(Actualisé avec les déclarations de Credit Suisse)
BRUXELLES, 20 décembre (Reuters) - La Commission européenne
(CE) soupçonne quatre banques, dont Crédit agricole CAGR.PA ,
Credit Suisse CSGN.S et Deutsche Bank DBKGn.DE , d'entente
sur le marché secondaire des obligations libellées en dollars
entre 2009 et 2015, ce qui pourrait l'amener à infliger de
lourdes amendes.
Il s'agit d'un nouveau coup porté à la réputation du secteur
bancaire européen, qui s'est déjà vu infliger des milliards de
dollars d'amendes pour manipulation des taux interbancaires,
Libor en tête, qui servent de référence aux milliards de dollars
de transactions dans le monde.
L'exécutif européen n'a pas désigné jeudi les établissements
concernés, qui risquent une sanction maximale représentant 10%
de leur chiffre d'affaires mondial s'ils sont jugés coupables
d'infraction aux règles européennes en matière de concurrence.
Mais, dans un communiqué distinct, Deutsche Bank, qui a déjà
versé plus de trois milliards de dollars (2,6 milliards d'euros)
pour régler des litiges dont celui lié à la manipulation du
Libor, dit avoir coopéré "proactivement" avec la CE et ne pas
s'attendre à une amende.
Les "lanceurs d'alerte" ne sont généralement pas sanctionnés
par l'UE dans ce type de dossier.
Peu après, Crédit agricole, qui a écopé en 2016 d'une amende
de 114,6 millions d'euros pour avoir participé à la manipulation
de l'Euribor, a dit reçu une communication des griefs de la
Commission européenne, qui portent spécifiquement sur le marché
secondaire des obligations SSA (Supranational, Sub-Sovereign et
Agencies).
"Credit agricole SA et Crédit agricole CIB vont (...)
prendre connaissance (de cette communication) et y répondre",
souligne la banque française dans un communiqué.
Ensuite, Credit Suisse a dit coopérer avec les autorités
européennes dans le cadre de leur enquête, disant que le dossier
le concernant ne concernait les agissements que d'un seul
courtier, qui a quitté la banque en 2016.
Le titre Crédit agricole a reculé de 4,0% à 9,48 alors que
l'indice regroupant les valeurs bancaires européennes .SX7P a
perdu 2,48%. L'action Deutsche Bank a cédé 7,04% et celle de
Credit Suisse 3,79%.
L'enquête de la Commission européenne porte sur le
comportement de certains "traders" de ces quatre banques.
"La Commission craint qu'à différentes périodes entre 2009
et 2015, les quatre banques aient échangé des informations
commerciales sensibles et coordonné leurs prix concernant des
obligations supra-souveraines, souveraines et d'agences
libellées en dollars américains", a déclaré l'exécutif de l'UE.
"Ces contacts auraient eu lieu essentiellement sur des
forums de discussion en ligne."
La Commission souligne que le fait d'avoir informé les
banques de ses soupçons ne préjuge pas de l'issue d'une enquête.
(Foo Yun Chee, avec Andreas Framke et Arno Schütze à Francfort
Bertrand Boucey et Benoît Van Overstraeten pour le service
français)