Energie mondiale en 2025 : l'essor des renouvelables freiné par le poids des fossiles (rapport Eni) information fournie par AOF 02/11/2026 à 15:55
(Zonebourse.com) - Le groupe pétrogazier italien Eni a publié la 25e édition de son rapport annuel, le "World Energy Review" (WER). Conçue à l'origine comme un outil d'analyse centré sur les marchés pétroliers et gaziers, cette publication a progressivement élargi son champ d'étude pour refléter les profondes transformations du paysage énergétique international.
Au fil des ans, le document a intégré le suivi des énergies renouvelables, des minéraux critiques ainsi que des indicateurs macroéconomiques et environnementaux essentiels tels que la démographie, le PIB et les émissions de CO2, permettant ainsi une compréhension plus intégrée des évolutions en cours.
Depuis 25 ans, la WER sert d'outil d'analyse des marchés de l'énergie et contribue à éclairer les défis et les opportunités d'un système en constante mutation.
Trois dynamiques contradictoires au coeur du système mondial
Selon Eni, cette 25e édition "décrit un système énergétique en pleine transformation, façonné par la coexistence de dynamiques distinctes mais interdépendantes" :
- une demande croissante en énergie , portée par l'essor de l'intelligence artificielle et des centres de données ;
- le développement progressif des énergies renouvelables , marqué par l'importance grandissante des nouvelles technologies et la complexité accrue de leur gestion ;
- ainsi que le rôle toujours incontournable des énergies conventionnelles pour garantir la sécurité, la continuité et l'accessibilité financière de l'approvisionnement énergétique.
Malgré ces changements, la consommation mondiale repose toujours massivement sur les énergies fossiles.
Dans le détail, la demande énergétique mondiale a atteint environ 15,7 milliards de tonnes d'équivalent pétrole (Gtep) en 2025, affichant une progression d'un peu plus de 1%, tandis que le mix énergétique global est resté globalement stable, le pétrole, le gaz et le charbon représentant toujours environ 80% de la consommation mondiale d'énergie primaire (contre 83% en 2015).
La demande de pétrole a progressé de 0,9 million de barils par jour (Mb/j), tandis que la demande mondiale de gaz a augmenté de 1,2%. En parallèle, le déploiement des énergies renouvelables intermittentes s'est poursuivi à un rythme soutenu, avec une capacité installée mondiale en hausse de 12% sur un an, représentant plus d'un tiers de la capacité totale de production d'électricité dans le monde. Dans ce contexte, les minéraux critiques jouent un rôle de plus en plus central, leur production globale ayant progressé en 2025, en particulier pour le lithium ( 29%) et le graphite ( 13%).
Secteur électrique : le décalage persistant entre capacité installée et production réelle
Ces changements se font nettement ressentir dans le secteur de l'électricité, avec des effets mitigés.
Le secteur électrique a continué son expansion et sa transformation progressives : en 2025, la capacité installée mondiale et la production d'électricité ont augmenté respectivement d'environ 7% et 3% en glissement annuel. Les sources conventionnelles ont représenté près de 65% de la capacité installée totale, tandis que les renouvelables variables (solaire et éolien) ont atteint environ 35% et ont tiré la majeure partie de la croissance des capacités.
Dans le même temps, l'évolution du mix électrique montre que la hausse de la capacité installée ne se traduit pas automatiquement par une contribution équivalente à la production d'électricité. Alors que la part des combustibles fossiles dans la capacité installée a reculé de 63% en 2015 à 46% en 2025, la disponibilité et la variabilité des sources renouvelables intermittentes continuent de limiter leur apport à la production, nécessitant le soutien de sources conventionnelles.
Malgré l'essor rapide du solaire et de l'éolien, les énergies fossiles assurent toujours près de 60% de la production mondiale d'électricité, tandis que l'ensemble des énergies renouvelables variables n'en génère qu'un peu plus de 15%. Ce constat met en évidence la nécessité d'une intégration progressive des différentes sources et technologies énergétiques pour répondre à la demande croissante d'électricité tout en garantissant la continuité, la fiabilité et la résilience des réseaux électriques.
Bilan carbone : un nouveau record mondial et des trajectoires nationales divergentes
Cette dépendance aux énergies fossiles aggrave inévitablement les émissions mondiales.
En 2025, les émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie, y compris les émissions de procédé, ont augmenté de 0,4% par rapport à 2024 pour atteindre un nouveau record de 38,2 milliards de tonnes (Gt), soit un TCAM (taux de croissance annuel moyen) de 1% sur la période 2015-2025.
Le charbon est resté la principale source d'émissions à l'échelle mondiale, illustrant son rôle persistant dans le système énergétique global.
Parmi les principaux émetteurs, la Chine a enregistré une légère baisse de ses émissions en 2025 (-0,5% par rapport à 2024), sans pour autant inverser la tendance globale à la hausse observée au cours de la dernière décennie ( 2,2% de TCAM).
Les émissions des Etats-Unis ont progressé de 2,4% par rapport à 2024, tout en maintenant une trajectoire de baisse progressive sur la période 2015-2025 (-0,8%).
En Inde, les émissions sont restées globalement stables en 2025, tout en s'inscrivant dans une trajectoire à long terme en forte hausse ( 3,5%).
Pour Eni, le constat est clair : la sécurité de l'énergie, son coût et le respect du climat vont de pair. Trouver le bon équilibre demandera du réalisme et l'utilisation de toutes les technologies disponibles.
Copyright (c) 2026 Zonebourse.com - All rights reserved.