s'il
est prêt à acheter en yens et à offrir ainsi à son portefeuille
une valeur refuge bienvenue en période de turbulences,
plaide-t-il.
    "L'erreur que font souvent les investisseurs est de se
couvrir en risque de change alors qu'il serait plus avantageux
d'investir en yens dans une stratégie de diversification, en
sachant que si les marchés se mettent en mode 'risk off', à tous
les coups, le yen s'apprécie", explique-t-il.
    
    UN MARCHÉ DÉCORRÉLÉ
    "L'investisseur français, par exemple, ne se pose pas
suffisamment la question de la viabilité de l'euro sur le long
terme et néglige la diversification que lui offrirait un
investissement en yens. Si vous couvrez le risque de change,
vous perdez le bénéfice de la diversification."
    Autre atout des actions japonaises, la décorrélation,
notamment par rapport aux actions européennes, très corrélées
pour leur part aux actions américaines et émergentes, fait-il
valoir.
    "Le marché est assez volatil mais si vous prenez le Topix en
euro, c'est-à-dire sans couverture de risque de change, depuis
2013, sa performance est inférieure à celle des actions
américaines mais supérieure de manière constante à celle des
actions européennes", dit le gérant, graphique à l'appui.  
    Toute une partie de l'économie japonaise se porte bien même
si la hausse de la TVA prévue pour octobre pourrait entraîner
une récession limitée à la fin de l'année et début 2020, et la
visibilité est totale du côté de la politique monétaire avec une
banque centrale toujours prête à stimuler l'activité quand le
besoin s'en fait sentir, complète Joël Le Saux.
    Si tout va bien du côté des sociétés tournées vers le marché
intérieur, les chiffres des exportations sont en baisse à cause
de la Chine, ce qui ne signifie pas pour autant que les sociétés
japonaises n'ont pas leur place dans un portefeuille, selon lui.
   
    "Les sociétés japonaises sont relativement peu exposées à la
Chine et sont maintenant plus multinationales qu'exportatrices,
ce qui les rend moins vulnérables aux fluctuations du dollar",
dit-il.
    Une tache, tout de même, dans ce tableau presque idyllique ?
    "Il y a des incertitudes sur les sociétés cycliques liées à
l'investissement productif en Chine, comme dans les
machines-outils ou la robotique, avec des carnets d'ordres
sensiblement sous pression depuis quelques mois et des
incertitudes pour l'avenir", avertit l'expert de SYZ AM.
    

 (édité par Marc Angrand)