Canicule: la France va de record en record, la clim' fait débat information fournie par AFP 24/06/2026 à 21:53
Effaçant son record de mardi, la France a subi mercredi sa journée la plus chaude jamais enregistrée, selon Météo-France qui prévoit la poursuite de cette canicule historique et éprouvante, synonyme de ruée sur les climatiseurs et de débat sur l'adaptation au changement climatique.
Avec un indicateur thermique national des températures moyennes relevé à 30°C en valeur provisoire, mercredi a établi un nouveau record depuis le début des mesures en 1947, contre 29,9°C mardi, a précisé Météo-France.
Si "le pic de l'épisode est atteint", la journée de jeudi sera encore "suffocante", selon l'institut météorologique: 14 départements supplémentaires sont placés en vigilance rouge à la mi-journée, soit 72 départements au total, abritant les trois-quarts de la population française, avant l'éventuelle rétrogradation en soirée d'une dizaine d'entre eux sur la façade atlantique, exposée aux orages, selon Météo-France.
"Mais cet air moins chaud à l'Ouest a du mal à gagner l'ensemble du pays et les conditions caniculaires se maintiendront sur une grande partie du territoire ce weekend, avec des maximales autour de 40°C à 42°C", a prévenu Benoît Thomé, directeur des relations institutionnelles chez Météo-France lors d'un point-presse.
Mercredi, il a fait 43,8°C, la maximale, à Palluau (Vendée) et Pissos (Landes), 42,2°C à Nantes et à La Rochelle, ou encore 40,3°C à Paris, selon des valeurs provisoires.
"On a calfeutré les fenêtres, mis des ventilateurs au plafond, ça fonctionne bien mais sans clim' c'est compliqué, ce ne serait pas du luxe", estime Manon Langlois, 34 ans, animatrice petite enfance à Bordeaux, où la température a atteint 41,8°C.
Afflux aux urgences
Sous la fournaise, des infrastructures sont mises à l'épreuve, comme dans le Finistère, où un incident sur un transformateur près de Quimper a privé d'électricité jusqu'à 120.000 foyers, chiffre ramené à 15.000 en fin de journée.
Un réacteur nucléaire de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) est à l'arrêt en raison du réchauffement des eaux de la Garonne qui servent à le refroidir.
Et deux départements (Haute-Garonne et Deux-Sèvres, ont été placés jeudi en danger très élevé pour les incendies, une première en 2026.
Selon une étude scientifique publiée cette semaine, la canicule qui frappe la France et une partie de l'Europe est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", sans lequel il ferait actuellement 2 à 4°C plus frais.
Cette canicule est comparée en France à celle de 2003, qui avait fait 15.000 morts dans le pays, dont nombre de personnes âgées.
En l'espace d'une semaine, le gouvernement recensé mardi une quarantaine de morts par noyade.
Selon l'agence Santé publique France (SPF), les services d'urgence ont enregistré en début de semaine un pic "rarement, voire jamais observé" de passages liés à la canicule.
Pour ne rien arranger, patients et soignants "crèvent de chaud" dans nombre de bâtiments mal isolés et non climatisés, selon les professionnels.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a déclaré sur France 2 débloquer 100 millions d'euros pour "essayer en urgence d'avoir des outils d'appoint de rafraîchissement". Elle a ajouté augmenter l'enveloppe d'adaptation au climat prévue dans un plan, déjà dévoilé, de rénovation des hôpitaux d'ici 2036.
Le monde du travail jongle, de façon générale, entre horaires remaniés, pénibilité accrue et alertes aux pollutions atmosphériques à l'ozone, synonyme dans plusieurs régions de vitesse de circulation réduite.
En Nouvelle-Aquitaine, le trafic des trains régionaux est interrompu entre 10H00 et 18H00 jusqu'à vendredi inclus.
"Bouilloires thermiques"
Plus de 8.000 établissements scolaires (sur 60.000) sont perturbés, dont environ 1.800 fermés, selon le gouvernement. Des examens ont été reportés mais les épreuves du brevet sont maintenues vendredi matin.
Accusé de n'avoir pas suffisamment anticipé, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est défendu mercredi dans Le Parisien en faisant valoir un "rattrapage" dans l'entretien des bâtiments publics opéré depuis 2017 et l'élection d'Emmanuel Macron, après des "décennies de sous-investissement".
Il rappelle que les bâtiments scolaires relèvent des "collectivités", alors que les oppositions pointent la réduction des crédits de l'État alloués au Fonds vert, créé en 2023 et censé aider les élus locaux à rénover les établissements.
Un peu partout, climatiseurs et ventilateurs s'arrachent: le groupe Carrefour dit avoir vendu, lundi, "mille fois plus" d'appareils qu'à l'ordinaire.
"On n'a pas d'autre solution", expliquait Alain Bichot, 34 ans, clim' en mains mercredi en sortant d'un magasin près de Dijon. Des volets aux fenêtres ? "On en a déjà." Une isolation renforcée ? "Notre proprio dit que c'est trop cher."
Cette ruée divise les responsables politiques: le RN propose un "plan massif de climatisation", les Écologistes ne croient pas à la "solution miracle".
Pour Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français de la performance du bâtiment (Ifpeb), "quand toute la France aura des volets et des toitures isolés, on aura une assise plus confortable pour débattre de la climatisation".