ENQUÊTE-La Fed devrait baisser ses taux en juin malgré les risques inflationnistes - économistes
information fournie par Reuters 12/03/2026 à 16:25

La Réserve fédérale (Fed) américaine devrait réduire ses taux d'intérêt pour la première fois cette année en juin, selon un sondage réalisé par Reuters auprès d'économistes, qui campent sur leurs positions malgré le risque que la guerre au Moyen-Orient ravive une inflation déjà élevée.

La hausse d'environ 40% des prix mondiaux du pétrole depuis le début du conflit fin février a déjà fait grimper le rendement des bons du Trésor à deux ans, les plus sensibles aux taux d'intérêt, de près de 30 points de base, et les contrats à terme sur les taux d'intérêt ont reporté à septembre la première baisse des coûts d'emprunt de l'année.

Ils écartent désormais la possibilité d'une deuxième baisse.

Avec une inflation déjà bien supérieure à l'objectif de 2% de la Fed avant le début de la guerre et une destruction inattendue de 92.000 emplois le mois dernier, les 96 économistes interrogés entre le 6 et le 12 mars prévoient que la banque centrale maintiendra ses taux dans leur fourchette actuelle de 3,50% à 3,75% mercredi prochain.

Un peu moins des trois quarts s'attendaient à ce résultat dans le sondage du mois dernier.

Environ deux tiers des économistes interrogés, soit 63 sur 96, s'attendent à ce que la Fed réduise ses taux d'intérêt à une fourchette de 3,25%-3,50% au cours du prochain trimestre, très probablement en juin, juste après la fin du mandat de l'actuel président Jerome Powell en mai.

Le président américain Donald Trump, qui a choisi Kevin Warsh comme prochain président de l'institution, a critiqué à plusieurs reprises Jerome Powell pour ne pas avoir baissé les taux plus rapidement.

"Il est assez clair que Warsh a convaincu le président de ce qu'il va essayer de faire, et nous devons en tenir compte dans nos prévisions... Mais la question est de savoir si la dynamique du comité et les données lui permettront de mettre cela en oeuvre ou non", a déclaré Jeremy Schwartz, économiste chez Nomura, ajoutant que le prochain patron de la Fed pourra probablement obtenir une ou deux baisses cette année.

"Le conflit avec l'Iran fait grimper les prix mondiaux de l'énergie. Cela va entraîner une certaine inflation globale, mais aussi potentiellement se répercuter sur certaines composantes de l'inflation sous-jacente", note-t-il.

Parallèlement, la tendance du marché du travail ne semble pas se détériorer, ce qui signifie que la Fed ne devrait pas vraiment être contrainte d'adopter une attitude plus réactive, ajoute Jeremy Schwartz.

Les économistes ne sont pas parvenus à un consensus sur le niveau des taux de la Fed à la fin de l'année, même si la médiane des sondages indique deux baisses avant les élections de mi-mandat de novembre.

Près de 40% des économistes s'attendent à une seule baisse des taux, voire à aucune cette année, soit près du double de ceux qui en prévoient trois ou plus.

La variation de l'indice des dépenses de consommation personnelles (PCE), la mesure de l'inflation préférée de la Fed, devrait s'établir en moyenne à 2,8% au premier semestre de cette année et à 2,7% pour 2026, soit une légère hausse par rapport au mois dernier, selon les médianes du sondage.

"L'inflation n'a pas atteint l'objectif de 2% depuis cinq ans. Au contraire, elle devrait augmenter à court terme... À l'heure actuelle, le risque d'inflation est plus important que le risque lié au marché du travail", dit Gus Faucher, économiste en chef chez PNC Financial Services Group.

Le taux de chômage, actuellement de 4,4%, devrait rester stable cette année.

Près de 80% des économistes interrogés, soit 29 sur 37, qui ont répondu à une question supplémentaire, estiment qu'il est plus probable que la Fed maintienne ses taux plus longtemps que prévu plutôt que de les réduire plus rapidement.

"Nous sommes en train de nous remettre du choc d'offre causé par les droits de douane et nous sommes maintenant confrontés à un autre choc sous la forme de la guerre avec l'Iran. Sous la direction de Powell, cela signifie qu'ils restent les bras croisés et attendent les données", déclare Philip Marey, stratège chez Rabobank.

"Le risque pour nos perspectives est plutôt celui de moins de baisses et éventuellement plus tardives... mais Trump préférerait vraiment que les baisses aient lieu avant les élections de mi-mandat plutôt qu'après", ajoute-t-il.

Les perspectives de croissance plaident également contre la nécessité d'un soutien, l'économie devant connaître une croissance de 2,1% à 2,5% par trimestre cette année, soit une accélération par rapport au 1,4% du trimestre dernier et un taux supérieur au taux de 1,8% estimé par la Fed.

(Rédigé par Indradip Ghosh ; sondage et analyse d'Aman Kumar Soni et Mumal Rathore ; version française Diana Mandia)