Bolloré et son empire au centre du jeu avant 2027 information fournie par AFP 22/05/2026 à 09:00
A un an de la présidentielle, le nom de Vincent Bolloré enflamme le débat public, dans l'édition avec Grasset, le cinéma avec Canal+ et les médias avec CNews, ce qui soulève des questions sur les intentions du milliardaire conservateur pour 2027.
Financier redoutable et fervent catholique, le Breton de 74 ans est accusé à gauche de mener bataille pour les idées d'extrême droite.
Lui-même s'en défend: "Tout ça, c'est des tartes à la crème. (...). Je n'ai aucun projet idéologique", jurait-il en 2024 lors d'une audition à l'Assemblée nationale.
Pour autant, il a lancé un cercle de réflexion, l'Institut de l'Espérance, dont le manifeste est attendu prochainement. Son but: "Ramener du bon sens et de la prospérité pour la France et les Français", a-t-il dit début avril devant la commission parlementaire sur l'audiovisuel public.
Via les groupes dans son giron, le magnat est présent dans la télévision (groupe Canal+), la radio (Europe 1), la presse (JDD et magazines du groupe Prisma) et l'édition (Hachette).
Un vaste empire qui fait des remous. En avril, des dizaines d'écrivains claquent la porte de l'éditeur Grasset après le limogeage du PDG Olivier Nora, qu'ils imputent à M. Bolloré. Celui-ci réplique dans le JDD en moquant "une petite caste" et en balayant les "attaques" sur son "idéologie": "Je suis chrétien démocrate".
Puis, au démarrage du Festival de Cannes, une tribune de professionnels dénonce "l'emprise" d'un "patron d'extrême droite" sur le cinéma français, dont Canal+ est le premier financeur. Une crise éclate et Canal+ menace de ne plus travailler avec les signataires.
- Papier à rouler -
Côté médias, CNews, Europe 1 et le JDD sont accusés par la gauche de promouvoir une vision d'extrême droite dans leur traitement des questions d'insécurité ou d'immigration.
"CNews est un succès parce que CNews raconte la vérité", rétorquait M. Bolloré devant les députés en 2024.
Quinzième fortune de France selon Challenges, il tient fermement les rênes de la holding familiale.
Sous son contrôle, deux de ses fils, Cyrille et Yannick, dirigent respectivement les groupes Bolloré et Havas.
La source de cette saga est la manufacture de papier d'Odet, dans le Finistère, fondée en 1822 puis reprise par l'aïeul de M. Bolloré.
Alors jeune banquier d'affaires à Paris, celui-ci sauve l'entreprise familiale en 1981 en reprenant avec son frère les usines Odet-Cascadec-Bolloré (OCB), à l'agonie.
Il passe du papier à cigarettes au film plastique, puis aux condensateurs électriques. Bolloré Technologies entre en Bourse en 1985.
Cette aventure lui donne une image de patron sympathique, proche de la jeune droite libérale - François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet, son beau-frère par alliance.
- "Diable" -
Ses affaires se développent, les raids s'enchaînent, ciblant notamment les médias: Bouygues (maison mère de TF1), Pathé, Havas, Ubisoft.
"C'est un prédateur. Il se cache puis, comme un diable qui sort de sa boîte, il agit", juge un ex-collaborateur.
Au lancement de la télévision numérique terrestre (TNT) en 2005, Vincent Bolloré gagne sa première chaîne, Direct 8.
Il la revend à Canal+ contre des parts de sa maison mère Vivendi, dont il prend le contrôle en 2014 et qui est scindée fin 2024.
Sous sa houlette, Canal+ change: éviction de cadres, fin du "Zapping" ou des "Guignols". La rédaction d'iTélé (qui deviendra CNews) entame une grève historique, comme celles d'Europe 1 puis du JDD plusieurs années après.
Une autre télé de la galaxie Bolloré, C8 (anciennement Direct 8), perd son autorisation d'émettre en 2025, à cause des dérapages de son animateur vedette, Cyril Hanouna.
En 2022, le groupe Bolloré se sépare de son emblématique branche logistique en Afrique (ports, entrepôts, etc.). Les activités africaines du milliardaire lui vaudront d'être jugé en décembre à Paris, notamment pour corruption au Togo entre 2009 et 2011.
Malgré les critiques, Vincent Bolloré jure qu'il n'est "pas du tout un Attila" et nie "inspirer la terreur": "Je ne l'inspire qu'à des gens qui ne m'ont jamais vu et qui croient un certain nombre de petites lettres me décrivant comme un type épouvantable qui fait des choses horribles".