Danone rejoint Bel au capital d'une start-up spécialiste de la protéine du lait
information fournie par Boursorama avec AFP 31/03/2026 à 10:14

( AFP / LOU BENOIST )

La start-up française Standing Ovation, spécialiste de la fermentation de précision pour produire, sans vache ou presque, de la caséine, principale protéine du lait, a annoncé mardi une levée de fonds qui voit Danone rejoindre Bel à son capital.

La popularité des produits enrichis en protéines conduit les grands groupes agroalimentaires à investir massivement en recherche et développement dans ce secteur. La fermentation de précision a attiré des centaines de millions de dollars ces dernières années, surtout aux Etats-Unis.

Cette levée de fonds d'un montant de 34,2 millions de dollars (30 millions d'euros) "pour la commercialisation à grande échelle" de la technologie de Standing Ovation aux Etats-Unis dès 2026, puis "à partir de fin 2027 en Europe et en Asie" quand les autorisations sanitaires seront obtenues, en est le dernier exemple.

Danone Ventures et plusieurs autres investisseurs sont venus s'ajouter aux actionnaires historiques, dont Bpifrance. Une première levée de fonds avait réuni 16 millions d'euros. Danone et Bel demeurent toutefois minoritaires au capital, a précisé à l'AFP le directeur général et cofondateur de Standing Ovation Romain Chayot.

Le fromager Bel (Babybel, Vache qui rit, Boursin...) était déjà partenaire de cette solution depuis 2022 et avait indiqué la semaine dernière lors de ses résultats poursuivre dans la recherche de protéines moins chères que les protéines animales pour enrichir ses produits.

Concrètement, Standing Ovation utilise le sucre contenu dans le lactosérum (ou petit lait) obtenu après coagulation du lait, mais aussi dans les betteraves ou l'amidon du blé pour nourrir des micro-organismes (levures, champignons, bactéries) capables de produire de la caséine grâce à un processus de fermentation.

La caséine - que l'on trouve normalement uniquement dans le lait de mammifères et qui permet de faire filer une mozzarella, à un lait de mousser ou de rendre plus ferme un yaourt - est ensuite transformée en poudre et peut alors être réutilisée pour enrichir des produits en protéines.

- Protéine très demandée -

"Nous allions chercher des coproduits de l'industrie agricole française: du sucre des betteraves, de l'amidon du blé... Mais on a voulu aller encore plus loin en valorisant le sucre contenu dans le lactosérum", raconte Romain Chayot, microbiologiste et agronome de formation.

Les éleveurs cherchent en effet des solutions pour se débarrasser de ce produit difficile à valoriser tandis que les industriels cherchent des protéines pour enrichir leurs produits, poursuit-il.

Le petit lait issu de la coagulation du lait, riche en azote, est habituellement utilisé pour nourrir des animaux, pour les épandages ou encore pour alimenter des méthaniseurs puisqu'il est interdit de le rejeter tel quel dans l'environnement, son acidité pouvant déstabiliser les écosystèmes.

"Quand vous avez un yaourt classique, on est à 3 à 3,5% de protéines. Si vous voulez un skyr (fermenté), il faut environ 3 à 4 fois plus de protéines", ce qui implique plus de lait et de coproduits, dont le lactosérum, avance le directeur général de la start-up qui emploie 36 personnes à Paris.

"Il manquait un tronçon dans cette économie circulaire", insiste-t-il.

Le petit lait est ainsi valorisé en "quelque chose qui est demandé par le monde entier" tout en réduisant de "80% les émissions de gaz à effet de serre pour une même quantité de protéines fabriquée", conclut-il.

La production de "caséines bio-identiques par fermentation de précision représente une avancée majeure pour notre feuille de route +Danone Impact Journey+", souligne Jakub Kalinowski, directeur exécutif de Danone Ventures, cité dans un communiqué.

"Elle permet à la fois de faire progresser la nutrition et de déployer des modèles de production circulaires et plus durables", relève-t-il.