Donald Trump rassure plus les marchés qu’il ne les inquiète information fournie par Les sélections de Roland LASKINE 27/02/2026 à 15:45
Le 27 février 2026
« Nous continuons de penser qu'il y a plus à gagner à rester significativement investi, plutôt qu'à rester à l'écart du marché ». Cette conviction, qui est la nôtre depuis le début de l'année, se vérifie tous les jours. Le CAC 40 a encore franchi cette semaine un nouveau record à plus de 8 600 points. Notre vision stratégique était la bonne, mais il faut reconnaître que cette manière de dire qu'il vaut mieux rester investi, plutôt que de se tenir hors du marché, traduit un certain embarras. Il aurait été plus franc de dire : allez-y, la voie est libre, c'est le moment d'acheter. C'est parfaitement vrai. Toutefois, avec l'impression de désordre absolu dans lequel nous vivons aujourd'hui, il devient difficile de prodiguer ce genre de conseils sans s'entourer de précautions.
De mémoire de boursier, on n'a jamais vu de conseillers financiers qui ne cherchent pas assurer leurs arrières ! Les seuls exemples de recommandations d'achat sans nuance sont venus de la sphère des cryptomonnaies. On connait la suite : un succès véritablement bluffant, avec des performances à trois chiffres du début de 2023 à l'automne 2025, puis un effondrement du cours du bitcoin de 40% au cours dans les cinq derniers mois qui ont suivi.
Les « contrariants » - il y en a beaucoup sur le marché - nous expliquent qu'il ne faut pas s'étonner de voir la Bourse continuer de monter, alors que le doute est dans les esprits. Ce ne sont pas des craintes exprimées par les investisseurs dont il convient de se méfier, mais d'un excès d'optimisme toujours source de correction violente, expliquent-ils. Cette analyse est frappée du coin du bon sens. Nous pensons, malgré tout, que les records de hausse que connaissent aujourd'hui les valeurs européennes relèvent d'une logique un peu plus complexe. Tout le monde a bien compris que nous traversons une période que de nombreux journalistes qualifient volontiers de « chaotique ». La décision de la Cour suprême de suspendre les droits de douane mis en place par Donald Trump est bien partie pour perturber le commerce mondial. Surtout quand on voit que, loin de se soumettre à cette décision, le président des Etats-Unis redouble d'agressivité. En réaction, l'Union Européenne réfléchit elle aussi à la mise en place de mesures plus protectionnistes. Sur le plan géopolitique, la situation est tout aussi confuse, avec une guerre en Ukraine dont on ne voit pas la fin, des tensions extrêmes en Iran et un conflit larvé entre la Chine et Taïwan. Loin de s'atténuer, les problèmes que nous avons devant nous pourraient même s'aggraver en cours d'année.
Le tableau général n'a rien de très réjouissant, mais les marchés ne lâchent pas. Cette résilience est à chercher dans des ressorts qui relèvent d'une logique purement boursière. Les liquidités en circulation sont abondantes et le fort endettement des Etats n'incite pas les détenteurs de capitaux à se précipiter sur les obligations. Dans l'ensemble, les résultats d'entreprises sont rassurants et le recul de l'inflation dans à peu près toutes les régions du monde pousse en faveur d'une poursuite de la baisse des taux d'intérêt. Ceci est bon pour le financement de l'économie et autorise des niveaux de valorisation plus élevés pour les actions. Et puis, il y a surtout Donald Trump. Le président des Etats-Unis est le trublion que nous connaissons, jamais à court de provocations, mais il ne peut se permettre de jouer contre Wall Street. Il est, au contraire, totalement acquis qu'il mettra tout en œuvre, notamment du point de vue budgétaire, pour soutenir la consommation des ménages et les marchés financiers. Cette idée est tellement forte que les salles de marchés tous les traders savent qu'il existe un véritable « Trump put » sur lequel la Bourse de New York peut se reposer quoi qu'il arrive. Si on ajoute le « Fed put », qui signifie que la Réserve fédérale ne ménagera pas ses efforts pour soutenir la croissance, les investisseurs n'ont en réalité pas beaucoup de soucis à se faire. La baisse récente du Nasdaq n'a d'ailleurs rien à voir avec les droits de douane ou la situation géopolitique.
En ayant continué de renforcer les positions sur nos deux portefeuilles de détentions d'actions en direct, nous avons fait les bons choix. Le portefeuille Défensif affiche une belle progression de près de 9% depuis le 1er janvier, comparé à une hausse de 5,8% du CAC 40. En ayant fait confiance à des sociétés comme Air Liquide, Bayer, BNP Paribas, Deutsche Telekom, Hermès International, Engie, L'Oréal, Orange ou Schneider Electric, qui ont toutes publié de bons résultats, nous avons largement surperformé le marché. Toutes les sociétés que nous détenons en portefeuille n'ont pas encore publié leurs comptes annuels, mais nous restons confiants dans leur capacité à agréablement surprendre le marché.
Avec un gain de 10,5% depuis le début de l'année, l'Offensif n'est pas en reste. Il fait même mieux que le Défensif. Nos choix de valeurs ont été plus audacieux et les résultats attendus sont au rendez-vous. Nos poulains, Air France, Aixtron, ArcelorMittal, ASML, Emeis, Rexel, Schneider Electric et Valeo, ont été portés par l'excellence de leurs performances financières. Michelin et Saint-Gobain ont moins bien réussi, mais ces deux valeurs représentent une faible part de l'actif. Eramet reste cependant notre plus gros « gadin » de ce début d'année. Fidèle à nos principes de gestion, nous avons activé la semaine dernière notre programme de vente automatique de nos 200 actions du spécialiste français des métaux non-ferreux, dès que le seuil de baisse de 20% a été dépassé. Ce faisant, nous avons vendu au plus bas et nous nous sommes privés du rebond du titre intervenu cette semaine. Avons-nous bien fait de liquider la position aussi brutalement ? D'un point de vue arithmétique assurément non. S'agissant des sacro-saints principes de bonne gestion, destinés à éviter de se faire entraîner dans une chute non contrôlée, le maintien de cette mesure de sauvegarde reste essentiel. En dépit de la perte qu'elle a occasionnée, la performance globale du portefeuille n'en a que très peu souffert.
Le retour aux fondamentaux sur le devant de la scène boursière rend plus difficile la mise au point de la stratégie à adopter sur notre sélection d'ETF Monde. Celle-ci a très bien fonctionné en 2025, mais les importantes différences de comportement des différentes valeurs à l'intérieur d'un même secteur, comme celui des technologiques par exemple, perturbe le jeu traditionnel du choix d'ETF sectoriels. Le graphique ci-joint que montre que notre sélection Monde sous-performe largement le marché, notamment en raison de notre exposition sur le Nasdaq. Celle-ci a été partiellement réduite cette semaine. Nous comptons davantage orienter nos actifs vers la zone euro en direction de trackers investis sur les valeurs industrielles et technologiques européennes. Les trackers orientés vers les Small Caps de la zone euro retiennent aussi notre attention. En Asie, nous ne sommes présents qu'au travers de l'ETF Amundi PEA Chine (ex-MSCI China), nous guettons l'opportunité qui nous permettra de prendre position de façon plus globale sur l'ensemble des places asiatiques.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine