BCE-Lagarde sceptique à l'égard des stablecoins adossés à l'euro
information fournie par Reuters 08/05/2026 à 11:56

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a fait part vendredi de son scepticisme quant à la nécessité de créer des stablecoins adossés à l'euro, estimant qu'ils pourraient entraver le travail de l'institution monétaire et aggraver d'éventuelles turbulences financières.

Plusieurs grandes banques de la zone euro, dont la française Société Générale SOGN.PA , travaillent sur des crypto-actifs liés à la monnaie unique, dans l'espoir de contrer la domination du dollar américain sur ce marché et de renforcer l'attrait de l'euro.

Un stablecoin est un type de crypto-actif adossé à des monnaies traditionnelles et conçu pour conserver une valeur stable.

Christine Lagarde a toutefois déclaré que les arguments en faveur des stablecoins libellés en euros étaient "bien moins solides qu'il n'y paraît", car ils sont exposées à des épisodes de panique en période de turbulences sur les marchés et réduisent la capacité de la BCE à atteindre tous les secteurs de l'économie avec sa politique de taux d'intérêt.

"Ces compromis ... l'emportent sur les gains à court terme en matière de conditions de financement et de portée internationale que les stablecoins adossés à l'euro pourraient offrir", a-t-elle déclaré lors d'une événement en Espagne.

"Si nous voulons renforcer l'attrait international de l'euro, les stablecoins ne constituent pas un moyen efficace d'y parvenir", a-t-elle ajouté.

La cheffe de la banque centrale de la zone euro a notamment cité l'effondrement de la valeur de l'USD Coin lors de la faillite de la banque californienne Silicon Valley Bank en 2023 comme exemple des risques encourus.

Elle a également évoqué les conclusions d'une étude de la BCE, selon laquelle un remplacement à grande échelle des dépôts par des stablecoins affaiblirait le crédit aux entreprises et la transmission de la politique monétaire.

Ces déclarations mettent en évidence le désaccord entre la présidente de la BCE et la Commission européenne et certains gouvernements du bloc, dont celui de la France, qui considèrent que les stablecoins en euros constituent un outil permettant de renforcer le statut international de la monnaie unique.

Le ministre français de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, a dit le mois dernier que l'Europe avait besoin de davantage de stablecoins adossés à l'euro, jugeant "insatisfaisant" leur volume par rapport à ceux indexés sur le dollar.

INQUIÉTUDE SUR MYTHOS

Christine Lagarde a également dit vendredi que la BCE étudiait des moyens de se défendre contre les cyberattaques qui pourraient utiliser le modèle d'intelligence artificielle (IA) Mythos, mais qu'elle était désavantagée car elle n'y avait pas accès.

Développé par la start-up américaine Anthropic pour détecter les failles dans les codes informatiques et renforcer ainsi les défenses contre les cyberattaques, Mythos pourrait décupler la puissance des attaques visant les banques qu'il est censé protéger, selon les experts.

À ce jour, il n'est accessible qu'aux entreprises basées aux États-Unis.

"On parle beaucoup de Mythos, et c'est un sujet très en vogue et très 'sexy' en ce moment. C'est malheureusement un sujet qui fausse la concurrence entre les États-Unis et le reste du monde, étant donné que seules les entreprises américaines y ont accès", a-t-elle déclaré.

"Je peux vous assurer que, du point de vue de la BCE, nous nous efforçons de définir et d'identifier les mesures de protection à mettre en place au cas où un ou plusieurs acteurs étatiques malveillants y auraient accès", a-t-elle ajouté.

(Reportage Francesco Canepa ; version française Diana Mandia)