Carrefour en chute libre, les investisseurs ne positivent plus
information fournie par Zonebourse 21/10/2026 à 10:13

Carrefour dévisse de 13% ce mercredi matin à la Bourse de Paris, accusant de loin la plus forte baisse du CAC 40. Cette correction rappelle le décrochage historique du 31 août 2017, lorsque le titre avait abandonné plus de 14% en séance à la suite d'un avertissement sur résultats. Les investisseurs sanctionnent la révision à la baisse des objectifs annuels du distributeur, malgré une activité légèrement supérieure aux attentes au troisième trimestre.

Carrefour a enregistré une hausse de 3,9% de son chiffre d'affaires au troisième trimestre 2026, à 22,78 milliards d'euros, portée par une croissance de 2,3% à magasins comparables, après une progression de 2,1% au premier semestre. En France, les ventes ont augmenté de 1,2%, soutenues notamment par le redressement des enseignes Cora et Match ( 6,1 %), tandis que les hypermarchés continuent de souffrir. À l'international, l'Espagne ( 2,1%) et le Brésil ( 1,4%) affichent des performances plus modérées, contrastant avec la bonne dynamique observée en Argentine et en Belgique.

Malgré cette résistance commerciale, le groupe a revu à la baisse ses ambitions financières pour l'ensemble de l'exercice, invoquant la dégradation du climat social et sécuritaire en France. Les émeutes et les pillages du week-end dernier ont perturbé l'exploitation de certains magasins, pesé sur leur fréquentation et entraîné des coûts supplémentaires.

Carrefour ne vise désormais plus qu'une amélioration de sa marge opérationnelle courante comprise entre 0 et 15 points de base, contre 25 points précédemment. Le bénéfice ajusté par action devrait, quant à lui, rester stable ou progresser légèrement, alors que le groupe tablait initialement sur une croissance proche de 10%. Le distributeur anticipe également un léger recul de son flux de trésorerie disponible net et ramène son budget d'investissement annuel de 1,7 à 1,6 milliard d'euros.

Les analystes revoient leurs estimations à la baisse

Chez Jefferies, cette révision inattendue conduit à un ajustement significatif des prévisions, même si le bureau d'études maintient sa recommandation Neutre sur le titre. L'analyste abaisse de 6,5% son estimation de résultat opérationnel courant (EBIT) et de 5,7% celle du bénéfice par action. Pour le quatrième trimestre, Jefferies prévoit désormais une contraction de 5% des ventes à magasins comparables en France, nettement plus marquée que le recul de 1,4% anticipé par le consensus. Le courtier table également sur une dégradation de 29 points de base de la marge opérationnelle française au second semestre, là où le marché attendait une amélioration de 42 points de base. En conséquence, sa prévision d'EBIT pour la France est amputée de 148 millions d'euros.

Jefferies souligne toutefois l'importante incertitude entourant l'ampleur des répercussions financières. Selon ses scénarios, la révision à la baisse des estimations d'EBIT pourrait osciller entre 3% et 9%. Le bureau d'études s'inquiète notamment du ralentissement de l'activité française observé en septembre, des investissements supplémentaires consentis sur les prix et des pressions persistantes sur la consommation au Brésil. S'il envisage un rattrapage de l'essentiel de ces effets en 2027, il juge les informations disponibles encore insuffisantes pour mesurer précisément leur incidence sur les résultats.

De son côté, AlphaValue considère la publication trimestrielle comme mitigée. Le bureau d'analyse estime que les perturbations en France pourraient coûter entre 80 et 200 millions d'euros au résultat opérationnel du groupe. La visibilité demeure particulièrement réduite à l'approche des fêtes de fin d'année, alors que de nouvelles manifestations pourraient affecter l'activité commerciale, notamment durant la période du Black Friday.

Dans ce contexte, AlphaValue envisage de réviser à la baisse ses prévisions de bénéfices pour 2026 et 2027, ainsi que de réduire son objectif de cours d'environ 5%.

Une fin d'année sous haute surveillance

Au-delà des difficultés conjoncturelles, Carrefour poursuit le déploiement de son plan stratégique Carrefour 2030, notamment à travers l'expansion de son réseau de magasins de proximité et le développement du commerce en ligne, dont les ventes ont progressé de 18% au troisième trimestre.

Le PDG Alexandre Bompard maintient ainsi le cap stratégique du groupe, mais la dégradation des perspectives financières et le manque de visibilité sur les derniers mois de l'exercice incitent les analystes à la prudence.