Chars: accord franco-allemand sur KNDS ouvrant la voie à la cotation information fournie par AFP 22/06/2026 à 16:59
Paris et Berlin ont conclu lundi un accord sur la stratégie et la gouvernance "paritaire" du groupe franco-allemand KNDS, au coeur du projet de char du futur MGCS, ouvrant la voie à sa prochaine introduction en Bourse.
Après le naufrage du Scaf, programme emblématique de l'avion du futur emporté par les rivalités industrielles, Paris et Berlin cherchent à démontrer que la coopération franco-allemande dans la défense n'est pas condamnée.
"Avec l'Allemagne, nous posons aujourd’hui un acte majeur de souveraineté pour notre défense. En renforçant ensemble KNDS, nous donnons à nos armées les moyens de se défendre, de produire et d’innover par elles-mêmes", a commenté sur X le président français Emmanuel Macron.
L'annonce intervient alors que plusieurs voix, parmi lesquelles le patron du géant allemand de l'armement Rheinmetall Armin Papperger, avaient spéculé sur un possible désengagement français du MGCS.
"Emplois industriels"
Aux termes de l'accord entre les deux gouvernements, la France et l'Allemagne se sont engagées à "devenir coactionnaires, à travers des transactions visant à un actionnariat paritaire entre les deux pays".
Créé en 2015 par la fusion du français Nexter, alors détenu par l'Etat français, et de l'allemand KMW, propriété de la famille Bode-Wegmann, KNDS est l'un des acteurs clé de l'industrie européenne de défense terrestre face à la concurrence américaine (General Dynamics/GDLS).
L’Etat français détient actuellement 50% du capital tandis que Berlin va monter à 40%, les deux gouvernements futurs coactionnaires visant à terme "un actionnariat paritaire", selon le communiqué.
Cette participation dans KNDS va permettre de "sécuriser des technologies clés, de la valeur industrielle et des emplois en Allemagne", a commenté la ministre allemande de l'Economie, Katherina Reiche.
C'est "une étape décisive pour nos armées, nos emplois industriels et l'autonomie stratégique de l’Europe", ont réagi les ministres français des Armées Catherine Vautrin et de l'Economime Roland Lescure.
KNDS fournit aux armées des chars de combat, des véhicules blindés de transport de troupes, des canons Caesar, très prisés en Ukraine ainsi que des ponts portables et des véhicules robotisés.
Accord avec Wegmann attendu
Les négociations entre l’Etat allemand et Wegmann & Co., la holding regroupant les propriétaires familiaux de KNDS, avaient auparavant achoppé sur la question du prix d'entrée en Bourse dont le calendrier n'a pas été dévoilé.
Des dissensions internes ont également eu lieu au sein du gouvernement concernant la taille de la participation, certains plaidant pour un investissement plus modeste, à hauteur de 30%.
Côté français, on insiste que l'accord repose sur une "parité parfaite" entre Paris et Berlin, en ajoutant qu'une future introduction en bourse pourrait diluer la participation française.
L'accord scellé par Paris et Berlin reste soumis à l'approbation du Parlement allemand, la commission budgétaire du Bundestag devant se prononcer mercredi sur la question.
Dans un document obtenu par l'AFP et adressé aux députés allemands, le ministère de la Défense reconnaît que le "calendrier serré" pourrait compromettre le respect des délais, et a également souligné qu'un "accord avec la famille Wegmann sur le contrat d'achat doit encore être conclu".
Interrogé sur le prix de l'opération, le porte-parole du gouvernement allemand, Stefan Kornelius, a refusé d'avancer un montant.
L'accord ouvre la voie à KNDS, dont le siège est à Amsterdam, à l'une des plus importantes introductions en Bourse en Europe ces dernières années. L'opération valoriserait KNDS entre 15 et 18 milliards d'euros, écrit Bloomberg, avec une cotation envisagée à Paris et Francfort.
"Partenaire" et "concurrent"
Outre KNDS, l'allemand Rheinmetall et le groupe français Thales participent au projet MGCS, censé succéder au Leopard 2 allemand et au Leclerc dans les années 2040.
Contrairement au Scaf, où le français Dassault refusait de se retrouver en position minoritaire face à Airbus, qui représentait l'Allemagne et l'Espagne, MGCS est présenté à Paris comme un programme reposant sur un intérêt stratégique des Etats avec un industriel désireux d'avancer.
Quant à Rheinmetall, "partenaire important" du programme mais également "concurrent" de KNDS, Paris espère encore parvenir à faire converger les positions.
La semaine dernière, KNDS a dévoilé son char de transition baptisé Capint, destiné à remplacer le français Leclerc à horizon de 2035 en attendant MGCS, au salon mondial de défense Eurosatory.