Crise énergétique et IA : l'analyse de la résilience économique par J. Safra Sarasin information fournie par Zonebourse 17/09/2026 à 16:08
Raphaël Olszyna-Marzys, économiste international au sein de la banque privée suisse J. Safra Sarasin, souligne que "l'économie mondiale est restée résiliente au cours de l'été, malgré la fermeture persistante du détroit d'Ormuz et le niveau élevé des prix de l'énergie. Trois puissants facteurs de soutien demeurent : le développement des infrastructures liées à l'intelligence artificielle, l'expansion budgétaire et la bonne santé des bilans du secteur privé."
Les investissements massifs des Etats-Unis dans l'IA bénéficient à des secteurs tels que la construction et les équipements industriels, ainsi qu'à d'autres régions, notamment l'Asie du Sud-Est. La solidité de la demande américaine a également permis aux entreprises de l'ensemble de l'économie d'augmenter leurs prix et d'élargir leurs marges. Cela contribue à expliquer la persistance de l'inflation.
Des politiques budgétaires aux effets contrastés selon les régions
Par ailleurs, la politique budgétaire a amorti les effets du choc énergétique. Aux Etats-Unis, les remboursements d'impôts liés à l'importante réforme fiscale de l'administration Trump semblent jusqu'à présent avoir compensé la hausse des factures énergétiques des ménages, tandis que l'envolée des prix des actifs a continué de soutenir les dépenses des catégories les plus aisées. A l'inverse, la consommation reste plus faible en Europe, l'incertitude économique ayant incité les ménages à épargner davantage. Cette tendance leur permet néanmoins de disposer de réserves financières plus importantes, qu'ils pourront mobiliser une fois la confiance revenue.
L'Europe a également bénéficié de la hausse des dépenses publiques consacrées à la défense et aux infrastructures, notamment en Allemagne.
Dans le même temps, la politique budgétaire expansionniste du Japon et ses généreuses subventions ont effectivement absorbé une part importante de l'augmentation des coûts.
Une croissance mondiale portée par la vague d'investissements
Combien de temps cette résilience économique peut-elle durer ?, s'interroge Raphaël Olszyna-Marzys. "Heureusement, le boom des investissements américains dans l'IA ne montre guère de signes d'essoufflement. Depuis janvier, les analystes ont relevé de 80% leurs prévisions de dépenses d'investissement des hyperscalers pour 2027. Cette vague d'investissements se diffuse également à des pans plus traditionnels de l'économie. Elle stimule même les exportations européennes, malgré les investissements limités du continent dans les centres de données. Nous continuons donc de tabler sur une croissance mondiale régulière jusqu'à l'année prochaine", répond l'économiste.
Le risque énergétique et le durcissement financier
Selon lui, deux risques majeurs se dégagent. Le premier concerne l'énergie . "Une grande partie des récents ajustements des taux d'intérêt reflète une croissance nominale plus forte et un taux neutre plus élevé. Toutefois, la dernière hausse des rendements obligataires résulte également de la flambée des prix du pétrole et du renchérissement du gaz naturel en Europe. Si cette situation perdure, la hausse des prix de l'énergie et des coûts d'emprunt durcira les conditions financières et finira par peser sur l'activité", fait-il savoir.
La menace d'un essoufflement du secteur tech
Le second risque tient à la dépendance croissante de l'économie à l'égard des centres de données et du boom de l'IA comme sources de demande finale . "Un net ralentissement du développement de ces infrastructures se répercuterait sur l'ensemble de l'économie. Il pourrait également faire baisser les marchés actions, annulant une partie de l'effet de richesse qui avait jusque-là soutenu les dépenses de consommation", relève Raphaël Olszyna-Marzys.