ENCADRÉ-Que retenir des élections régionales en Allemagne ?
information fournie par Reuters 21/09/2026 à 11:33

par Rachel More et Christoph Steitz

Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) est sorti victorieux dimanche d'élections régionales dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, dans le nord-est du pays, tandis que le parti La Gauche (Die Linke, extrême gauche) a remporté un scrutin distinct dans la capitale Berlin.

Les deux scrutins ont entraîné de lourdes pertes pour l'Union chrétienne-démocrate (CDU), première force politique du pays et parti du chancelier Friedrich Merz. Voici cinq points à retenir des résultats de ces élections régionales.

MERZ EN DÉCLIN, MAIS PAS (ENCORE) ÉLIMINÉ

Les résultats des scrutins de dimanche, accumulés à la victoire de l'AfD en Saxe-Anhalt il y a deux semaines, marquent un revers majeur pour Friedrich Merz et la CDU, les électeurs se montrant de plus en plus sceptiques quant à la capacité de la coalition au pouvoir à relancer l’économie allemande.

Confronté à des taux de popularité plus bas que jamais, le chancelier a lui-même qualifié ces résultats de "désastre" et est désormais sous pression pour tenir ses promesses de réformes, alors que les appels à sa démission se multiplient.

Si Friedrich Merz a laissé entendre qu’il resterait en poste et poursuivrait son programme de réformes, les défaites de dimanche remettent en question sa position au sein de la CDU, qui a affiché dimanche sa pire performance électorale en Mecklembourg-Poméranie occidentale depuis 1949.

L’affaiblissement de la position du chancelier allemand à la tête de la première économie de l'Union européenne pourrait également nuire à l’unité du bloc, alors que l’extrême droite européenne continue de gagner du terrain, que les relations avec les États-Unis se sont dégradées, et que les pressions économiques se sont intensifiées.

L'AFD CONSOLIDE SA POSITION DE LEADER

L’AfD a enregistré une forte progression à la fois en Mecklembourg-Poméranie occidentale et à Berlin. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, le parti a plus que doublé son score par rapport à 2021 et est devenu la première force politique.

C’est la deuxième fois en deux semaines que l’AfD remporte la plus grande part des voix lors d’un scrutin régional allemand, après sa victoire en Saxe-Anhalt au début du mois.

Ces performances consolident la position du parti à l’approche des élections fédérales prévues en 2029.

L’AfD, qui est déjà le premier parti dans les sondages nationaux avec 29% des intentions de vote, a recueilli des suffrages grâce à ses promesses de mesures sévères visant à expulser les étrangers n’ayant pas le droit de séjourner en Allemagne.

Le parti se montre également favorable à un retour à l’énergie russe bon marché en Allemagne et fait la promotion de valeurs plus conservatrices centrées sur le modèle familial traditionnel.

Les autres grands partis refusent toutefois de s'allier avec l'AfD selon le principe du "cordon sanitaire". Il est ainsi peu probable que le parti d'extrême droite puisse gouverner en Mecklembourg-Poméranie occidentale ou à Berlin, où il est arrivé en troisième position.

LA FORMATION DE COALITIONS DE PLUS EN PLUS DIFFICILE

Alors que l’AfD gagne du terrain et que les électeurs se répartissent entre un nombre croissant de partis, il devient de plus en plus difficile pour les forces politiques allemandes de constituer des majorités stables.

Les résultats préliminaires indiquent qu’un futur gouvernement en Mecklembourg-Poméranie occidentale aurait besoin de trois partis pour fonctionner.

Cette fragmentation exigera davantage d’esprit de compromis dans un pays traditionnellement régi par des gouvernements bipartites.

La stratégie du "cordon sanitaire" a jusqu’à présent empêché l’AfD d’accéder au pouvoir, mais l’attrait croissant que suscite le parti auprès des électeurs soulève des questions quant à la viabilité de ce principe.

Ces changements de tendances électorales poussent les partis politiques à explorer d’autres possibilités de coalition. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, le Parti social-démocrate (SPD), arrivé en deuxième position dimanche, s'associera probablement aux Verts et à sa coalition existante avec le parti La Gauche.

Ce dernier, victorieux à Berlin, pourrait former une majorité avec le SPD et les Verts dans la capitale.

LES INQUIÉTUDES ÉCONOMIQUES SE RÉFLÉTENT

La faiblesse de l’économie allemande est devenue un facteur déterminant dans les urnes, les électeurs de tous bords étant frustrés par le coût élevé de la vie et l’incertitude économique.

En Mecklembourg-Poméranie occidentale et à Berlin, la campagne s’est déroulée dans un contexte de flambée des prix des carburants liée au conflit au Moyen-Orient.

Des années de stagnation économique ont ainsi incité certains électeurs à se tourner vers des formations politiques en dehors du centre.

À Berlin, le parti La Gauche a trouvé un écho favorable en mettant l’accent sur la pénurie de logements dans la ville, s’engageant à en construire de nouveaux plus abordables, à réduire de force les loyers des biens immobiliers dont le prix est supérieur de 20% ou plus à la moyenne locale, et à limiter les locations saisonnières.

L'AfD a remporté des suffrages grâce à sa proposition de relancer le gazoduc Nord Stream en provenance de Russie, qui aboutit en Mecklembourg-Poméranie occidentale. Le parti affirme que la remise en service de ce gazoduc alimenté par du gaz russe permettrait de réduire les coûts énergétiques.

LES ÉLECTEURS SE DÉTOURNENT DU CENTRE POLITIQUE

La Gauche (Die Linke) a également enregistré de nets progrès, à l'instar de l'AfD, les électeurs se détournant des partis traditionnels.

En Mecklembourg-Poméranie occidentale, le parti de gauche radicale a ravi 28.000 électeurs à la CDU et 45.000 au SPD, selon un sondage réalisé par Infratest Dimap pour la chaîne ARD.

Ces chiffres illustrent l’attrait croissant du parti auprès de la base traditionnelle du SPD, issue de la classe ouvrière.

La ministre-présidente du Mecklembourg-Poméranie occidentale, Manuela Schwesig (SPD), a estimé que l’opposition au soutien à l’Ukraine et le projet de relance du gazoduc étaient deux des raisons pour lesquelles les électeurs de cette ancienne région est-allemande s’étaient tournés vers l’AfD, considéré comme pro-russe.

À Berlin, le SPD a perdu quelque 36.000 électeurs au profit du parti de Gauche, selon les données préliminaires. Les Verts, qui jouent souvent un rôle décisif dans la politique allemande, ont perdu 51.000 électeurs au profit de ce parti.

(Rachel More et Christoph Steitz ; version française Etienne Breban, édité par Augustin Turpin)