Chez Pictet AM, l'IA revêt le costume d'un gérant d'ETF
information fournie par Zonebourse 09/10/2026 à 07:09

La révolution est en marche. Et elle marche vite. Tout juste sortie des chapeaux des ingénieurs de la Silicon Valley il y a quatre ans, l'IA a bouleversé les usages numériques et la planète finance n'échappe pas à la règle. Chez Pictet AM, une intelligence artificielle participe depuis deux ans et demi aux comités d'investissement et affiche, selon la société de gestion, de meilleurs résultats que les professionnels qui y siègent. Le gérant suisse aurait-il donc trouvé la martingale absolue ? Pas tout à fait, explique le directeur des investissements.

Il ne touche ni salaire ni bonus de fin d'année. Pourtant, depuis deux ans et demi, un participant un peu particulier prend part aux comités d'investissement de Pictet Asset Management. Il formule des recommandations sur les actions, les obligations ou encore les devises, au même titre que les professionnels de la maison.

Sa particularité ? Il s'agit d'une intelligence artificielle. Et ses résultats ont de quoi faire pâlir ses collègues humains. "Le modèle IA nous bat tous, y compris moi !", reconnaît Olivier Ginguené, directeur des investissements de Pictet AM.

"Quest AI" est né d'un projet monté par Pictet et rassemble des profils de haut vol, davantage scientifiques que financiers, dont la moitié possède un doctorat (PhD) ou un diplôme de niveau supérieur. 23 collaborateurs de 15 nationalités planchent sur cette tour de Babel numérique qui ambitionne de défier les dieux des marchés. "Ces ingénieurs et spécialistes des données ont également été choisis pour leur expérience des crises financières et des situations de marché exceptionnelles, afin de confronter les modèles à la réalité des marchés", souligne Olivier Ginguené, le père du projet.

Test après test, mois après mois, la technologie s'affine, s'entraîne, progresse et établit des arbres de décision complexes, en s'appuyant sur de nombreux indicateurs dont la pondération dans la décision finale peut varier au cours du temps.

Un moteur 4 temps

Dans un premier temps, la machine absorbe quelque 400 indicateurs financiers : résultats des entreprises, recommandations des analystes, sans oublier les volumes d'échanges ou la volatilité des titres. Deuxième étape : construire l'arbre de décision. Tous les trimestres, Pictet AM mobilise la puissance de calcul d'Amazon Web Services (AWS) pour entraîner son modèle, qui détermine lui-même les combinaisons de facteurs les plus pertinentes pour anticiper les mouvements boursiers. L'arbre se compose de centaines, voire de milliers de ramifications, chacune correspondant à une condition particulière. Troisième étape : exploiter cet arbre au quotidien. Une fois le modèle entraîné chez AWS, l'exploitation de ses fruits est assurée en interne, à Genève, grâce à une infrastructure informatique équivalente à quelque 3 000 ordinateurs. L'IA produit ainsi chaque jour des prévisions sur les titres. Dernière étape : transformer ces prévisions en décisions d'investissement.

La confiance dans cette technologie est telle que Pictet a d'ores et déjà lancé quatre ETF actifs (Monde, Monde hors Etats-Unis, Europe, Etats-Unis) pilotés par cette IA. Concrètement, l'algorithme détermine les actions à acheter ou à vendre et leur pondération dans les ETF, en tenant compte des risques et des coûts de transaction.

Les portefeuilles sont rééquilibrés à une fréquence allant d'une semaine à un mois. L'humain conserve toutefois un rôle de contrôle : un gérant fondamental peut notamment opposer son veto à une opération jugée incohérente.

Les premiers résultats semblent donner raison à Pictet Asset Management. Lancés il y a environ trois mois, ses ETF actifs affichent déjà une surperformance comprise entre 1,20 et 1,71 point de pourcentage par rapport à leurs indices de référence. Leur grand frère, le fonds Quest AI, lancé en 2024, revendique quant à lui une surperformance annuelle de l'ordre de 100 à 200 points de base, avec 3,5 MdsEUR d'encours. "L'objectif n'est pas de réaliser des coups d'éclat, mais de générer une surperformance modeste et régulière, indépendamment des mouvements de marché", rappellent les équipes de Pictet AM. Par ailleurs, les frais annoncés par le gérant sont limités, entre 0,22 et 0,28%.

Une recette qui n'est pas universelle

Prometteurs et convaincants, les résultats laissent aussi songeurs. Car avec de telles performances, cette IA ne risque-t-elle pas de revêtir, aussi, le costume de fossoyeur de gérants ? Pictet AM l'assure : cette technologie n'est pas la martingale absolue. D'ailleurs, sa recette ne fonctionne pas partout.

"Il faut impérativement que l'univers soit large", explique Olivier Ginguené. En effet, le modèle a besoin de plusieurs centaines de titres pour diversifier suffisamment ses positions et neutraliser les effets de marché, de taille ou de secteur. Impossible, donc, de l'appliquer efficacement au CAC 40, limité à 40 valeurs, ou à des fonds thématiques trop concentrés. Autre limite : l'IA ne peut prendre que des risques relativement modestes par rapport à son indice. Selon Olivier Ginguené, elle peut viser un supplément de performance de 1 à 2 points, mais ne convient pas à des stratégies très actives : les essais menés sur les devises, les fonds monétaires ou encore les obligations à haut rendement n'ont pas été convaincants.

Et même sur les ETF, pas question de remettre entièrement les clés de ses portefeuilles à la machine. Les décisions d'investissement des ETF restent soumises à des contrôles humains, avec notamment un droit de veto pour un gérant fondamental. L'IA participe aux comités d'investissement de la banque de gestion mais se heurte à une autre difficulté : expliquer ses choix. En effet, le modèle peine encore à justifier ses arbitrages.

Difficile, dans ces conditions, de recommander à un client d'acheter de la dette émergente plutôt qu'une autre classe d'actifs sur la seule foi d'un algorithme. Les équipes travaillent donc à rendre ses décisions plus intelligibles, notamment à l'aide de modèles de langage. L'IA a beau avoir appris à battre les gérants sur leur propre terrain, il lui reste encore à maîtriser un art bien humain : celui de convaincre.