Entre euphorie et prudence, BDL Capital marque sa préférence
information fournie par Zonebourse 17/09/2026 à 10:42

Malgré les tensions obligataires, les déficits publics, la remontée du coût du capital ou encore la flambée du pétrole, les indices boursiers restent à des niveaux historiquement élevés, notamment portés par l'enthousiasme autour des valeurs technologiques. Dans ce contexte, BDL Capital Management choisit néanmoins de lever le pied. Ou quand la discipline fondamentale ne cède pas un pouce à l'euphorie ambiante.

"Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien..." Ces derniers temps, les sociétés de gestion semblent volontiers faire leur le mantra du film La Haine. BDL Capital Management y ajoute toutefois sa petite touche : "Jusqu'ici tout va bien... mais la marge de sécurité s'est considérablement réduite sur les marchés actions."

La croissance américaine et la résilience du marché de l'emploi, soutenues par des perspectives bénéficiaires positives et l'engouement autour de l'IA, ne doivent pas masquer certaines fragilités, comme l'hyper-concentration des moteurs de croissance. Selon BDL, la hausse des investissements dans l'IA devrait représenter quelque 75% de la croissance du PIB américain en 2026, puis 80% en 2027...

Le vertige des investissements dans l'IA

Pour un gérant, difficile d'ignorer les mouvements massifs de capitaux qui abondent le financement de l'IA. Et ils ne semblent pas près de s'essouffler : selon BDL, l'augmentation des capacités mondiales de data centers hors Chine pourrait nécessiter jusqu'à 7 000 milliards de dollars de capitaux d'ici 2030.

Selon les calculs de BDL, pour rentabiliser de telles sommes avec un rendement de 10%, il faudrait générer environ 3 600 MdsUSD de chiffre d'affaires à l'horizon 2030, soit davantage que le marché mondial actuel des logiciels et services informatiques (environ 3 000 MdsUSD). "Le plus probable, c'est que ça n'arrive pas, en tout cas pas dans ces délais là, et qu'on soit déçu sur la rentabilité", avertit Laurent Chaudeurge.

A cette équation s'ajoute l'obsolescence rapide des équipements, véritable talon d'Achille du secteur : certaines puces deviennent obsolètes au bout de quatre à cinq ans.

Pour autant, BDL ne remet pas en cause le potentiel de la technologie. "On pense que l'IA va révolutionner la plupart des industries. En revanche, il y aura probablement des accidents de parcours", prévient Laurent Chaudeurge.

Réduire le risque sans rester immobile

Cette prudence est renforcée par des taux réels américains autour de 2,5% et des déficits budgétaires élevés, qui renchérissent le coût du capital. Dans ce contexte, Laurent Chaudeurge estime que les actifs à duration longue, qu'il s'agisse d'obligations à long terme ou d'actions très chèrement valorisées, sont les plus fragiles.

D'ailleurs, BDL n'affiche aucun titre valorisé à plus de 25 fois les bénéfices dans sa poche longue.

Prudent, le gestionnaire n'est pas resté inactif : la correction des valeurs logicielles a créé des opportunités et BDL a sélectionné des entreprises considérées jusqu'alors comme des "perdants de l'IA", mais disposant, selon son analyse, de solides fondamentaux. Leur valorisation moyenne est passée de 28 fois les bénéfices en mai 2025 à 14 fois au moment des achats. "On a pu les acheter 50% moins cher", explique Laurent Chaudeurge, évoquant notamment LSEG, Scout24, Amadeus, Universal Music Group, RELX ou encore SAP.

Un pari qui s'est avéré gagnant jusqu'ici : "En moyenne, on a gagné à peu près 15%, et on a fait 9% de plus que l'indice sur cette période."

France : des convictions malgré la prudence

Cette recherche de valeurs décotées se retrouve également dans les choix géographiques de BDL, notamment en France. L'exposition nette à la France du fonds BDL Rempart se situe à 15%, un plus bas depuis huit ans. "On a beaucoup réduit la France, mais on en garde quand même", explique Laurent Chaudeurge, notamment sur des sociétés jugées "de bonne qualité, défensives et très décotées".

Parmi les principales convictions figurent Vinci, Eiffage et Saint-Gobain. Sur les deux premiers, BDL considère que le marché sous-estime leur transformation. "On pense que le marché appréhende mal à quel point ces groupes se sont transformés", souligne Laurent Chaudeurge.

Le poids des autoroutes dans leur valorisation a fortement diminué en dix ans, tandis que les aéroports ou encore les services à l'énergie ont gagné en importance. Dans la construction, leurs carnets de commandes représentent par ailleurs entre 14 et 17 mois d'activité.

"Vous êtes au plus haut depuis dix ans. Donc je dirais qu'elles sont en forme, les entreprises."

Au final, BDL ne prédit pas la fin de l'euphorie, mais refuse d'en payer le prix à n'importe quelles conditions. Et l'on sait qu'en Bourse tout compte, aussi bien la chute que l'atterrissage.