Dans le centre-ville de Marseille, le réveil douloureux des commerçants pillés
information fournie par AFP 18/10/2026 à 13:29

Des rues saccagées à Marseille le 18 octobre 2026 au lendemain de la journée de mobilisation nationale contre la "vie chère" ( AFP / Thibaud MORITZ )

Devant une boutique d'achat d'or dévalisée à Marseille, deux artisans remplacent dimanche le rideau de fer arraché, sous l'oeil d'un propriétaire sonné par les pillages de la veille et inquiet de voir des émeutiers "revenir pour casser". Dans ce quartier commerçant chic du centre-ville, quelques voleurs rodent toujours, se mèlant aux badauds venus découvrir d'inombrables enseignes mises à sac.

"La ville s'est pris un chaos", résume Ali, un artisan qui a circulé toute la nuit sur sa moto par peur de se faire voler son outil de travail.

"Hier c'étaient des monstres, il cassaient tout ce qui était sur leur passage. Il y avait du monde partout, c'était ingérable", raconte cet amoureux de Marseille, en regardant dimanche avec tristesse les boutiques détruites de la rue Grignan et de la rue Paradis.

Dimanche matin, certains commerçants du quartier installaient des barricades de bois devant leur devantures, d'autres faisaient l'inventaire ou ramassaient les gravats à l'intérieur.

Verre cassé, écrins à bijoux, cintres, emballages, masques jonchent les rues. Les boutiques exhibent des rideaux découpés, des vitrines brisées, des intérieurs totalement saccagés et vidés, à l'instar de Rolex, Hermès, Mont Blanc, Breitling ou Louis Vuitton, mais aussi de l'enseigne de vêtements à prix modiques Celio.

Un homme d'allure modeste cherche une chaussure assortie à celle qu'il tient en main, deux dames tirant des caddies espèrent trouver d'éventuels trésors tombés sur la chaussée, tout comme une jeune fille habillée chic.

"Je viens juste pour regarder", dit une passante en promenade avec sa fillette, qui filme pour son mari resté à la maison. Soudain un inconnu lui tend un tube de rouge à lèvre tombé au sol, avant de lui demander de surveiller son gros sac à dos, le temps d'aller fouiller la boutique déjà pillée d'un opticien...

Au détour d'une rue, la police apparaît soudain et prend en chasse en voiture un voleur sortant d'une autre boutique.

"Les casseurs faisaient leurs courses"

Chamsudine, un agent de sécurité privé se tient debout depuis 5H30 devant l'enseigne Lacoste. Un coin du solide rideau de fer a été soulevé et un point de passage sécurisé avec les jambes d'un mannequin en plastique.

Des rues saccagées à Marseille le 18 octobre 2026 au lendemain de la journée de mobilisation nationale contre la "vie chère" ( AFP / Thibaud MORITZ )

"Deux groupes sont venus ce matin, ils sont rentrés dans le magasin mais sont vite ressortis car il n'y avait plus rien à voler", confie-t-il. "'Je ne suis pas armé, j'essaie juste de faire de la dissuasion", explique le jeune homme.

Sur le trottoir d'en face, un autre vigile, Max, arrivé depuis la veille au soir s'est installé pour la journée sur un pliant de camping, devant le magasin fracassé d'un marchand d'or.

"L'alarme sonnait quand je suis arrivé samedi, c'était déjà pillé", raconte-t-il.

"C'était très tendu, avec parfois des interventions de la police qui ne pouvait pas être partout. Il y avait des foules. Les casseurs faisaient leurs courses sans payer, tranquillement. Ils en avaient plein les bras, ça tombait dans la rue", décrit-il, confirmant des scènes de chaos vues samedi par l'AFP.

Joseph Phung, le curé vietnamien de la paroisse Sainte-Trinité La Palud, arrivé à Marseille voici trois ans, se dit "triste et choqué".

"Je n'ai pas de mots pour décrire la catastrophe. Il y avait une foule immense de jeunes dans le quartier, je ne sais pas d'où ils venaient. Ils criaient +casse, casse+".

Ils emportaient leur butin en scooter, laissant quelqu'un surveiller des piles d'objets amassés devant son église, avant de revenir pour un nouveau chargement, décrit-il dans sa ruelle étroite, encore tapissée d'emballages orange de la marque Chanel.

"On a le droit de manifester, mais on n'a pas le droit de voler", insiste le frère franciscain. "On va prier quand même pour les jeunes , pour les manifestants", glisse-t-il.