Entech : forte accélération dans la transition information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 12/02/2026 à 07:58
C'est officiel : on a généré plus d'électricité en Europe en 2025 avec le solaire et l'éolien qu'en brûlant du gaz ou d'autres combustibles fossiles, soit 30% du total pour les uns contre 29% pour les autres. Et en tout pour les renouvelables très exactement 13% pour le solaire, en progression de +20% en un an, et 17% pour l'éolien, sans progression parce que le vent souffle quand il veut (et pas toujours là où il faudrait), et 12% pour l'hydroélectricité. Et, du côté des sources d'énergies sujettes à polémiques, 23% pour le nucléaire, qui reste le premier contributeur, 17% pour le gaz (de préférence américain, même si ça coûte plus cher), et enfin encore 9% pour l'abominable charbon.
2025 : plus d'électricité renouvelable, et un beau black-out aussi
On peut remarquer que si l'année 2025 aura été plus que jamais celle des énergies renouvelables, elle aura aussi été celle du grand black-out : la panne complète du réseau de transport et de distribution d'électricité espagnol (et portugais) survenue sans crier gare en avril.
Et si on n'a apparemment pas encore toute l'explication de ce phénomène : des fluctuations fortes de puissance, de tension et de fréquence qui ont fini par faire tomber ledit réseau, il semble plus généralement que l'intermittence naturelle de la production d'électricité solaire ou éolienne n'aide pas pour équilibrer un réseau, tout comme il semble aussi que la consommation d'électricité soit devenue plus volatile et moins facilement modélisable.
Avec très notamment la demande nouvelle générée par les heureux propriétaires de voitures électriques, sans parler de la demande des data centers liée au boom de l'utilisation de l'intelligence artificielle par tout le monde.
La transition énergétique, marché vaste, et profond aussi
C'est tout ce que l'on peut en dire, finalement, en plus du fait que tout ceci : la transition énergétique en d'autres termes, crée de l'activité, et que c'est quelque part bon pour la Bourse, qui est notre sujet. D'autant que la cote européenne contient nombre de sociétés liées de près ou de loin au secteur de l'énergie : compagnies pétrolières et vieilles compagnies d'électricité en reconversion, nouveaux producteurs qui surfent (plus ou moins) allégrement sur la vague de l'éolien offshore et du solaire, équipementiers en tout genre tant pour la génération que pour la distribution d'électrons (verts de préférence). Et aussi concepteurs/développeurs de nouvelles centrales solaires/nouvelles fermes d'éoliennes, puisqu'il y a semble-t-il une bonne demande de la part des investisseurs pour ces rentes d'un nouveau type.
Des investisseurs grands et petits, puisque la production d'énergie est de plus en plus dérégulée et atomisée, et qu'il est tentant de vouloir fabriquer de l'électricité avec une source d'énergie parfaitement gratuite : la lumière du soleil ou la force du vent. Surtout quand le mouvement est largement soutenu par les gouvernements, ce qui se comprend bien, puisque décarbonation et indépendance énergétique vont de pair.
On trouve donc des petits acteurs cotés de ce secteur, comme Entech, qui a semble-t-il son mot à dire quand il s'agit de traiter l'intermittence, même si ce dernier mot semble moins usité depuis le très regrettable évènement espagnol.
Une offre plutôt high-tech de petites centrales électriques, et la E-Factory pour la mettre en valeur
Basé à Quimper (Finistère), fondé en 2016 et coté sur Euronext Growth depuis septembre 2021, dirigé par ses deux fondateurs, Entech devrait réaliser un chiffre d'affaires de 80 millions d'euros sur son dernier exercice clos fin décembre 2025 avec 200 salariés environ : les ingénieurs et les techniciens de la société conçoivent et construisent des mini centrales électriques à base d'énergie renouvelable (solaire, éolienne et hydrolienne) et des systèmes de stockage de l'énergie à base de batteries ou d'hydrogène, connectés ou non au réseau. Et maîtrisent aussi et surtout les technologies de conversion pour que ces centrales puissent délivrer au réseau une électricité à bonne fréquence et à bonne tension : électronique de puissance pour la conversion et systèmes de pilotage intelligents à base de logiciels en propre. Le tout étant proposé en solutions intégrées : ESEReg pour le stockage/EMS, et interfaces ESEview de supervision/SCADA. Le tout étant vendu sous forme de projet et délivré clé en main : la société est un vrai acteur de l'EPC (Engineering, Procurement, Construction) en fait. Entech a des petites implantations à Vannes, Angers et Lyon, mais a l'essentiel de son activité de développement et aussi d'assemblage des équipements dans un bâtiment unique à Quimper, la très high-tech E-Factory qui sert aussi de showroom.
Acteur bien établi a priori
Entech a traité plus de 400 projets depuis sa création, et travaille le plus souvent pour des clients entreprises ou institutionnels de taille moyenne : en 2024, la société a notamment signé des projets avec le chantier naval Piriou (génération électrique décarbonée), Vanne Agglomération (10 centrales photovoltaïques), ou encore Crédit Mutuel Arkéa (cinq ombrières photovoltaïque), et en 2023 Gaz Electricité de Grenoble (6 stockages par batteries), Boralex (idem, pour une ferme éolienne), etc…
Entech a de grands partenaires aussi, comme Eiffage Energies Systèmes, dans une coentreprise pour combiner son expertise avec les compétences d'Eiffage en installation électrique, ou encore Crédit Agricole du Finistère, pour développer chez les clients de la banque des actifs de production d'électricité renouvelable en autoconsommation et aussi en revente de production. Et la société a élargi aussi son offre avec de nouveaux développement, comme l'alimentation électrique des électrolyseurs nouvelle génération de Genvia, ou la reprise de Sabella et de sa technologie d'hydroliennes.
