Bouygues Telecom, Free et Orange d'accord avec Altice France pour lui racheter SFR pour plus de 20 milliards d'euros
information fournie par AFP 07/06/2026 à 17:37

Le logo de SFR, le 16 juin 2025 à Paris ( AFP / EMMA DA SILVA )

Bouleversement en vue dans le secteur des télécoms: les opérateurs Bouygues Telecom, Iliad (Free) et Orange se sont mis d'accord samedi soir avec Altice France pour lui racheter sa filiale SFR pour un montant total de 20,35 milliards d'euros, suscitant l'inquiétude des salariés sur leur avenir.

Après avoir prolongé vendredi de 48 heures la période de négociations exclusives ouvertes mi-avril, les quatre acteurs ont finalement trouvé un terrain d'entente le lendemain, avec notamment un potentiel complément de prix pouvant atteindre 650 millions d'euros à la clôture de l'opération, espérée au second semestre 2027, ont-ils détaillé dans un communiqué commun.

Cette transaction représente "l'une des plus importantes opérations industrielles en Europe dans le secteur des télécommunications", soulignent les entreprises, alors que se profile une reconfiguration inédite avec un retour à trois opérateurs en France.

Elle reste encore soumise à l'examen des autorités de la concurrence et, "à ce stade, il n'y a aucune certitude que cette opération soit réalisée", ont précisé les groupes.

Selon le protocole d'accord, Bouygues Telecom prendra à sa charge 42% du prix de vente, Free-Groupe Iliad 31% et Orange 27%, à travers l'acquisition de titres de la société SFR, qui compte quelque 25 millions d'abonnés.

- Partage de SFR -

En termes de répartition des actifs, la filiale du groupe Bouygues décrocherait notamment le segment "B2B" de SFR, c'est-à-dire les offres dédiées aux professionnels, ainsi qu'une partie de ses activités grand public (soit environ 6,4 millions de clients mobile et fixe).

Free hériterait des quelque 6 millions de clients de l'offre RED by SFR, ainsi que de près de deux millions de clients de son activité grand public, tandis qu'Orange se verrait attribuer environ 4,9 millions de clients.

Les trois acquéreurs ont également prévu de se partager les fréquences pour le moment exploitées par SFR.

Au total, le chiffre d'affaires du périmètre concerné par l'opération a atteint 8 milliards d'euros en 2025. Bouygues Telecom se taillerait la part du lion dans ce montant (52%), devant Iliad (27%) et Orange (21%), qui doit se contenter d'une portion moindre en raison de sa position dominante sur le marché.

Avant cela, "la migration de millions d'abonnés, des infrastructures et des systèmes constitue un programme industriel pluriannuel", ont fait savoir les opérateurs, qui visent des "synergies significatives" et assurent que ces gains vont permettre de "renforcer (leurs) capacités d'investissement".

Face à la disparition programmée de l'opérateur au carré rouge, les organisation syndicales s'inquiètent toutefois des répercussions sur ses quelque 8.000 salariés, malgré l'assurance donnée samedi par les acheteurs que leur emploi serait garanti jusqu'à début 2029.

- "Secteur sinistré" -

"Ce qu'on attend de ces trois opérateurs, c'est de la transparence et de l'honnêteté sur leur projet industriel à long terme, et pas seulement sur les deux ans à venir", a réagi dimanche auprès de l'AFP Abdelkader Choukrane, élu au CSE et secrétaire général du syndicat majoritaire Unsa chez SFR.

"Ils ne nous disent pas combien de salariés ils vont récupérer chacun", s'est-il alarmé, ajoutant que "sur le surplus de l'emploi qu'ils ne prendront pas, comment comptent-ils l'accompagner ? Il est hors de question que la sortie soit le chômage".

De son côté, Olivier Lelong, délégué syndical central CFDT chez SFR, s'est inquiété des conséquences pour "les sous-traitants et les boutiques partenaires de SFR".

Avec le passage de quatre à trois opérateurs, "tout le secteur des télécoms va être sinistré", a insisté M. Choukrane.

"Cette annonce constitue une étape importante" pour SFR, ont fait valoir le PDG d'Altice France, Arthur Dreyfuss, et le PDG de SFR, Mathieu Cocq, dans un mail interne adressé aux salariés de l'entreprise et consulté par l'AFP.

Ils précisent également qu'il s'agit "d'un processus complexe, impliquant des sociétés cotées, qui exige de la patience et beaucoup de rigueur", et que les trois acheteurs se sont engagés à ouvrir un dialogue social avec les organisations syndicales représentatives de SFR.