(Actualisé au §4 avec date du 11 mars pour la défense de Musk)
par Jonathan Stempel et Vibhuti Sharma
26 février (Reuters) - Elon Musk, l'imprévisible directeur
général de Tesla TSLA.O , s'en est de nouveau pris mardi à la
Securities and Exchange Commission (SEC), l'autorité de
régulation de Wall Street, après qu'elle l'eut accusé d'avoir
enfreint les termes de leur arrangement de l'automne dernier.
Dans un avis judiciaire publié lundi, le régulateur a
affirmé qu'un tweet du 19 février d'Elon Musk rompait sa
promesse faite l'an dernier de ne pas faire de déclarations
publiques sans accord préalable de son conseil d'administration.
La SEC n'a pas dit quel "remède" elle souhaitait voir
appliquer mais l'engagement pris par Elon Musk était l'un des
points principaux de l'arrangement qui lui avait permis de
rester à la tête de Tesla, sauvant ainsi la mise pour les
investisseurs qui n'imaginent pas le groupe continuer sans lui.
Une juge fédérale a donné à Musk jusqu'au 11 mars pour
infirmer les accusations de la SEC. Aucun commentaire n'a pu
être obtenu dans l'immédiat auprès de Musk, de Tesla ou de leurs
avocats, ni du côté du gendarme de la Bourse.
Elon Musk, qui dans un premier temps lundi avait accusé la
SEC de ne pas avoir lu les rapports annuels du constructeur de
voitures électriques, a enchaîné mardi matin avec un nouveau
tweet accusateur : "Il y a quelque chose de cassé avec la
supervision de la SEC", a-t-il écrit.
L'action Tesla a perdu jusqu'à 3,3% à Wall Street en début
de séance mais elle s'est ensuite redressée pour afficher un
gain d'environ 0,8% en milieu de séance.
"Un nouveau combat de boxe avec la SEC est la dernière chose
que les investisseurs veulent voir", commente Daniel Ives,
analyste chez Wedbush Securities.
L'action Tesla a perdu le quart de sa valeur depuis son pic
d'août dernier, quand elle avait bondi à l'annonce par Elon Musk
d'une possible offre d'achat sur le groupe et de retrait de la
cote avec un financement d'ores et déjà garanti.
Ce tweet d'août, finalement démenti par Musk lui-même, était
à l'origine du premier bras de fer avec la SEC qui s'est soldé
par l'arrangement du mois d'octobre. L'action a regagné 19%
depuis lors, tout en restant loin de ses records.
LE CONSEILLER JURIDIQUE DE TESLA A DÉMISSIONNÉ
Dans son avis de lundi, la SEC met en cause un tweet posté
le 19 février par Musk dans lequel il a écrit : "Tesla a
construit 0 voiture en 2011 mais en fera environ 500k en 2019."
Or, contrairement à l'engagement qu'il avait pris en
octobre, Musk n'a demandé aucune autorisation ou vérification
préalables avant son message, qui était inexact et a pu être lu
par plus de 24 millions de personnes.
Le conseiller juridique de Tesla, Dane Butswinkas, recruté
il y a deux mois dans le cadre de l'arrangement avec la SEC, a
démissionné mercredi dernier, au lendemain du tweet polémique.
Quatre heures après l'avoir envoyé, Elon Musk a corrigé son
message pour préciser que le "taux annualisé de production"
serait probablement d'environ 500.000 voitures à fin 2019, avec
des livraisons prévues au nombre de 400.000.
La réaction ferme de la SEC l'a fait réagir d'emblée et il a
rappelé que les chiffres qu'il communiquait figuraient dans le
rapport annuel du constructeur envoyé au régulateur.
"La SEC a oublié de lire le communiqué de résultats de
Tesla, qui cite clairement l'objectif de 350k à 500k. Comme
c'est embarrassant", a-t-il réagi.
Il a remis cela mardi en remettant en cause les compétences
de supervision du gendarme boursier.
L'entrepreneur de la Silicon Valley est coutumier des
sorties contre la SEC. En décembre encore, invité de l'émission
"60 Minutes" de CBS, il avait dit ne pas avoir de respect pour
la SEC et ajoutait tweeter en toute liberté.
La SEC n'a pas fait connaître ses intentions mais pourrait
demander à la justice une amende plus élevée, de nouvelles
restrictions sur les activités de Musk, son départ du conseil
d'administration voire une interdiction d'occuper un poste de
dirigeant dans une société cotée.
Dans ce dernier cas, le cours de Bourse de Tesla pourrait
perdre un cinquième de sa valeur, a estimé l'analyste de
JPMorgan Ryan Brinkman en évoquant un "scénario du pire".
"Le tweet - après la clôture des marchés - et la rapide
correction peuvent paraître anodins mais la SEC ne fera pas de
cadeau à Musk", commente un autre analyste, Gene Munster (Loup
Ventures). "Le refus de Musk de suivre les règles fait partie
des choses qu'il faut accepter quand on est actionnaire de
Tesla."
(Jonathan Stempel à New York avec Vibhuti Sharma et Mehda Singh
à Bangalore, Véronique Tison pour le service français, édité par
Bertrand Boucey)