Entre rivalité et méfiance, l'IA est l'un des sujets épineux de la rencontre Trump-Xi information fournie par Reuters 13/05/2026 à 11:41
par Laurie Chen
L'intelligence artificielle (IA) sera placée au cœur des discussions entre le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping lors de leur rencontre cette semaine, un ordre du jour qui souligne l'importance stratégique de cette technologie même si peu d'engagements sont attendus.
Selon deux responsables américains au fait des préparatifs, Donald Trump a fait de l'IA un point clé à aborder avec le président chinois, alors que fait rage la rivalité entre les États-Unis et la Chine en la matière.
Le directeur général de Nvidia NVDA.O , Jensen Huang, et le principal conseiller en politique technologique de la Maison blanche, Michael Kratsios, font notamment partie de la délégation américaine.
Leur présence laisse suggérer que des discussions plus substantielles sur l'IA et les puissantes puces H200 de Nvidia pourraient figurer à l'ordre du jour de la rencontre.
La Chine a également proposé aux États-Unis un mécanisme formel de dialogue sur l'IA, qui serait animé par le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le vice-ministre chinois des Finances Liao Min, selon une source informée de l'initiative chinoise.
Mais les attentes en matière d'IA sont faibles pour le sommet étant donné que les deux ministères ne sont pas spécialisés dans l'IA. En outre, l'accent mis par administration Trump sur la mise en place de contrôles de sécurité pour les modèles d'IA avancés n'est que tout récent.
UN CANAL DE COMMUNICATION SUR L'IA EST NÉCESSAIRE
La rivalité entre la Chine et les États-Unis s'est accrue depuis le lancement par Anthropic du puissant modèle Mythos, dont une première présentation avait été refusée à Pékin.
Des responsables de la Maison Blanche ont reconnu que les systèmes d'IA de pointe tels que Mythos rendaient indispensable un "canal de communication" avec la Chine, afin d'éviter les conflits liés à leur déploiement.
Le cabinet d'études de marché IDC China met en garde contre le fait que l'exclusion des entreprises chinoises de Mythos risque d'aggraver un "fossé générationnel" entre la Chine et l'Occident en matière de capacités de défense dans le domaine de l'IA.
Anthropic a déclaré le mois dernier que Mythos avait détecté des "milliers" de vulnérabilités majeures dans les systèmes d'exploitation et d'autres logiciels, déclenchant une ruée des banques et des gouvernements du monde entier pour renforcer leurs défenses en matière de cybersécurité.
Washington a déjà mis en place des garde-fous concernant les technologies de pointe avec Pékin, notamment en matière de prolifération nucléaire. En 2024, les deux parties ont convenu que seuls les humains, et non l'IA, avaient le pouvoir de contrôler les décisions relatives à l'utilisation du nucléaire.
Aujourd'hui, les chercheurs avertissent que les enjeux sont de plus en plus importants, à un moment où l'IA avancée pourrait accélérer la conception d'armes biologiques, déclencher des chocs financiers, amplifier les campagnes de cyberattaques et de désinformation et même échapper au contrôle humain pour donner naissance à des systèmes "rebelles" agissant de leur propre chef.
Pékin et Washington pourraient ainsi mettre en place une ligne d'assistance pour signaler les incidents présumés liés à l'IA, a déclaré Kwan Yee Ng, responsable de la gouvernance internationale de l'IA chez Concordia AI, un cabinet de conseil en sécurité de l'IA basé à Pékin.
"Il est devenu de plus en plus difficile d'amener des personnalités occidentales de haut rang à s'engager directement avec la Chine (sur l'IA), même si un signal positif issu du sommet Xi-Trump pourrait changer la donne."
UN TERRAIN D'ENTENTE DIFFICILE
Les législateurs américains poussent à l'adoption de nouvelles restrictions radicales sur l'accès de la Chine aux chaînes d'approvisionnement en semi-conducteurs, même si l'administration Trump assouplit dans le même temps certaines restrictions sur les exportations de puces de pointe vers la Chine.
La loi MATCH a notamment suscité des protestations de la part de Pékin et pourrait faire l'objet de discussions lors du sommet, en plus des contrôles américains existants sur les exportations de puces, ont déclaré trois sources proches du dossier.
"C'est une occasion vraiment cruciale pour Pékin d'agir et d'essayer d'amener les États-Unis à s'engager à mettre fin à ces restrictions", a déclaré Reva Goujon, stratège géopolitique chez Rhodium Group.
Alors que les entreprises chinoises d'IA comme DeepSeek vantent de plus en plus leur recours aux puces nationales, les restrictions américaines sur les ventes d'équipements de fabrication de puces continuent d'étouffer les efforts de Pékin en faveur de l'autosuffisance, d'autant que les usines nationales peinent à augmenter leur production.
La Maison Blanche a par ailleurs accusé la Chine de vol à l'échelle industrielle de la propriété intellectuelle des laboratoires américains d'IA.
Dans un article au ton incisif publié la semaine dernière, le journal phare du Parti communiste a averti que les mesures occidentales en matière d'IA étaient passées de restrictions ciblées à ce qu'il a qualifié de "blocus systématique de l'écosystème" contre la Chine.
"Lorsqu'une partie considère l'IA comme un risque de prolifération à contenir et que l'autre voit dans cette contenance une attaque contre une technologie à usage général, il devient vraiment difficile de trouver un terrain d’entente", peut-on y lire.
(Rédigé par Laurie Chen ; avec Trevor Hunnicutt à Washington, Fanny Potkin et Ben Blanchard à Taipei ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten)