* Les Bourses chinoises en repli
* Craintes d'un moindre soutien à la croissance
* Des marges de manoeuvre déjà largement utilisées
* Les autorités prudentes sur de nouvelles mesures
PARIS, 23 avril (Reuters) - Le redressement de l'activité en
Chine au premier trimestre alimente les interrogations sur un
diminution du soutien de Pékin à l'économie, une perspective qui
a fait baisser les Bourses chinoises et qui ne serait pas sans
conséquence pour la croissance mondiale si elle se réalisait.
L'indice composite de la Bourse de Shanghai .SSEC a encore
cédé 0,5% mardi au lendemain d'une chute de 1,7%, et il plafonne
depuis deux semaines après une hausse de plus de 30% par rapport
à ses points bas de la fin de l'année dernière, qui l'avait
porté le 8 avril à un plus haut de 13 mois.
Les prises de position des autorités chinoises plaidant pour
un réglage fin de la politique économique en fonction de
l'évolution de la croissance et de l'inflation n'ont pas dissipé
les craintes, d'autant que les marges de manoeuvre sont moindres
après la succession de mesures de relance - monétaire comme
budgétaire - prises depuis un an.
Pékin a d'ailleurs réaffirmé son attachement à une politique
monétaire neutre, selon le compte rendu d'une réunion du Comité
central pour les affaires financières et économiques présidée
par le président Xi Jinping, dont a fait état lundi l'agence
Chine nouvelle.
Tout en soulignant que l'économie chinoise demeure
confrontée à des "pressions baissières" et des difficultés après
une croissance supérieure aux attentes au premier trimestre, le
bureau politique du Parti communiste chinois a simplement
confirmé à l'issue d'une réunion vendredi que le gouvernement
maintiendrait son soutien à l'activité sans évoquer de mesures
supplémentaires.
Soutenues par la succession de mesures de relance prises par
les autorités chinoises dès le printemps 2018 pour contrer le
ralentissement de l'activité et les effets négatifs des tensions
commerciales avec les Etats-Unis, les bourses chinoises avaient
été en grande partie épargnées par le coup de tabac sur les
marchés financiers des deux derniers mois de l'année dernière.
L'indice composite de la Bourse de Shanghai avait abandonné
12% entre le début novembre et la fin décembre quand l'indice
MSCI World des Bourses mondiales plongeait dans le même temps de
près de 30%.
LA CHINE TREMBLE, LE MONDE VACILLE ?
Les données publiées la semaine dernière ont fait état d'une
expansion de l'économie à un rythme soutenu de 6,4% l'an,
déjouant les pronostics d'une poursuite du ralentissement de
l'activité, et d'une croissance de la production industrielle,
des ventes au détail et de l'investissement supérieure aux
attentes en mars.
Ces premiers fruits de la politique de relance ont conduit
la Banque populaire de Chine à opter pour un discours moins
accommodant et une gestion plus stricte de la liquidité, notent
les économistes de Barclays.
Vincent Juvyns, stratège de JPMorgan, souligne de son côté
que la politique monétaire des derniers mois a été beaucoup plus
agressive que lors des phases d'assouplissement de 2008 et 2015,
comme le montre l'évolution du taux des réserves obligatoires
des grandes banques, principal outil de la banque centrale dans
un système bancaire encore très largement contrôlé.
Les stratèges de la société de gestion NN Investment
Partners relèvent quant à eux que la politique monétaire
expansionniste bute de plus en plus sur le niveau d'endettement
et le service de la dette du secteur privé non financier,
proches de voire supérieurs à ceux observés lors de précédentes
grandes crises financières, qu'il s'agisse du Japon de la fin
des années 1990 ou des Etats-Unis en 2007.
Les marges de relance fiscale sont aussi réduites avec une
un déficit budgétaire consolidé dont Bo Zhuang, l'économiste
spécialiste de la Chine chez TS Lombard, estime qu'il dépassera
cette année 5% du produit intérieur brut et excédera même 9% en
prenant en compte des leviers quasi budgétaire, comme les
véhicules de financement des autorités locales ou les placements
privés.
Face à ces moindres marges de manoeuvre, "les récents
indicateurs économiques convenables indiquent que les autorités
vont attendre avant de nouvelles mesures de soutien", estime
Ulrich Leuchtmann, analyste sur les changes à la Commerzbank,
qui s'attend à une "certaine volatilité sur les données
économiques chinoises dans les prochains mois".
Avec une économie américaine qui donne des signes de
ralentissement et une zone euro qui peine à se stabiliser, la
Chine est plus que jamais le principal contributeur au maintien
de la croissance mondiale.
"Pour que les marchés soient enthousiastes sur l'économie
mondiale, il faut qu'au deuxième, au troisième et au quatrième
trimestres, la Chine renoue avec une croissance d'au moins 6,5%
l'an et bien entendu, cela ne se réalisera que si une solution
sur le commerce est trouvée", avertit Vincent Juvyns.
*Is China tightening ? Daily currency briefing. Commerzbank.
23 avril 2019
*China: Recovery confirmed, more growth, less easing. Global
Economic Weekly. 18 avril 2019
*China: Fiscal policy is in the driving seat. China Watch.
TS Lombard. 16 avril 2019
*House View. Point trimestriel. NN Investment Partners.
Présentation à Paris. 15 avril 2019.
*Economic and Financial Markets Outlook - April 2019- J.P.
Morgan Asset Management. Présentation à Paris. 11 avril 2019.
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Chine : Mesures de soutien à la croissance en 2018-2019 https://tmsnrt.rs/2W0Xlbh
Indice composite de la Bourse de Shanghai et MSCI World https://tmsnrt.rs/2VWESMS
Chine : Rythme et ampleur des baisses de RO en 2008, 2015 et
2018 https://tmsnrt.rs/2DstJw1
Service de la dette des agents non financiers aux USA, au Japon
et en Chine https://tmsnrt.rs/2Dv1NHQ
Chine : Evolution du déficit public https://tmsnrt.rs/2IBBC6I
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(Marc Joanny, édité par Marc Angrand)