Conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran : quelles répercussions sur les marchés mondiaux de l'énergie ?
information fournie par TRIBUNE LIBRE 02/03/2026 à 13:47

Le détroit d'Ormuz, point de passage essentiel du commerce énergétique mondial, a effectivement cessé ses opérations en raison du conflit. (vue du Golfe persique / crédit : Adobe Stock)

par Kerstin Hottner, Responsable des Matières Premières chez Vontobel


Le conflit militaire en cours entre les États-Unis, Israël et l'Iran a provoqué une onde de choc sur les marchés mondiaux de l'énergie, avec des implications significatives pour les flux de pétrole et de gaz, en particulier via le détroit stratégique d'Ormuz. À mesure que la situation évolue, la durée et l'intensité du conflit seront des facteurs déterminants pour façonner le paysage énergétique à court terme.

L'état actuel du conflit et des flux énergétiques

Le détroit d'Ormuz, point de passage essentiel du commerce énergétique mondial, a effectivement cessé ses opérations en raison du conflit. Cette voie maritime stratégique, par laquelle transitent environ 14 millions de barils par jour (mb/j) de pétrole brut, 5 à 6 mb/j de produits pétroliers raffinés et 115 milliards de mètres cubes (Gm³) de gaz naturel liquéfié (GNL), est désormais à l'arrêt. Si l'Iran a pris pour cible des navires transitant par le détroit, des efforts de grande ampleur visant à miner ou bloquer totalement le passage ne se sont pas encore matérialisés. Par ailleurs, aucune infrastructure ou installation énergétique majeure n'a, à ce stade, subi de dommages significatifs.

Néanmoins, l'incertitude entourant le conflit a conduit les armateurs, les producteurs de pétrole et les assureurs à adopter une approche prudente d'«attente et d'observation». Les informations faisant état de navires endommagés et l'escalade des tensions ont accru les inquiétudes, et les marchés de l'énergie se préparent à d'éventuelles perturbations.

Scénario clé : une campagne courte mais intense

Bien que la durée du conflit demeure incertaine, nous estimons qu'il existe une forte probabilité d'une campagne militaire courte mais intense. Ce scénario diffère fondamentalement de la guerre de 12 jours à l'été 2025, qui s'était caractérisée par une frappe ciblée des États-Unis sur des sites nucléaires iraniens, suivie de représailles limitées et d'un retour aux négociations. Cette fois-ci, l'ampleur et les objectifs sont bien plus vastes.

La campagne actuelle semble viser non seulement les capacités nucléaires de l'Iran, mais aussi ses installations de missiles balistiques, ses défenses aériennes et ses actifs navals. En outre, l'objectif global paraît être un changement de régime, plutôt que le simple retour de l'Iran à la table des négociations. L'Iran, de son côté, a répondu par des représailles plus agressives et étendues, visant des actifs et installations américains dans l'ensemble de la région, ainsi que des zones civiles et des infrastructures critiques en Israël, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, au Koweït, en Jordanie, en Irak, au Qatar et à Bahreïn. Bien que les dégâts soient restés limités jusqu'à présent, les actions de l'Iran soulignent sa conviction que la force constitue désormais son seul levier face à des options diplomatiques épuisées.

Issues potentielles et implications pour les marchés de l'énergie

Au vu de la trajectoire actuelle, nous nous attendons à ce que les États-Unis cherchent à conclure rapidement leur campagne militaire. Washington a de solides incitations à mettre fin au conflit dans les plus brefs délais, les stocks régionaux étant limités et d'autres priorités urgentes de politique étrangère et intérieure exigeant une attention soutenue. Il est probable que les États-Unis et Israël déclarent « mission accomplie » dans les prochains jours, affirmant avoir significativement affaibli le régime iranien et laissant au peuple iranien le soin de poursuivre un changement de régime.

À court terme, ce scénario pourrait déboucher sur un Iran politiquement instable et considérablement affaibli, dont la capacité à menacer les pays voisins serait réduite pendant au moins quelques années. Toutefois, l'instabilité en Iran pourrait avoir des conséquences profondes pour la région, en créant potentiellement un vide de pouvoir et en prolongeant les tensions géopolitiques.

Du point de vue des marchés de l'énergie, nous estimons que les flux pétroliers ne seront pas durablement perturbés et que la forte backwardation actuellement observée sur la courbe des contrats à terme devrait commencer à s'atténuer une fois que les États-Unis mettront un terme à leur campagne. Néanmoins, la situation reste évolutive, et plusieurs risques pourraient remettre en cause ces perspectives.

Principaux risques pour les marchés de l'énergie

Escalade iranienne : Si l'Iran estime n'avoir plus rien à perdre, il pourrait intensifier ses actions afin de nuire plus significativement aux États-Unis et à leurs alliés, en ciblant potentiellement des infrastructures énergétiques critiques. Cela pourrait entraîner une forte flambée des prix de l'énergie et des perturbations prolongées des flux de pétrole et de gaz.

Conflit régional prolongé : Un conflit de long terme impliquant l'Iran, Israël et d'autres pays du Moyen-Orient pourrait déstabiliser la région pendant des années, maintenant une prime de risque géopolitique substantielle intégrée dans les prix du pétrole. Un tel scénario aurait des répercussions majeures sur les marchés mondiaux de l'énergie et sur la stabilité économique.

Volatilité des marchés : L'incertitude entourant le conflit a déjà introduit une volatilité significative sur les marchés de l'énergie. Nous anticipons un certain redressement à mesure que le conflit s'apaise, mais le risque de nouvelles perturbations demeure.

Le conflit militaire entre les États-Unis et l'Iran a créé un environnement hautement incertain pour les marchés mondiaux de l'énergie. Bien que nous anticipions un conflit relativement bref, le risque d'escalade et d'instabilité régionale durable ne peut être ignoré. Dans l'intervalle, le secteur de l'énergie doit rester vigilant et préparé à d'éventuelles perturbations, tandis que les décideurs politiques et les acteurs du marché s'emploient à atténuer les risques et à assurer la stabilité de la chaîne d'approvisionnement énergétique mondiale. Les prochains jours seront déterminants pour établir la trajectoire de ce conflit et son impact sur les marchés pétroliers et gaziers.