Les violences en France font reculer les Bourses européennes, Wall Street en rebond
information fournie par AFP 19/10/2026 à 16:12

Les Bourses européennes reculent nettement lundi, entraînées par Paris après les violences du week-end en France qui font à nouveau grimper les taux d'intérêt de la dette hexagonale, quand Wall Street profite d'un rebond des valeurs technologiques.

Vers 13H40 GMT, la Bourse de Paris reculait de 1,48 % et entraînait les autres places de la région : Francfort abandonnait 1,38 %, Londres 1,06 %, Milan 1,75 % et Madrid 1,72 %.

Samedi, dans le sillage de la mobilisation nationale pour le pouvoir d’achat, de nombreuses villes ont été secouées par des pillages, des destructions et des émeutes, dont l'ampleur a sidéré le pays. Ces violences ont conduit à environ 2.400 interpellations et près d'un millier de policiers et gendarmes ont été blessés, selon les autorités.

"Les émeutes du week-end ont créé de nouveaux problèmes pour les OAT", nom des emprunts d'Etat français, relève Neil Wilson, stratège chez Saxo UK, car "cela souligne à quel point il sera difficile pour un gouvernement de mettre en oeuvre le type de restriction des dépenses nécessaire pour réduire le déficit", poursuit-il.

La dette française sous pression

Ces violences "ne vont pas aider la communauté internationale à se sentir pleinement à l'aise pour acheter des OAT", abondent les stratèges de Deutsche Bank.

L'écart entre les taux d'emprunt à dix ans français et allemand, qui mesure la méfiance des investisseurs envers la dette française, atteignait 1,46 point de pourcentage vers 13H40 GMT, contre 1,37 vendredi. Le taux français montait à 4,88 %, contre 4,80 % vendredi soir.

Cet écart "pourrait s'élargir vers 150 points de base", car "les pressions politiques et sociales s'accumulent au moment même où le pays tente de bâtir un budget de rigueur pour l'an prochain", estime Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.

"Les marchés financiers sont aujourd'hui beaucoup plus sévères avec la France que les agences de notation", observe Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.

A ce niveau d'écart avec l'Allemagne, "la dette française se négocie à un niveau comparable à celui d'un émetteur noté BB+, soit la catégorie spéculative", ajoute-t-il. Cette catégorie regroupe les emprunteurs jugés les plus risqués.

Le projet de budget pour 2027 prévoit 43 milliards d'euros de mesures pour réduire le déficit. Un compromis paraît pourtant difficile dans un Parlement profondément divisé, à six mois de l'élection présidentielle.

L'agence de notation Moody's doit par ailleurs réexaminer vendredi la note de la France, déjà assortie d'une perspective négative. "De nouvelles dégradations de la note souveraine française sont à prévoir si les finances publiques ne se redressent pas", prévient Christopher Dembik.

Sur le marché des changes, l'euro cédait 0,13 % vers 13H40 GMT face au billet vert, à 1,1224 dollar pour un euro, après être tombé dans la matinée jusqu'à 1,1183 dollar.

"Si ces émeutes renforcent le soutien à Marine Le Pen, hostile à l'Union européenne, nous pourrions assister à de nouvelles baisses de la monnaie unique", estime Kathleen Brooks.

Banques et distribution chahutées

A la cote parisienne, les banques, la distribution et le tourisme figuraient parmi les plus fortes baisses du CAC 40.

Accor cédait 3,60 %, Carrefour 2,04 %, BNP Paribas reculait de 2,99 %, Société Générale de 3,55 % et Crédit Agricole de 3,02 %. L'assureur Axa lâchait 1,68 %.

Rebond des valeurs technologiques

A New York, les marchés profitent d'un rebond des valeurs technologiques, après le mouvement de vente massif de la semaine passée, sur fond de doutes quant à la rentabilité future de l'IA et de valorisations massives des groupes du secteur.

Dans les premiers échanges, vers 13H40 GMT, le Nasdaq, à forte composante technologique, prenait 1,06 % après avoir perdu plus de 5 % la semaine dernière et le S&P 500 prenait 0,53 %. Le Dow Jones reculait légèrement de 0,13 %.

Les résultats de Meta et Tesla mercredi mettront de nouveau à l'épreuve la confiance des investisseurs dans l'intelligence artificielle.

Les investisseurs "voudront la preuve que l'intelligence artificielle aide à générer suffisamment de revenus et de bénéfices pour justifier la facture", prévient Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote Bank.