Benoît Payan confortablement élu à Marseille où le RN efface la droite
information fournie par AFP 23/03/2026 à 02:40

Benoît Payan, maire sortant de Marseille et candidat à sa réélection, célèbre sa victoireau 2etour des municipales à Marseille, le 22 mars 2026 dans les Bouches-du-Rhône ( AFP / Thibaud MORITZ )

Marseille est "restée unie", a lancé ému son maire sortant Benoît Payan, confortablement élu avec sa liste de gauche hors-LFI devant le candidat Rassemblement national Franck Allisio, qui de son côté efface totalement la droite classique locale.

Benoît Payan obtient 54,34% des voix, soit 14 points de plus que le député RN Franck Allisio (40,30%). La candidate de la droite et du centre Martine Vassal passe elle tout juste la barre des 5% lui permettant d'avoir des élus (4) au conseil municipal. La participation est légèrement en hausse par rapport au premier tour à plus de 55%.

Le basculement à gauche de la deuxième ville de France, après 25 année de règne de la droite, avait constitué un choc des municipales de 2020. Le score du RN le 15 mars avait été un des événements du premier tour, même si le retrait de LFI avait éloigné les chances de victoire de l'extrême droite.

"Les Marseillaises et les Marseillais viennent de nous donner une victoire nette, claire. Ils viennent d'adresser un message, un message de paix, de concorde et de rassemblement", a déclaré M. Payan, 48 ans, dans une première réaction.

Cette "ville que d'aucuns croyaient perdue, que d'aucuns croyaient acquise au Rassemblement national, a montré son plus beau visage ce soir, qu'elle était capable de résister, qu'elle était capable, encore une fois, de rester unie", a-t-il poursuivi, visiblement ému, à son local de campagne sur la Canebière.

Il est ensuite descendu sur le Vieux-Port où une centaine de ses proches et partisans l'ont acclamé. "On avait vraiment des craintes surtout après le résultat du premier tour. On s’est mobilisés et ça a marché", a réagi Sarah Chaabi, 29 ans.

Pour le militant antinarcotrafic Amine Kessaci, N°3 sur la liste, "Marseille a su se tenir debout". "Cette victoire, c'est la victoire de mon petit frère Mehdi," a-t-il dit en référence à son petit frère, assassiné en novembre.

Part des voix obtenues au 2nd tour des élections municipales 2026 à Marseille (scrutin municipal), selon les sondages Elabe-Berger Levrault, Ipsos BVA Cesi et Ifop-Fiducial au 22 mars à 20h30 ( AFP / Nalini LEPETIT-CHELLA )

Le maire sortant et le candidat RN avaient cherché à instaurer un duel, M. Payan se posant en rempart contre l'extrême droite dans ce grand port de Méditerranée dont la population a été façonnée par les vagues d'immigration successives.

M. Allisio a classiquement axé sa campagne sur les questions de sécurité, promettant de tripler les effectifs de la police municipale ou d'instaurer des zones réservées aux familles sur les plages du littoral, projet vite rebaptisé "pass anti-racailles".

Une quadrangulaire était possible à l'issue du premier tour, où M. Payan était arrivé d'une courte tête (36,70%) devant M. Allisio (35,02%), Mme Vassal, nettement distancée avec 12,4% et le député LFI Sébastien Delogu quatrième, pouvant se maintenir avec 11,94%.

- "Naufrage" à droite -

Mais le sortant, conforté par ses 25 points d'avance, avait affirmé depuis longtemps qu'il refuserait toute alliance avec LFI. Et après avoir en vain réclamé une "fusion technique" comme dans d'autres villes, M. Delogu s'est finalement résigné à se retirer face au "danger" RN.

Benoît Payan, maire sortant de Marseille et candidat à sa réélection, célèbre sa victoireau 2etour des municipales à Marseille, le 22 mars 2026 dans les Bouches-du-Rhône ( AFP / Elodie CLEMENT )

Le parti d'extrême-droite, même largement distancé, réalise toutefois un très fort score, prenant clairement la place de la droite classique, six ans après sa défaite après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin.

"Un résultat sans précédent", s'est félicité M. Allisio, tout en reconnaissant sa défaite depuis le Florida Palace, salle de banquet où il y avait plus de journalistes que de militants. "Jamais depuis 1983, un candidat de la droite ou du camp national n'avait réuni autant de suffrages à Marseille. Rien ne sera plus jamais comme avant".

Il a dénoncé le "naufrage (...) de Mme Vassal et de M. (Renaud) Muselier", le président de région et baron de la droite locale qui avait poussé sa candidature. M. Allisio avait demandé en vain, tout comme Jordan Bardella, le retrait au second tour de la candidate soutenue par LR, Renaissance et Horizons.

"Ils ont trahi les électeurs de la droite sincère", a ajouté le député RN.

Et tous les regards se tournent désormais vers la métropole Aix-Marseille-Provence que dirigeait jusqu'à présent Mme Vassal et dont le nouveau conseil se réunira début avril.

Le mode de scrutin a changé depuis 2020, rendant les comparaisons difficiles, mais M. Allisio a plus que triplé le nombre de voix du RN par rapport au second tour de 2020, avec 121.310 suffrages contre 35.268 pour les candidats RN à l'époque. L'élection à la mairie centrale se fait désormais sur la ville entière, alors qu'en 2020 elle se faisait encore par secteurs.

Dimanche le RN a selon M. Allisio conquis deux des huit mairies de secteurs de la ville, prises à des candidats de droite.