Commerzbank fait front face à l'offre publique d'achat d'UniCredit
information fournie par Reuters 20/05/2026 à 12:41

La Commerzbank tient une assemblée des actionnaires pour lutter contre l'offre publique d'achat d'UniCredit, à Wiesbaden

par Tom Sims et Philipp Krach

Les employés ‌et les dirigeants de Commerzbank, ainsi que certains investisseurs, ont critiqué mercredi la tentative de rachat lancée par UniCredit, dès ​l'ouverture de l'assemblée générale de la banque allemande, dressant ainsi un mur de résistance face à cette opération transalpine.

Ce déferlement de soutien en faveur d'une Commerzbank indépendante intervient au moment critique d'une bataille qui dure depuis des mois, après que le ​lancement le mois dernier par son rival italien UniCredit d'une offre qui a été officiellement rejetée cette semaine par la deuxième banque allemande.

Andreas Thomae, de Deka ​Investment, a qualifié l'offre d'UniCredit de "peu attrayante" et a averti que ses ⁠projets pourraient paralyser la Commerzbank pendant des années, "au risque de lui faire perdre son orientation client".

"L'offre d'échange volontaire ‌n'est actuellement pas une option", a-t-il déclaré lors de l'assemblée générale annuelle de la Commerzbank.

Il s'agit de la deuxième assemblée générale de Commerzbank depuis qu'UniCredit, sous la direction de son directeur général ​Andrea Orcel, a commencé à acheter des ‌actions de la Commerzbank, accumulant une participation de près de 30% depuis 2024.

Commerzbank a ⁠officiellement rejeté lundi l'offre d'UniCredit, la jugeant risquée et trop faible, une position qui a été soulignée par la présidente du directoire Bettina Orlopp dans son discours aux actionnaires.

"Les pertes de revenus sont largement sous-estimées, le potentiel d’économies est considéré avec ⁠trop d’optimisme et les ‌frais de restructuration seraient nettement plus élevés", a-t-elle déclaré.

Des dizaines d'employés, soufflant dans des sifflets et dont ⁠beaucoup étaient vêtus du jaune de l'entreprise, se sont rassemblés avant l'assemblée générale avec des pancartes sur lesquelles on ‌pouvait lire "UniCredit, va-t'en !" et "#NOMerger #NOrcel".

Andrea Orcel a fait valoir que la Commerzbank n’exploitait pas pleinement son potentiel et que ⁠l’Europe tirerait profit de banques plus grandes dans un contexte géopolitique incertain.

"Nous sommes profondément ⁠inquiets à l’idée que, si ses ‌plans aboutissent, ils ne seront pas stratégiquement judicieux, entraîneront des suppressions d’emplois et menaceront également les petites et moyennes entreprises ​allemandes", a déclaré à Reuters Frederik Werning, responsable syndical et ‌membre du conseil de surveillance de Commerzbank.

Commerzbank estime qu'un rachat pourrait entraîner la suppression de 11.000 emplois à temps plein, soit près d'un tiers des ​effectifs.

"Notre recommandation est claire : n'acceptez pas l'offre d'UniCredit", a déclaré, sous les applaudissements, le président Jens Weidmann lors de l'assemblée générale annuelle.

Avant la réunion, Bettina Orlopp a déclaré que les exigences de la Commerzbank devaient être prises en ⁠compte dans toute future discussion concernant un rapprochement avec UniCredit. Celles-ci comprennent notamment une prime pour les actionnaires et la reconnaissance des atouts de son modèle économique.

UniCredit n'a pas pris part à la réunion, préférant rester en retrait alors que la bataille s'intensifie.

"Une chose est claire pour nous : UniCredit n'abandonnera pas. Elle dispose des ressources et du temps nécessaires", a déclaré Hendrik Schmidt, de la société DWS, investisseur de la Commerzbank.

(Reportage Tom Sims; avec la contribution de Timm Reichert; Version française ​Rihab Latrache, édité par Augustin Turpin)