PARIS, 15 avril (Reuters) - Des armes de fabrication
française sont utilisées au Yémen dans des zones où résident des
civils, rapporte lundi le site Disclose, sur la base d'une fuite
d'un rapport de la Direction du renseignement militaire présenté
au gouvernement en octobre.
Intitulés "Yémen - situation sécuritaire", ces documents
classés secret défense, transmis selon Disclose à Emmanuel
Macron, la ministre des Armées Florence Parly, au Premier
ministre Edouard Philippe et à celui des Affaires étrangères
Jean-Yves Le Drian, détaillent l'arsenal français utilisé par
l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis contre les rebelles
Houthis au Yémen.
Ces "Yemen Papers", comprenant des cartes et tableaux,
recensent notamment des canons Caesar (Nexter) "présents côté
saoudien à la frontière saoudo-yéménite", des chars Leclerc
dotés de munitions françaises, "observés au Yémen et déployés en
position défensive" sur plusieurs bases, dont Aden, dans le sud
du Yémen.
Des dispositifs de ciblage fabriqués par Thales, les pods
Damocles, équipent les forces aériennes saoudiennes et
"pourraient être employés au Yémen", selon la note de la DRM.
Des avions de chasse Mirage 2000-9 "opèrent" au Yémen depuis la
base d'Assab, en Erythrée.
En mer, une frégate de fabrication française "participe au
blocus naval", selon la DRM, et une corvette lance-missiles
"participe au blocus naval et à l'appui des opérations
terrestres menées sur le sol yéménite", peut-on lire dans un
tableau récapitulatif du renseignement militaire.
Sur la base de ces documents, les journalistes de Disclose,
en partenariat avec Mediapart, Konbini, Radio France, Arte et
The Intercept, estiment que des armes françaises ont été au
coeur de batailles meurtrières pour les civils.
"En novembre 2018, les chars français sont au coeur de la
bataille d'Al Hodeïda. Elle a fait 55 victimes civiles, selon
l'Acled" (ONG américaine), estiment-ils, après avoir recoupé les
éléments de la DRM avec des vidéos et images satellite.
NOUVELLES LIVRAISONS PRÉVUES DE 2019 À 2024
Les exportations d'armes vers l'Arabie saoudite se
poursuivent, révèle par ailleurs le site, qui publie des
documents liés à un nouveau contrat signé en décembre dernier
avec l'Arabie saoudite, courant jusqu'en 2023.
Signé par Nexter, il prévoit notamment la livraison de
véhicules blindés et canons à l'Arabie saoudite entre 2019 et
2024.
Le collectif publie en outre un document présenté comme
étant la réponse du cabinet du Premier ministre, interrogé sur
ces fuites.
"A notre connaissance, les armes françaises dont disposent
les membres de la coalition sont placées pour l'essentiel en
position défensive, à l'extérieur du territoire yéménite ou sur
des emprises de la coalition, mais pas sur la ligne de front, et
nous n'avons pas connaissance de victimes civiles résultant de
leur utilisation sur le théâtre yéménite", peut-on y lire.
En octobre, Florence Parly avait assuré que les armes
"récemment" vendues par la France à l'Arabie saoudite n'avaient
pas été utilisées contre les populations au Yémen et qu'il n'y
avait pas de négociations en cours avec l’Arabie Saoudite sur
des ventes d'armes.
Depuis l'intervention de la coalition menée par l'Arabie
saoudite en 2015 contre les rebelles chiites Houthis, des
dizaines de milliers de personnes ont été tuées dans le conflit.
L'Onu estime que 80% de la population a besoin d'une aide
humanitaire.
(Julie Carriat et John Irish, édité par Yann Le Guernigou)