Comment une garantie de prix a contribué à finaliser la sortie de Pinault du groupe Puma information fournie par Reuters 03/02/2026 à 07:00
par Mathieu Rosemain
Si François-Henri Pinault n'a pas obtenu le montant qu'il désirait pour la vente annoncée la semaine dernière de la participation majoritaire de sa famille dans Puma PUMG.DE au chinois Anta 2020.HK pour 1,5 milliard d'euros, il a toutefois obtenu, selon deux sources informées, une consolation qui a fait basculer les négociations: une "clause anti-embarras".
Alors que l'offre formulée par Anta - 35 euros par action en numéraire pour le rachat des 29,06% détenus dans Puma - a initialement été accueillie plutôt froidement par Artemis, la société holding de la famille Pinault, l'entreprise chinoise s'est par la suite engagée à payer un montant supérieur si une meilleure offre venait à émerger, a déclaré l'une des sources.
Des documents déposés à la Bourse de Hong Kong, où est coté Anta, montre que le groupe a accepté de verser à Artemis une somme supplémentaire, calculée via une formule précise, si quiconque venait à transmettre une offre pour racheter davantage d'actions Puma ou privatiser l'équipementier sportif allemand dans les 15 mois suivant la finalisation de l'opération.
Cette clause signifiait qu'Artemis pouvait s'abstenir de négocier un montant plus élevé et serait également gagnant à court terme si une offre supérieure venait à émerger ultérieurement, ont dit les sources, qui ont souhaité conserver l'anonymat en raison de la confidentialité de la question.
Au bout du compte, cette clause "anti-embarras" a contribué à permettre à Anta d'entrer majoritairement au capital de Puma, l'un des principaux équipementiers sportifs au monde, dont François-Henri Pinault a jadis salué la "complémentarité parfaite" avec PPR, devenu plus tard Kering PRTP.PA .
Artemis et Anta ont décliné des demandes de commentaires.
CLAUSE DÉCISIVE
Les pourparlers entre des conseillers des deux parties ont débuté à l'automne dernier, à la suite d'une approche initiale effectuée par Anta, dans un contexte de préoccupation accrue des investisseurs à l'égard de la dette élevée accumulée par Artemis dans le cadre de ses efforts pour diversifier ses investissements hors du secteur du luxe.
D'après les sources, François-Henri Pinault s'affairait alors pour lever des fonds afin d'alléger cette dette, certains analystes exprimant au même moment leur inquiétude que la situation fasse obstacle au redressement délicat de Gucci, la marque étendard de Kering.
Puma fait également face à une pression accrue alors que plusieurs modèles de chaussures mis sur le marché, dont les Speedcat, n'ont pas séduit les consommateurs. Selon des données LSEG, le titre du groupe allemand s'est globalement situé au cours de l'année écoulée aux environs de 22 euros, soit moins de la moitié de sa valeur deux ans plus tôt.
Mais vendre au rabais n'était pas une option pour Artemis, qui a un temps cherché à obtenir plus de 40 euros par action pour la vente de sa participation.
Le montant de 35 euros par action proposé par Anta a initialement été considéré comme insuffisant, mais les points de vue se sont rapprochés quand le groupe chinois a accepté de discuter d'une clause de garantie de prix, a déclaré l'une des sources au fait du dossier.
UNE PARTICIPATION QUI N'ÉTAIT "PAS STRATÉGIQUE"
Finalement, trois considérations stratégiques ont poussé Artemis à vendre, ont fait savoir les sources. Primo, la préférence de la holding à contrôler des actifs plutôt qu'à détenir une participation minoritaire. Deuxio, sa volonté de réaffecter du capital vers des secteurs créateurs de valeurs plus élevées. Et tertio, Artemis ne se considérait plus comme un actionnaire idéal pour la phase du développement de Puma sous la houlette du nouveau directeur général Arthur Hoeld.
François-Henri Pinault avait déclaré en septembre dernier que la participation d'Artemis dans Puma n'était "pas stratégique".
"Cette cession est conforme à la stratégie en cours mise en oeuvre par Artemis pour se concentrer sur les actifs contrôlés et réaffecter ses ressources vers de nouveaux secteurs créateurs de valeur", a dit la semaine dernière la holding dans un communiqué annonçant la vente de sa participation dans Puma.
L'une des sources a rapporté que François-Henri Pinault et le PDG d'Anta, Ding Shizhong, qui s'étaient déjà rencontrés à la suite de l'approche initiale du groupe chinois, ont finalisé la transaction début janvier à Paris.
Anta a dit la semaine dernière ne pas avoir l'intention de formuler une offre pour racheter Puma.
(Mathieu Rosemain, avec la contribution de Helen Reid et Alexander Huebner; version française Jean Terzian, édité par Blandine Hénault)