Dividende : pourquoi la garantie d'un taux de rendement à l'actionnaire est une aberration information fournie par Zonebourse 30/07/2026 à 11:03
Un dirigeant prenant un engagement de rendement par rapport au cours de bourse baserait sa promesse sur un paramètre qu'il ne peut maîtriser.
La politique de distribution d'une entreprise cotée est un élément regardé de près par de nombreux actionnaires. Plus qu'au montant distribué, certains s'intéressent même avant tout au rendement procuré. Mais une entreprise peut-elle s'engager sur un tel critère ?
C'est la question soulevée par la lettre Vernimmen de juillet. Et d'emblée, les auteurs rappellent que si l'entreprise a la main sur le montant du dividende distribué, il en va autrement pour l'autre composante du rendement, le cours de l'action.
Un paramètre dont on ne maîtrise pas les fluctuations
Ce dernier "est fixé par les investisseurs compte tenu de leurs anticipations des résultats et flux futurs, du taux de rentabilité qu'ils exigent, de la valeur des actifs et des dettes, etc.", expliquent les auteurs en ajoutant que de ce fait "c'est l'investisseur qui fixe le taux de rendement d'une action (...) et non l'entreprise ou ses dirigeants".
Pour une entreprise cotée, prendre un engagement en termes de taux de rendement relèverait donc de l'aberration. Prenons le cas d'une entreprise voyant son cours monter du fait de nombreux projets et d'une forte rentabilité des capitaux investis. Cette entreprise serait contrainte d'augmenter fortement son dividende et de sacrifier sa création de valeur future pour respecter son engagement. A l'inverse, en cas de difficultés et de forte baisse du cours, cette même entreprise pourrait se contenter d'une faible distribution pour respecter son engagement et a priori satisfaire les investisseurs, malgré une situation critique.
En résumé, qu'un investisseur se fixe des objectifs de rendement pour les capitaux qu'il investit est une chose parfaitement logique. En revanche, qu'une entreprise prenne des engagements sur ce même critère apparaît moins cohérent... du moins si l'on parle de rendement par rapport au prix de l'action.
L'ANR plutôt que le cours
De fait, certaines entreprises, notamment des holdings, communiquent bel et bien sur le rendement offert. La lettre Vernimmen prend l'exemple de Wendel ou d'Altamir, mais elle précise dans la foulée qu'il ne s'agit pas d'un rendement par rapport au prix de l'action. C'est ici l'ANR, l'actif net réévalué, qui sert de référence. Or cela change tout car l'ANR est une valeur comptable qui ne dépend pas de l'appréciation des investisseurs.
"Un pourcentage de l'ANR est un critère à la main des dirigeants comme l'est celui de distribuer une fraction des résultats nets récurrents (taux de distribution), plus ou moins importante en fonction des besoins en capitaux propres supplémentaires induits par la croissance de l'entreprise", résume la publication qui a le mérite de rappeler deux choses : d'abord que le rendement peut se calculer de diverses façons ; ensuite qu'il peut avoir plus ou moins de pertinence selon la manière dont on le détermine et l'utilisation que l'on en fait.