Bien réorganisé pour la suite ?
Fin 2024, la société s'est réorganisée en trois branches d'activité : i) Entech Construction, qui contribue pour plus de 70% des ventes, et propose des solutions complètes de stockage d'énergie BESS ou de centrales photovoltaïques, et traite plutôt des projets raccordables au réseau, ii) Entech Solutions (28% des ventes au 1er semestre 2025) spécialisée dans les centrales photovoltaïques en ombrières et les ilots énergétiques clé en main, avec une offre très modulaire, iii) Entech Energy & Services, qui reste à développer, et qui propose des montages de cofinancements aux clients sur des projets en attendant de grandir dans les services à la base installée. Entech a aussi changé la date de clôture de son exercice, la passant du 31 mars au 31 décembre, soit un exercice de 9 mois seulement pour le dernier exercice clos fin décembre 2024.
Analyse des comptes : peu de résultat jusqu'à présent, mais financement assuré
L'analyse financière d'Entech n'est pas compliquée : Entech vend des projets et comptabilise son chiffre d'affaires à l'avancement desdits projets, et n'a pas gagné d'argent depuis son introduction en Bourse. Mais n'a dégagé une perte significative que sur l'exercice à fin mars 2024, avec des charges de personnel en forte hausse suite à une vague de recrutements, en avance de phase vraisemblablement (et aussi avec une grosse provision pas vraiment explicitée dans le rapport de gestion, peut-être pour perte à terminaison d'un contrat mal tarifé, mais qu'importe, c'est le passé). Et rappelons qu'Entech i) avait levé 25 millions d'euro environ en augmentation de capital à l'occasion de son introduction en Bourse, ii) a bénéficié d'aides publiques à l'innovation et de remboursements de Crédit d'Impôt Recherche, et iii) n'a pas eu trop de mal semble-t-il jusqu'ici pour obtenir le soutien des banques.
Entre les comptes clients et les stocks de composants à intégrer aux projets, Entech a un important Besoin en Fonds de Roulement à financer, ce qui ne semble pas poser de problème non plus puisque la société peut faire appel aux financements court-terme, comme dans l'exercice au 31 mars 2024 où elle a pu obtenir 12,4 millions d'euros de ses banquiers. A fin juin 2025, Entech semblait encore bien financé pour la suite, avec une dette négative de -1,6 millions d'euros environ, soit 25,3 millions d'euros en caisse et une situation de trésorerie nette de +8,7 millions d'euros environ. Après avoir levé 5 millions d'euros d'obligations convertibles, et tiré 4 millions d'euros sur un crédit syndiqué de 15 millions en tout.
Décollage en cours
De quoi tenir jusqu'au dépassement du point mort a priori, et sans que les fondateurs, qui sont liés par un pacte d'actionnaires, ne perdent le contrôle, puisque leurs deux holdings familiales détiennent encore en tout 64% du capital environ (et 75% des droits de vote). Ceci alors que ce fameux point mort semble enfin avoir été dépassé sur le 1er semestre 2025 au 30 juin, avec un résultat opérationnel à un peu plus de zéro (40k€ précisément, contre -660k€). Ne serait-ce que parce que les frais de personnel ont augmenté raisonnablement par rapport à la croissance du chiffre d'affaires et aussi parce qu'Entech a bien maîtrisé ses autres coûts et bien amélioré sa marge sur achats.
Mais la question n'est plus là, puisqu'on est en plein boom en principe, avec depuis le début de l'année 2025 un avalanche de beaux contrats, qui devraient commencer à se matérialiser sérieusement dans le chiffre d'affaires, et vraisemblablement les résultats aussi, du S2-2025, et donc de l'exercice 2025. A commencer par un grand contrat avec Sunrock, exploitant européen de parcs solaires dans la logistique, suivi par des systèmes de conversion pour électrolyseurs pour AEG Power Solutions, plus la reprise d'un portefeuille de projets de centrales photovoltaïques on ne sait où, mais à compléter et terminer, plus d'autres grands contrats avec des gros clients non divulgués, plus des centrales photovoltaïques en Loire Atlantique et en Mayenne, plus le méga accord avec TotalEnergies pour la reprise de 41 projets dans le photovoltaïques en France, etc… etc… soit en tout un carnet de commandes de 100M€, et la confirmation d'un chiffre d'affaires de plus de 80 millions d'euros pour 2025, soit plus qu'un doublement sur les 9 mois 2024, et la confirmation aussi d'une marge opérationnelle enfin positive. Sans parler de la confirmation d'un chiffre d'affaires de 130 millions d'euros en 2026, soit plus de +60% sur 2025, et d'une marge d'Ebitda / chiffre d'affaires comprise entre 8 et 10%, contre 3 à 4% attendus pour 2025. Et sans parler d'un objectif de chiffre d'affaires de plus de 300 millions d'euros pour 2029 toujours annoncé par la direction, soit un taux de croissance moyen (cagr, pour les fins connaisseurs de la finance moderne) de +40% par environ.
Avec en soutien un grand projet avec Primeo Energie dans le stockage, d'un autre avec TotalEnergies pour un projet de stockage hybride éolien en Guadeloupe, et du super gros contrat avec Eiffage Energie Systèmes pour deux grosses centrales de stockage en France, et ainsi de suite, pour lesquels Entech a obtenu 60 millions d'euros de concours bancaires pour ce faire.
Bref : on est en plein décollage (enfin !), d'où le parcours récent du titre, soit +22% depuis le début de l'année, dont +16% sur un dernier mois glissant.
Le marché a toujours raison, c'est bien connu. C'est d'ailleurs à ça qu'il sert. Sinon à quoi bon ?